T. II
(2) D.Mor. 1,300.
(3) Enquête de 1181 (D. Mor. î , 682 à 687).
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grands cétacés et aussi les esturgeons, aloses, turbots, saumons. A toute cette catégorie on donna le nom de poissons ducaux ou royaux, parce qu'ils étaient censés réservés au souverain ; on s'acquittait envers lui en payant une taxe de cinq sous. Souvent en cédant une pêcherie , le seigneur du fief se réservait ces poissons (1).
Cette profusion de poisson tout près du littoral explique pourquoi les redevances anciennes portent assez rarement sur la pèche en bateau : on citerait peu d'aveux qui constatent, comme ceux de S^-Jacut, que les bateliers fussent obligés de passer une nuit en mer à pécher au profit du seigneur, et, chaque fois qu'ils débarquaient, d'en avertir par trois clameurs celui-ci , qui pouvait faire sa provision avant tous autres. Toutefois , la pèche en bateau acquit de bonne heure sur les côtes de Bretagne un certain développement , comme l'atteste l'art. 28 des Us et Coutumes de la mer , réglant la pèche du hareng et du maquereau. Cette pèche se faisait par deux bateaux travaillant ensemble et partageant les profits : si l'un des deux se perdait, les « amis » des noyés pouvaient revendiquer partie du « gaign et des engins » (2).
Les deux modes de pèche, à pied et en bateau , sufl^ent à peine pour expliquer ces innombrables sécheries de poisson qui devinrent une des principales branches de notre commerce (3). Quant à la grande pèche, à la pèche lointaine,
(1) D. Mor. 1 , 683 , 684 , 884. — Les anciens titres signalent assez souvent de grands cëtacës échoués sur nos grèves. En 1470 , cinqnante-deax morhos, de la famille des dauphins , mais différents du marsouin , donnèrent lien à un bng procès , parce que Beauport qui s'en était emparé refusait d'acquitter la taxe , en vertu de ses immunités. Seulement l'abbé en avait envoyé deux c par simple soumission » au duc.
(2) D. Mor. 1 , 792.
(3) Nous ne savons si les procédés modernes de pisciculture auront un effet bien eificace pour rendre à notre pays l'abondance de poisson qui jadis
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ici , comme partout , elle date d'une époque bien plus récente ; de celle où l'homme fut muni par la boussole du moyen de se guider à travers les mers (1).
Longtemps , trop longtemps , les Bretons se firent une coupable industrie des naufrages si fréquents sur leurs côtes. Trop souvent ils attirèrent les navires au milieu des écueils , et plusieurs , comme les vicomtes de Léon , virent dans une roche dangereuse <i le plus riche de leurs joyaux ». Mais ce que nous avons dit précédemment, à l'occasion du droit de bris (3) » nous dispense de nous arrêter sur ce côté féroce du passé de nos populations maritimes.
Venons au bétail , et commençons par les chevaux.
Nous avons déjà parlé du goût de Fracan pour ce noble animal, qui multiplia vite dans le clan des émigrés bretons. Déjà Gwerech donnait au monastère de Lan-Ninnoc jusqu'à trente chevaux ou cavales à la fois (3). Un peu plus tard, saint Theliaw ou saint Thelo, ce pieux évèque de Landaff, qu'on invoque encore dans nos campagnes comme protecteur de la race chevaline, contribua à la multiplier dans
était la richesse du littoral du diocèse de S'-Brieuc. Sous prétexte de faroriser la reproduction du poisson , on a rendu à peu près impossible la pêche à pied , et beaucoup gêné la pêche en bateau. De plus , en détruisant les hauts et bas parcs , on a riolé ce qu'il y a de plus sacré au monde , la propriété du pauvre. Nos mers sont loin d*en être plus peuplées : il semble même que les poissons yoraces , pouvant plus facilement approcher de la côte, détruisent plus de frai et rendent de plus en plus difficile la reproduction du poisson marchand.
