XXXII PROLÉGOMÈNES
France... Les finances estant absorbées par les guerres, ne vant-il pas mieux donner quelques abbayes et biens d'esglises aux gens de guerre qui ont bien seryy qu'aux moines claustraux, gens inutiles. »
La commende devint ainsi un simple revenu , une propriété viagère à laquelle peu d'usufruitiers attachaient l'idée d'un devoir sérieux. Les moines cherchaient par tous les moyens à se préserver de la rapacité des commendataires ; de telle sorte qu'entre les religieux et les abbés , il n'y avait plus guère que des relations de procédures , succédant à des exactions.
Les choses en étaient à ce point , lorsque la guerre civile et religieuse de la fin du xvi* siècle vint précipiter la chute du monachisme. Les abbés et les prieurs réformés de l'ordre de Giteaux avouaient , un peu plus tard , dans une lettre adressée à l'épiscopat français , que le Pape et les souverains avaient été au moment de supprimer l'ordre , comme étant <i l'opprobre et le scandale de leurs Etals » (1).
Un simple coup-d'œil jeté sur les archives des autres
ordres prouve que Bénédictins et Prémontrés n'étaient pas dans un meilleur état moral. Aucune abbaye, du moins parmi celles que nous avons étudiées jusqu'à ce jour, n'échappa à ces fatales influences.
Troisième Période. — Lorsque la province pacifiée eut reconnu l'autorité de Henri lY, les moines, dispersés par
(1) Le prieur claustral de S^Âubin-des-Bois fut un des signataires de cette lettre. Si le désordre que nous signalons n'atteignit pas ses dernières limites dans le diocèse de S^-Brieuc, il régna dans le voisinage : à Bon-Repos, le prieur et plusieurs moines furent poursuivis par la juridiction de Corlay pour meurtres et viols à main armée. Une volumineuse procédure sur des faits de ce genre existe aux archives des Côtcs-du-Nord.
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rhérésie , la misère ou les violences des deux partis , retournèrent pour la plupart à leurs couvents. Presque partout il se trouva d'honnêtes religieux , qui s'efforcèrent de ramener sinon Tancienne règle, du moins une sorte de régularité décente.
Hais ce n'était pas assez pour faire fleurir de nouveau la vie monastique , pour la rendre encore une fois utile à cette société bouleversée. Dieu suscita dans chaque ordre des dévouements plus complets , qui rentrèrent strictement dans les conditions tracées a Torigine par les saints fondateurs. Soutenus par le Pape , le Roi et les magistrats , ces religieux entreprirent résolument la réforme de leurs ordres respectifs : ils trouvèrent devant eux des résistances telles que, plus d'une fois, les lois en vinrent diflBcilement à bout.
Un de ces mouvements réformateurs prit naissance en ce pays , dans la famille de saint Benoît. D. Noël Mars, prieur de Léhon , fonda la a Congrégation de Bretagne » , qui s'étendit bientôt à toute la province. Elle se maintint jusque vers l'année 1630, où elle se réunit à la Congrégation de S^-Maur.
Dans chaque ordre , les moines réformés reprirent la tâche de leurs devanciers : les uns se mirent au travail de la terre, d'autres a l'étude des sciences, d'autres s'adonnèrent à la prédication. Les riches cultures de Beauport et de Lantenac; les missions qui ramenèrent le calme dans les âmes, après tant d'agitation ; les travaux historiques de l'école de Redon (1) ; cette immense collection de documents que D. Lobineau et D. Morice n'ont pu épuiser ;
(1) Personne n*ignore qae l'abbaye de Redon avait une magnifique biblio- Uièqae : en outre , le monastère défrayait quarante religieux qui parcouraient sans relâche les dépôts d'archives et y faisaient une riche moisson.