T. III. XV
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HoniiAlefi et Prix.
Monnaies. — Nous ne pouvons achever cette étude sans donner un aperçu de Thistoire monétaire de la province. Il ne faut pas s'attendre à trouver ici autre chose qu'un résumé très-rapide des travaux des numismatistes et de nos recherches personnelles. Chaque année fait connaître d'anciennes monnaies bretonnes dont l'existence n'était pas soupçonnée : elles forment déjà une collection importante , mais non pas assez complète pour qu'il soit possible d'en entreprendre dès à présent la monographie.
Armoricains. — Bien que les monnaies armoricaines forment une suite parfaitement caractérisée dans la numismatique des Gaules , il est encore difiQcile d'assigner à chacune des nombreuses variétés de ces pièces une attribution bien certaine.
Grâce aux notes qu'a bien voulu nous remettre H. de Saulcy , nous essayerons d'indiquer sommairement la classification de nos monnaies armoricaines : M. de Saulcy a mis courtoisement a notre disposition son expérience bien connue , ainsi que sa collection qui est sans contredit la plus riche suite gauloise qui ait jamais été formée.
Les monnaies armoricaines , si faciles à reconnaître par leur fabrique et leurs types , ne comprennent pas seulement les pièces antiques forgées dans notre péninsule ; on les retrouve depuis la Morinie jusques et y compris la Sain-
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longe. Nous ne nous occuperons ici que de celles qui se rattachent directement au cadre que nous avons adopté.
Les plus anciennes monnaies armoricaines, celles qui peuvent remonter à deux siècles au plus avant Tère chrétienne , sont en or , et appartiennent à la série des imitations des statères de Philippe de Macédoine. Elles ne portent pas de légendes : on sait que les doctrines druidiques interdisaient toute espèce d'épigraphie. A mesure que Ton se rapproche de la conquête de Jules César , l'or tend à s'altérer : d'abord il pâlit ; ensuite on voit paraître les statères d'argent, et enfin les statères de potin , qui ont presque l'apparence du bronze. Dans les derniers temps , particulièrement chez les Sautones , on aperçoit des lettres initiales : c'est un signe de la. décadence des doctrines druidiques sur plusieurs points.
La tête d'Apollon des monnaies macédoniennes , d'abord copiée assez correctement , s'altéra bientôt pour être transformée en symbole gaulois. Cette tête, coiffée d'une manière bizarre , surmontée souvent d'une lyre , d'un sanglier ou d'un hippocampe , et entourée de petites têtes qui se rattachent à la principale par des cordons perlés , finit par ne plus avoir de rapports avec le type primitif : c'est alors Belinus, appelé aussi Ogmius par Lucien. Les monnaies d'Armorique rappellent la description que ce satyrique donne de la principale divinité des Gaulois : de la bouche de cette statue sortaient des chaînes d'or attachant de nombreux auditeurs ; Lucien en fit le dieu de l'éloquence.
Au revers de ces médailles , le bige macédonien devint un char conduit par un cheval ; plus tard ce cheval fut androcéphale et monté par un cavalier.
On trouve dans la série armoricaine , outre les statères , des demi-statères et des quarts de statères.
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Les monnaies des Redones sont caractérisées par un cavalier tenant une épée et un bouclier : sous le cheyal on Voit divers symboles : une sorte de foudre , une lyre , un hippocampe , signe des nations maritimes , une roue , emblème parlant du nom même du peuple (1). Au sujet de l'hippocampe ou cheval marin , nous croyons devoir rappeler ici un petit bas-relief, conservé au musée de Dinan, et qui offre tous les caractères de l'art gaulois. Ce monument représente un triton conduisant par la bride un hippocampe : cet animal fantastique est représenté comme sur les monnaies armoricaines , et la tête du triton offre la plus grande analogie avec le profil que Ton voit sur les médailles des Curiosolites.
Les Osismii semblent avoir eu deux types faciles à distinguer ; peut-être les monnaies des populations du littoral différaient-elles de celles de l'intérieur. Dans la première catégorie se place la tête de Belinus , surmontée d'un signe cruciforme : sous le cheval du revers un quadrupède » bœuf ou bison; sur sa croupe, un oiseau. Nous pensons que la seconde classe se reconnaît au sanglier et au génie ailé qui se trouvent à la place du bison.
Dans les monnaies gauloises, on peut constater l'influence mutuelle du voisinage de certains peuples : peut-être, comme en Grèce , y avait-il chez nos ancêtres des alliances monétaires. Ainsi, les Osàmw étaient limitrophes des Curiosolites et des Venetes : le symbole de ceux-ci était le sanglier ; le génie ailé se trouvait chez les Venetes : il est donc
(1) Nous derons noter ici qae la plupart des attributions admises par M. de Saulcy conGrment le résultat des études de M. Lemiôre. Le remarquable travail de cet archéologue a paru dans les Mémoires de TAssociation bretonne, classe d*archéoIogie , t. III.