(1) Les premiers bateaux qui ont fait la pêche de la morue à Terre-Neuve sont, croyons-nous, partis, vers 1612, des havres de Binir et du Portrieux.
(2) T. II , 4 et suiv.
(3) D. Mor. 1 , 182.
cxLvni PKOLEGOMEiNES.
la Gomouaille et le pays de Dol , pendant les huit ou dix ans qu'il passa dans la Bretagne Armorique. Avant de retourner en Angleterre, dit la légende, il obtint du Ciel que les Bretons fussent dans les combats sept fois plus forts à cheval qu'à pied (1).
Les droits de loch-caballis , de pastttrcaballi , les stor bularia que Ton trouve assez souvent dans les premières chartes du cartulaire de Redon (â) , et peut-être le nom de la paroisse 'd'Etables , disent assez que, jusqu'à l'invasion normande , ce pays conserva son goût pour les chevaux. Et en effet , d'après la chronique de Réginon (3) , la cavalerie joua le principal rôle dans la guerre qui secoua le joug des Carlovingiens et rendit rindépendance à la Bretagne.
Au XI* siècle, les chevaux étaient d'un prix élevé et trèsrecherchés, ce qui s'explique par les expéditions lointaines de cette époque. Alors les principaux centres de production et d'élevage étaient les monastères : aussi verrons-nous souvent leur léguer des étalons et des juments, à l'exemple de cette princesse, qui, en 1031, envoyait dix-huit cavales à l'abbaye de S -Georges de Rennes , ou de cette autre qui laissait à l'église de S^Corenlin vingt cavales et autant de bœufs. Vers le même temps, deux frères cédaient une église au Mont-S'-Michel , à la condition que les moines leur fourniraient deux chevaux , à eux et à leur père, chaque fois qu'ils entreraient en campagne ; mais ils devaient rendre les bêtes en bon état. Le fils du viguier de Vitré , jeune homme passionné pour les chevaux , n'hésitait pas à livrer une partie de son fief aux moines de Marcillé, pour un coursier magni-
(1) Vtter, Ant, Eecl. Brit. 229. — Lih. Landav. 116.
(2) D. Mor. I, 297, 299.
(3) An. 860 , 889.
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fique. Les religieux de S** -Croix de Quimperlé offraient en retour d'églises et de dîmes qui leur étaient abandonnées, vers 1037, à l'un un superbe palefroi, à l'autre trois chevaux et une housse. En 1069, la même abbaye donnait au comte Hoël une monture précieuse à la robe variée, unum preciosum varie coloris equum. Deux frères ne voulaient pas laisser aller à S -Martin la terre de Carlan que Geoffroy Botherel avait aumônée , mais sur laquelle ils se croyaient des droits : les moines leur donnèrent un bon cheval, et l'opposition cessa (1).
Les Actes de Bretagne nous montrent de fréquentes et très-anciennes redevances en chevaux, a servitium equi » : à la fin du xi"" siècle , par exemple , un prieur devait deux fois par an fournir à un chevalier une mule ou un palefroi , quand celui-ci se rendait à la cour du comte. Même redevance à l'archevêque de Dol , quand il allait à Rome ; seulement, de plus, le cheval devait être accompagné d'un serviteur pour le soigner (2).
Les Croisades, en mettant les chevaliers bretons en contact avec l'Orient, leur révélèrent la plus pure des races chevalines. Quelques grands seigneurs , et surtout les Rohan , firent venir des couples de choix et les laissèrent se multiplier en liberté dans les forêts. Ce système d'acclimatation réussit ; et, pendant plusieurs siècles, un assez grand nombre de nos forêts fournirent en abondance des chevaux sobres, robustes, énergiques.
En 1âi^5, un Rohan donnait à l'abbaye de Bonrepos la moitié de ses juments sauvages de la forêt de Quénécan ; ce qui n'empêchait pas le propriétaire d'avoir dans cette
(1) Charte 4 de S'-Martin. — D. Mor. 1 , 367 , 371 , 374, 376 , 386.
(2) D. Mor. 1 , 496 , 685.