‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 24 sur 41 · CXL PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CXL PROLÉGOMÈNES

moulin à bras , molendinum de brachiû. Mais il est sûr que , dès le ix'' siècle , un comte de Gornouaille donnait à Tabbaye de Landevennec un moulin avec un scripulum terre y situé au pagus de Fouesnant. En 1039, Alain Cagnart aumônait à S^®-Croix de Quimperlé une villa avec ses moulins et tous les droits qui y étaient attachés. Vers 1031 , le duc Alain inscrivait dans l'acte de fondation de S -Georges de Rennes le don de deux moulins , situés « supra fluvium que vocatur Viceconia » ; ils lui avaient été livrés pour la rançon de deux prisonniers. A cette offrande il ajoutait encore d'autres moulins. En 107â, le sire de Dinan en possédait sur la Rance , près de son château, et en faisait abandon à S -Florent. En 1081 , le sire de Penthièvre disposait en faveur de S'-Martin d'usines semblables, situées sur le Gouessant (1). Il est à remarquer qu'il y en avait toujours près des châteaux , et nous allons voir que la noblesse montra alors la même prévoyance sociale en patronant plusieurs autres industries.

Au xii* siècle , les seigneurs en très-grand nombre se défirent de leurs moulins en faveur des abbayes. Ges sortes de libéralités devinrent si considérables qu'on n'en compte pas moins de dix dans un seul acte , celui de la fondation de S^-Groix de Guingamp.

Au XIII* siècle , les mentions de moulin deviennent si fréquentes que ce n'est pas la peine de s'y arrêter ; nous nous contenterons de citer trois faits de cette nature. En 1213, l'archevêque de Tours adjugeait un emplacement de moulin à S'-Sauveur de Guingamp. En 1260, S -Martin recevait le moulin de Vauvert comme indemnité des dom-

(1) Actes de Brct. 1 , 336 , 366 , 370 , 371 , 489. — Voir aussi les premières chartes de S'-Rion et de S'-Martiii J. IV .

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mages causés au prieuré par les débordements de Télaug des Ponts-Neufs- Une charte de 1277 présentera un règlement de compte entre Tabbaye de Beauport et l'un de ses meuniers.

Les moulins de mer paraissent fort anciens ; mais le premier exemple que nous connaissions en Bretagne de moulin à vent n'est pas antérieur à 1319 ; il était situé à Pommeret (1). Près des moulins à blé ou « blanderels )>, il y avait les moulins à fouler ou « foUerets » ; ce sont, avec le moulin à sérancer de Lantenac , dans le xvi* siècle , les seules usines mues par des cours d'eau , dont nous ayons retrouvé trace aux cartulaires bretons.

Les chartes 47 et 48 de S -Magloire de Léhon nous fourniront de curieux détails sur le molneragium ou droit de mouture , qui se prélevait tam in sortibm quam in curamentis. Les divers revenus du moulin , in situ , atachia , districtu et aliis pertinenciis , sont énumérés aux chartes 34 et 35 ; et la charte 320 de S -Aubin montrera avec quel soin se réglaient les questions relatives au moteur, questions auxquelles s'attachait naturellement une grande importance.

Les fours, aussi bien que les moulins, furent d'abord aux mains de la noblesse qui en partagea les revenus avec l'Eglise. Par cela même que ces revenus étaient considérables , l'aumône s'arrêtait souvent à la moitié ou au tiers du moulin ou du four (2). Le furnaticum^ comme le molneragium, se payait en nature ; et de fortes amendes maintenaient ce mo-

(1) D. Mor. l , 1287.

(2) s -Mart. de Lamb. n» 2. — « In molendino de Freteio tertiam partem , et in molendino de Àrdona dominium , et medietatem molcndini, et totum molneragium » (D. Mor. 1 , 717\

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nopole , que gérait d'ordinaire un famnhis domini , ou un fermier, firmarim. Dans la seconde moitié du xi'' siècle, Alain Le Sénéchal donnait à S -Florent-sous-Dol le fomaticum de la villa de Mezuoit, « et vendtlionitm partis suam partem ». En 1093 , Gautier de Poencé donnait à 'fidiTmoulms decimum panem furnilli sui (1). En 1213, le duc de Bretagne donnait à S-Melaine un four dans la paroisse de la Trinité de Guingamp , et défendait aux boulangers, sous des peines sévères, d'aller cuire ailleurs (2).

Après les farines, il n'était pas de denrée produite en aussi grande abondance, en ce pays, que le sel. Les Actes de sainte Ninnoc nous apprennent que celte denrée, au Y* siècle , avait une valeur à peu près égale à celle du vin et du froment (3). Au ix*, sous le règne d'Erispoë, Pascweten donnait à S -Sauveur de Redon , outre une terre et deux manants, manentes, un lieu pour établir des salines, salinariam. Vers le même temps, un prêtre, nommé ou surnommé Or émus, donnait à la même abbaye une saline dans rUe ou presqu'île de Batz. Erispoë en donna une autre sur le même point; car l'ile de Batz ou Basmontroi nous semble une seule et même chose. Une saline et une villa furent peu après cédées pour un calice et une patène d'or valant 67 sous ; une autre, située dans le plou Weran, fut donnée pour gage d'un emprunt de 20 sous carolins. Une autre fut engagée contre une somme de 6 sous ; et, si cette somme n'était pas remboursée dans quinze ans, la saline

(1) D. Mor. 1 , 431, 485. — S'-Martin de Lamballe nous en offrira un antre exemple.

(2) S'-Marlin , 24 , 26 , 27. — D. Mor. 1 , 716.

(3) D. Mor. I, 182.

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restait acquise aux moines. Sous le règne de Salomon , un individu demandait pour dix-huit ans aux Bénédictins de Redon une somme d'argent, offrant pour gage une saline qui comptait jusqu'à quarante oillets, capitella, ou bassins pour la confection du sel ; la somme fut avancée par Leuheumel sur le revenu de l'hospice , hospitale pauperum , qu'il dirigeait ; faute de remboursement , la saline devenait propriété de l'établissement (1).

Les citations ne manqueraient pas pour prouver que, pendant tout le moyen-âge , cette industrie fut en pleine activité sur le littoral sud de la Bretagne , et que l'exportation était considérable. Cette fabrication fut moins étendue sur le littoral nord , où l'évaporation se faisait plutôt par le feu que par le soleil. Nous l'avons montrée toutefois fonctionnant très-anciennement à Langueux (2} : les chartes SI et 11 de S -Martin signalent des usines de gros sel , au xi* siècle , à Billion, où il n'en reste plus de traces , bien que la duchesse de Mercœur y eût fait venir des paludiers du Poitou , ainsi qu'à Dahouët (3). D'autres parties du littoral avaient aussi des salines, au xii'' siècle : en 1154, Hervé de Léon donnait à S'-Melaine de Rennes , dans la forêt de Comburium^ une quantité de bois sec suffisante « ad mum sartaginis sui nbi sal conficiebatur » (4) .

De ce produit maritime, passons à la question des pèches. Elles étaient organisées dans nos rivières , comme le prouve une charte de Redon , du ix"" siècle : Treanton donnait son

(1} Cart, Roton, ap. D. Mor. I, 295 à 298, 299, 301, 304, 308.

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