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naturel de penser que les monnaies portant la tète osismienne, avec le symbole cruciforme, et au revers le sanglier et le génie aiié sous le cheval , furent émises dans les régions qui confinaient aux pays de Vannes et de Tréguier.
Les Venetes^ peuple maritime, avaient l'hippocampe auHlessus de la tète de Belinus ; sous le cheval du revers , un génie ailé. Nous ferons remarquer que ce type était analogue à celui des Aulerci ; seulement , chez ceux-ci , la tête du dieu n'est surmontée d'aucun symbole. Les Aulerci Cenomanni avaient le génie ailé sous le cheval ; chez les Aulerci Diablintes, ce génie tenait deux objets qui sont peut-être des têtes humaines.
Les monnaies des Nannetes représentaient également un personnage sous le cheval du revers ; mais il différait complètement de celui des Venetes et des Aulerci. Sur les statères de ces derniers, le personnage semblait voler sous le cheval , dans la direction du galop de ce quadrupède; chez les Venetes^ il était debout, à mi-corps, et tenait deux des jambes du cheval.
Enfin les Curiosolites , qui nous intéressent plus particulièrement, avaient pour symboles spéciaux tantôt une lyre tantôt un sanglier sous le cheval attelé. A en juger par les dépôts considérables trouvés dans les communes de S'-Gouéno, de S -Dénouai et d'Hénanbihen , ainsi que dans les îles anglaises, les monnaies de cette peuplade se divisent en trois groupes principaux :
1** Profil humain, grossièrement dessiné, tourné à droite, les cheveux frisés et disposés de manière à former deux grosses boucles ; devant la figure , un fleuron et quelquefois un sjmbole ayant la forme d'un S.
i^. Cheval androcéphale ; de sa bouche sort un fleuron.
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Cet animal fantastique est guidé par un personnage placé dans un char , et tenant un fouet ; devant le cheval , une croix ; dessous , une lyre : le champ est entouré d'un grenetis et d'un cercle lobé.
2** Même tête que ci-dessus.
]^. Cheval libre ayant une tête qui, par sa forme, se rapproche de celle d'un oiseau ou du griffon. Ce cheval, sur lequel est un sanglier , semble guidé par un être fantastique dont on n'aperçoit que les rudiments, et duquel part un cordon perlé ; à ce cordon sont suspendus quatre globules disposés en croix et placés devant le cheval.
3® Même tête que ci-dessus.
^. Cheval guidé par un personnage dont on n'aperçoit le plus souvent que le bras ; au-dessous un sanglier ; audessus un symbole indéterminé duquel s'échappe un double ruban qui se termine par un fleuron devant le cheval , et quelquefois par un petit quadrilatère. Les archéologues croient y reconnaître un anathema (1)
Nous ne dirons rien des monnaies romaines , très-communes en Bretagne. Ces pièces d'importation étrangère ne se rattachent pas étroitement à l'histoire monétaire de notre province. Il y a lieu de croire que les Armoricains, comme les autres Gaulois , imitèrent quelquefois les monnaies romaines ; mais ce n'était là qu'une fabrication clandestine. Notons seulement que les monnaies postérieures à Constantin sont beaucoup moins communes que celles du Hautci) Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux planches qui accompagnent le mémoire de M. Lemière, particulièrement aux N** 4, 15, 19, 31 de la pi. 11.
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Empire. Les pièces romaines les plus fréquentes , dans le pays curiosolile , sont de Postume , Gallien , Valérien , Salonine , Claude le Gothique , Marins et Philippe P' ; elles correspondent à une époque où les légions romaines sillonnaient l'Armorique (1). On croit que chaque corps d'armée , outre sa caisse , avait des ateliers monétaires ambulants , auxquels on doit cette masse de petits bronzes qui circulaient encore, il y a peu d'années, parmi nos liards.
La domination franque s'étendait , du vi* au ix** siècle , sur une partie du Broërec , entre Vannes et la Vilaine , ainsi que sur les pays de Rennes et de Nantes : aussi a-t-on attribué, avec raison, des tiers de sou d*or mérovingiens à Vannes , Nantes , Rennes , Cambon , Rezé , Marcillé , Vindelles, Caro et Musillac (2).
Un homme dont le monde savant déplore la fin prématurée, Ch. Lenormant, avait cru retrouver des monnaies de la Ligue armoricaine , fabriquées , pendant la période mérovingienne, par les chefs bretons (3). Il est reconnu aujourd'hui que le groupe de triens qu'il a publié n'appartenait pas à la Bretagne (4). D'ailleurs, les recherches de Ch. Lenormant reposaient sur un système historique que M. de La Borderie a péremptoirement détruit.
