L PROLÉGOMÈNES
iiii'' siècle, le droit français eDvahit la Bretagne avec son cortège de légistes : les sénéchaux , devenus peu à peu des magistrats civils, prirent la place des prévôts (1). La noblesse bretonne, sous Tinfluence française, se montra moins soucieuse du paysan ; et le plou respecté des anciens jours devint la plèbe dédaignée du Moyen-âge en décadence.
Hais TEglise avait ouvert une seconde fois un asile à ces déshérités du système féodal ; elle avait même consenti à suspendre pour eux les solennités du culte : c'était au <( Post-commun » de la grand'messe dominicale, nous Tavons montré dans les précédents volumes {%] , que se débattaient les intérêts publics. La paroisse , ainsi constituée politiquement à l'ombre du sanctuaire , fut la transformation du plou.
Ces assemblées , d'ailleurs assez irrégulièrement tenues , fonctionnent partout en Bretagne aussi haut que l'on peut remonter dans les archives des diverses localités. On y nomme des députés, soit pour des missions spéciales, soit, dans certaines villes , pour les Etats, à partir du xiv* siècle. On y institue les trésoriers et fabriqueurs pour gérer les biens communs, ces biens dont l'origine remonte quelquefois au-delà de la conquête romaine ; on reçoit les comptes de ces fonctionnaires ; on choisit le contingent de la paroisse pour les francs-archers ou autre milice , et l'on vote la somme nécessaire à leur entretien. Tel est le sys-
nitë, en 1251. Peu auparavant, nous avons constaté ceux de Maroné, Plëguien , LanvoUon , Goudelin , Trégomeur.
(1) Nous pourrions citer des sénéchaux dans tout le cours des zi' et iii* siècles (B. Mor. 1 , 877 , 379 , 484). En 1202 , nous en trouvons dans le Goêllo ; en 1208, dans le Penthièvre. D'abord ils appartinrent à la chevalerie ; plus tard ce furent des prêtres , des clercs ou même des bourgeois qui furent maîtres de cette charge.
(2) T. 1 , 250 ; II , 77 et suiv.
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tème qui se maintint dans les campagnes jusqu'au commencement du xviii* siècle.
La grande révolte contre l'Eglise , au xvi* , et les longs déchirements qui en avaient été la suite n'avaient pu passer sur la société sans en modifier l'esprit simple et chrétien. Les coups portés au catholicisme avaient profondément atteint les habitudes de respect ; le goût de l'ergotisme avait pénétré partout, et les assemblées paroissiales étaient devenues de plus en plus tumultueuses.
Quand la monarchie , sortie plus forte de la guerre civile , voulut donner plus de consistance à l'élément populaire, ses intendants et ses sénéchaux n'eurent pas de peine à démontrer l'inconvenance de discussions qui dégénéraient trop souvent en disputes au milieu des cérémonies les plus augustes, et qui transformaient le sanctuaire en forum. Ils demandèrent et obtinrent à peu près partout que la paroisse remît ses pouvoirs à douze notables , qui , réunis au clergé et à la noblesse , dans la sacristie , après l'office , discuteraient avec plus de suite et de maturité les intérêts de tous, quitte à consulter « le général » , c'est-à-dire l'ensemble des paroissiens, dans les affaires graves (1).
Ces assemblées nouvelles prirent le nom de commvr nautés : ce fut la troisième évolution que subit ici le régime municipal , et qui le conduisit à la commune proprement dite, instituée par la Révolution de 1789. La communauté compléta la représentation nationale, déjà organisée avec
(1) Ce système avait déjà été essayé à diverses reprises par l'initiative du clergé , surtout dans les paroisses relevant de Beauport. Ainsi , en 1641 , frère Y. Geslin , chanoine régulier , prieur-recteur de Plouvara , réunit à diverses reprises , dans sa sacristie , un certain nombre de personnes pour traiter les affaires publiques : cette assemblée comptait huit nobles , six prêtres et plus de cincpiante-deux habitants (Arcb. de Beauport).