‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 13 sur 41 · XX PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

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de son siège Aclard , évêque de Nantes , Nominoë ne put arrêter les réclamations ; elles persistèrent même après la reconnaissance du fait par quelques papes. Longtemps avant que Rome eût prononcé la sentence définitive contre Dol , plusieurs suffragants s'en étaient détachés : on n'en comptait plus , autour du métropolitain breton , que quatre , les évoques de S'-Malo , de Léon , de S -Brieuc et de Tréguier, c'est-à-dire ceux de l'ancienne Domnonée. Plus tard , Léon et S'-Malo se retirèrent ; les deux sièges créés en 848 restèrent seuls fidèles (1).

Ce qui résista dans l'œuvre du restaurateur de l'indépendance bretonne , ce fut la délimitation des nouveaux diocèses, qui se conservèrent jusqu'à la Révolution de 1789. Il en fut de même des enclaves de Dol , contre lesquelles bien des tentatives d'usurpation furent essayées ; mais le S -Siège les réprima toujours (2).

Ni les réformes monacales de Louis le Débonnaire , ni celles de Nominoë dans le clergé simoniaque , ni l'autorité que cet homme de génie avait relevée , ne purent préserver longtemps la Bretagne du fléau qui la menaçait depuis le commencement du ix* siècle. Quand l'heure de la justice divine a sonné, rien ne la fait reculer. Alors un frisson de terreur semble passer sur les nations , et les actes les plus simples prennent un caractère solennel et funèbre : les chartes bretonnes de cette époque , dans leurs préambules et leurs protocoles, reflètent ces sombres couleurs (31.

(1) Enqaéte poar l'église de Dol (D. Mor., de 739 à 743).

(2) Voir notamment les lettres du pape Adrien IV à i'archerêqne de Ronen, aux évéques de S*-Brieac et de Tréguier, au clergé et au peuple de Murmiralio (D. Mor. 627 et 628), et les tentatives de Tévéque de S*-Malo sur Téglise d'IUifaut {Ibid. 742).

(3^ « Mundi ifrmino approptnquante . mali$ crebescentibut >, est le débat

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Les pressentiments de cette société en péril ne la trompaient pas : bientôt on vit se succéder sur les rivages de la Petite-Bretagne, comme les flots de la mer, ces invasions d'hommes du Nord qui passaient égorgeant , incendiant , détruisant tout. Ils emmenaient en esclavage ce qui avait échappé aux massacres ; ils changeaient en solitudes arides les riches campagnes de la Domnonée. Comme la noblesse, comme tous ceux qui avaient quelque chose à sauver , prêtres et moines s'enfuirent devant le torrent dévastateur, les uns emportant leurs richesses, d'autres les reliques des Saints et les trésors sacrés (4).

Lorsque le fléau eut passé , lorsque cette société broyée sous le fer des Normands se releva au milieu des ruines , elle resta, quelque temps encore, chancelante sur sa base , et les désordres qui venaient d'être si cruellement expiés recommencèrent de nouveau. C'était le tuteur du souverain de la Bretagne qui cherchait à s'emparer de la couronne ; le chef de la Domnonée qui était forcé de combattre son propre fils. Le mariage du duc était la suite d'un rapt ; le comte de Porhoët voyait sa fille outragée par le roi d'Angleterre ; Conan II mourait empoisonné. Le prélat qui occupait le siège de Dol, archevêque malgré le Pape , les évêques de Vannes , de Rennes , de Quimper , de Nantes , se mariaient et léguaient à leurs enfants leurs crosses et les biens de l'Eglise ; des prêtres s'empressaient de les imiter et afiichaient leur honte en avouant hautement

ordinaire des actes de ce temps (Cart Roton. ap. D. Mor. 306, 328, etc.). Ils se terminent le pins souvent par des imprécations empruntées aux formules d'excommunication (Cart. Lande?, ibid. 337 , 338).

(1) «r Civitates, c<utella, eccUsie, domus , monasUria virorum atque sanctimonalium igni tradebanlur, donee in solUudinem et vastam eremum omnino (ota regio, Deijudicio, redigerelur » {Àcfa S. Gild^ Rug. ap. D. Mor. I, 353).

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a leurs prêtresses et leurs enfants ecclésiastiques )> (1). De leur côté , les nobles , feignant de transformer leurs manoirs en monastères , s'attribuaient les privilèges cléricaux : le nombre de ces abbés séculiers devint tel que le vénérable Bède « ne savait plus où chercher les défenseurs de la patrie ». D'autres laïques s'emparaient des bénéfices vacants ; les dîmes , les droits sur les offrandes , sur les sépultures , sur la confession , des églises entières même devenaient le patrimoine de certaines familles.

