XXX PROLÉGOMÈNES
lorsque , le relâchement pénétrant dans les cloîtres , les religieux cherchèrent de plus en plus à se soustraire aux obligations de leur règle et à la surveillance des ordinaires (1). Nous verrons, au xiii* siècle, les évoques de S'-Brieuc, et notamment saint Guillaume, vivre très -souvent au milieu des religieux , parmi ceux de S -Aubin et de Beauport surtout. Mais il n'en était plus ainsi au siècle suivant : les moines ne* cessaient de demander à Rome une indépendance à peu près sans limite , et la scission entre eux et Tépiscopat se dessina plus nettement chaque jour.
La conséquence de ce nouvel état de choses fut un relâchement presque universel que le chapitre général de Tordre de Citeaux ne craignit pas d'avouer hautement, en 1390. En 1444, 1448 et 1487, Eugène IV, Nicolas V et Innocent YIII se plaignaient des désordres qui leur étaient signalés; et, en 1493, l'assemblée générale de Paris, en
en Bretagne ; nons nous en rappelons un exemple de 1037 : c'est celui que signale Tacte de fondation du prieuré de Quiberon et qui était peut-être Carnac, pèlerinage d*une haute antiquité (D. Mor. 1 , 364). — 11 faut sans doute chercher Torigine du minihy dans ces refuges que TEglise ouvrit aux opprimés et aux esclaves , lorsque la férocité et la violence triomphèrent partout à la chute de l'Empire romain. Nous dirons plus tard ce que le Christianisme fit en faveur de l'esclavage dans ces contrées ; rappelons simplement ici que le minihy de Tréguier s'étendait, d'après la bulle de Martin V, à 13 milles autour de l'antique monastère. La charte de fondation de Beauport nous montrera l'Ile S*-Rion maintenue comme asile , même après la suppression de l'abbaye. La charte 8 de SWacut érige en minihy le cimetière de Lannion. En 1452, le Pape condamnait l'institution des minihys qui , en donnant de trop nombreux et trop faciles refuges aux coupables , rendaient toute justice impossible.
(1) Le plus curieux de ces privilèges était l'abandon d'une partie des revenus de certaines églises aux moines qui ne concouraient nullement k desservir ces églises. Nous n'en citerons qu'un exemple : l'évéque de Nantes en 1178, imposa d'autorité au chapelain de S*-Nazaire de partager avec le prieuré tous les revenus de l'église , excepté les droits de baptême , d'enterrement et de visite des infirmes, fes diverses redevances sont énumérées dans D. Mor. 1, 671.
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formatant des règlements contre le laxe des abbés , la propriété personnelle des moines , la présence des femmes dans les maisons conventuelles, et celle des religieux dans les spectacles profanes « les noces et les tavernes « ainsi que leur habitude de porter des armes offensives , disait assez quelles proportions le mal avait prises. Malheureusement il n*y a pas d'exception à faire pour la Bretagne : en 1 499, le pape Alexandre VI enjoignait aux évêques de S'-Brieuc, Tréguier , Rennes , Dol et S'-Malo de visiter , réparer et réformer tous les monastères de leurs diocèses (1).
Les commendes, c'est-à-dire la direction des abbayes par des chefs non religieux , ne pouvaient qu'accélérer cette décadence. Vers la fin du xv^ siècle, nous verrons des abbés faire trafic de leurs crosses , et la plupart de nos abbayes vendre le gouvernement de leurs maisons à de riches familles du voisinage , ou à des personnages influents de la Cour. Rome essaya de substituer son choix à celui des couvents ; mais la cour romaine elle-même n'était pas à l'abri de la démoralisation qui frappait la société entière.
La couronne s'empara alors des nominations , et vint mettre le comble au désordre , en consacrant le régime des commendes. Si le Pape avait choisi des abbés dans des ordres étrangers , le Roi remit le gouvernement des moines à des chanoines , à de simples prêtres , et même à des laïques , revenant ainsi aux abus qui avaient précédé la Renaissance du xi^ siècle. Brantôme exprimait les idées de son temps quand il disait : <( Quant à moy, j'ai une abbaye qui est Branthome , que ce grand roy Henry II me donna estant fort jeune , en récompense du capitaine Bourdeille , mon second frère , un des braves gentilshommes de la
(l) Bl.-Mant. t. XXXIX.