Il en fut ainsi pour les paroisses de Bréhand-Moncontour, de Lanleff, de Bréhat, etc. D'après les actes de fondation de S'-Rion et de Beauport, il semble que le comte Alain, en donnant les six paroisses de Goëllo, ne fit que restituer au clergé les églises que ses ancêtres s'étaient appropriées. En H44, Terhean, dit tAhbé, donnait à S*- Martin de Lamballe la paroisse de S-Aaron qu'il possédait comme bien patrimonial (â}.

(1) Tethaldui filius fuit cujwdam preshyteri nomine Loseoran de quadam nobili puella quam ipse presbyter clam corripuit et seeum adduxit in Burgun^ diam. Ipse Tetbaldtu, faetus epitcapus auxilio parentum matris tue, duxil uxorem, fiUam Ahei Namnetentis archidiaconi , nomine Oirelan, de qua genuit filium GtMlterium. . . Gualterius iste facttu epiteopus duxil tucorem nomine Oidelinam^ de qua hahuit filium nomine Garinum et duos filias,., Iste Gualterius filium suum Garinum in mVa sua fecit episcopum, adhuc vivente Tethaldo qui tune erat abbas Sancti Melanii, Mortuo Garino isto faetus est episeopus Triseannus, patruus suus, filius teilieet Tetbaldi, frater vero Gualterii episeopi, etc. (TU. de S*-Pierre de Rennes, ap. D. Mor. 1, 353). Voir aussi les titres de S'-Florent cités par le même (1 , 463, 464). Voir encore l'enqaéte de 1181 extraite par les Bénédictins des titres de TEglise de Dol (I, 683 et suiv.). Voir enfin le P. Da Paz et D. Lobineau sur cette même époque.

(2) T. III, p. 3, 332 etsuiv. ; T. IV, p. 8. 45 et suiv. ; D. Mor. I, 591, 387, 388, 652 ; Mabillon, Ann. bénéd. II, 98 et 119. — Les conciles avaient permis, en cas de guerre ou dMnvasion imminente, d'engager à des nobles les biens d*église , à charge à eux de les défendre. Ces concessions , toujours faites pour un temps limité, devinrent trop souvent héréditaires. Souvent aussi des évéques distribuèrent des bénéfices à leurs parents, à leurs amis,

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Nous empruntons à Pierre Damien quelques mots qui peignent énerglquement cette triste époque : « Le monde entier est comme une mer agitée par la tempête...; le monde n'est plus , de nos jours , qu'un théâtre d'intempérance , d'ayarice et de libertinage ; et comme autrefois il était soumis à trois Césars , de même le genre humain courbe aujourd'hui la tète sous ces trois yices, et obéit servilement aux lois de ces tyrans » (<).

Le désordre ne pouvait s'arrêter aux classes élevées : le peuple aussi se jeta dans ces saturnales. La misère le poussait au crime ; les liens de la hiérarchie sociale étaient brisés. Les campagnes se soulevèrent presque partout a la fois. Le paysan déchaîné voulut à son tour brûler, violer, égorger : les Barbares de Tintérieur reprirent l'œuvre de destruction des Barbares du dehors (3].

Deuxième Période. — Des religieux , venus encore de l'étranger , sauvèrent la nation bretonne au moment où elle semblait près de s'abimer dans le désordre. Le moine , dans son renoncement absolu, pouvait seul opérer cette rénovation dans un psgrs où clergé , noblesse et peuple se

oa à ceax dont la protection lear semblait utile. Dès 656, cependant, le concile de Tolède frappait d'excommonication ceux qui se rendaient coupables de cette sorte de simonie : elle fut exercée en grand par un archevêque de Dol, entre autres.

(1) Petr. Dam. î , epist, 65 ad papam,-- M. À. de Coorson, Hist. des Peuples bretons, II, 184.

(2) La jacquerie bretonne du commencement du xi* siècle n'a pas eu son trouvère, comme celle de Normandie : nous en apercevons cependant des traces dans tous nos chroniqueurs. Les Actes do S'-Gildas de Rhuis disent, par exemple : c Nam rusHci inturgetUes eontra dominos $uos eongregantur. Àt nobiles juncto seeum comité Àlano agmina rustieonun invadunt, trucidant , dispergunt , persequuntur quoniam sine duce et sine concilio vénérant in prœlium ».

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