Dans plusieurs cités de la IIP Lyonnaise , les monnaies mérovingiennes représentent des personnages qui semblent
(1) Dans rintroduction , nous avons déjà fait remarquer l'inflaence da règne de Postnme sur cette province.
(2) Nous avons eu souvent recours dans cette étude au beau travail de A. Bigot , enlevé trop jeune à la science qui lui devait déjà beaucoup.
(3) Revue numismatique , première série , 1849 , p. 17 à 39.
(4) Fillon, Lettres sur quelques monnaies fi'ançaises inédites, pi. i» n* 4. — Marquis de Lagoy, Recherches sur l'explication des monogrammes de quelques médailles, p. 11.
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se rattacher à des soavenirs locaux : on en remarque à Tours même , au Mans et à Angers. Cette influence des monétaires francs de la province de Tours se révèle dans les marches bretonnes. Des triens de Rennes portent un personnage tantôt debout , tenant une palme , tantôt assis , tenant une croix , tantôt enfin à genoux , tenant un bâton : peut-être est-ce saint Melaine ou saint Amand. Sur les pièces de Cambon, on voit un personnage debout, bénissant ou tenant une croix , ou bien encore deux personnages tenant ensemble une croix et placés au-dessus d'un navire. Wy a-t-il pas là un souvenir évident des anciens missionnaires bretons venus d'outre-Manche? Nous parlerons plus lard du bas-relief de Beauport, représentant saint Rion et saint Maudez, et qui semble rendre la même idée que le tiers de sou de Cambon. A Marcillé et à Nantes , il existe aussi des personnages sur les pièces mérovingiennes.
Bretons. — Dans la partie de la péninsule peuplée par les colonies bretonnes, il est très-rare de trouver des pièces mérovingiennes : il semblerait que les émigrés avaient surtout recours à l'échange en nature (1) ; les monnaies romaines et les métaux au poids suffisaient au reste. Dans le cartulaire de Landevennec, nous remarquons un passage où le roi Gradlon achète des terres avec l'or et l'argent qu'il a reçus des Francs; plus loin, nous voyons des acquisitions faites moyennant « cinq livres d'or » ; plus loin encore , moyennant « trois sous d'argent ». Or, comme il n'y avait pas de sous effectifs d'argent au v* ni au vi* siècle , il faut
(1) Nous avons déjà parlé de foires d'origine très-ancienne où il se fait encore des échanges en nature.
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conclure qu'il s'agit là d'or et d'argent au poids (1). Un ancien chant breton , recueilli par M. de La Villemarqué, nous montre Nominoë apportant à Rennes , en lingots d'argent , le tribut de la province (2). La redevance « d'un denier d'or » , payé au xi* siècle à la cathédrale de Nantes , est encore une réminiscence de l'époque où les métaux précieux étaient employés au poids dans les transactions , puisque , depuis le ix*" siècle jusqu'à saint Louis , il n'y eut pas de monnaie d'or en France (3).
Le denier d'argent (4) nous semble avoir été importé en Bretagne par les ducs et comtes amovibles qui gouvernaient les marches bretonnes , au nom des souverains francs. C'est à ces lieutenants impériaux qu'il faut attribuer la fabrication des deniers de Louis le Débonnaire , portant les noms de Rennes et de Nantes.
A l'avènement de Nominoë, les ateliers royaux de ces deux villes tombèrent au pouvoir du nouveau roi de Bretagne. Est-il probable qu'on retrouve un jour des monnaies au nom ou au monogramme de ce prince ou de ses successeurs? Nous n'hésitons pas à répondre négativement. Cette courte dynastie frappa monnaie , il est vrai ; mais elle paraît avoir conservé les types carlovingiens qu'on retrouve dans la province jusqu'au xi* siècle. Deux textes , empruntés au cartulaire de S'-Sauveur , vont justifier notre opinion : l'abbé Convoïon donnait à un certain Buduoret « viginti solidos
(1) D. Mor. I, 177.
(2) BarxaX'Breix , I, p. 186 et suiv.
(3) Rev. Dnm., nouvelle série, 1. 1, p. 259 et snirl Voyez aussi, en 1090, Tamende « d'an talent d*or », mentionnée par D. Morice, 1 , 471.
(4) Il ne faut pas oublier que le sou, tolidus, dont nous Toyons de fréquentes mentions , n'était qu'une monnaie de compte représentant 12 deniers, monnaie réelle.
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Karoliscos » ; en 865 , une saline était engagée « pro viginti KaroHcis solidis » (1).
Vers le milieu du ix® siècle , furent frappées à Rennes et à Nantes des monnaies au monogramme de Karolm, avec la légende namnetis civitas - gratu d - 1 rex ; HREDONis CIVITAS - GRATiA D-i REX. Ces pièces, en tout conformes aux prescriptions de Tédit de Pistes , publié en 864, rappellent que, suivant la tradition, Charles le Chauve donna à Salomon le droit de frapper monnaie, a Rex Cor rolm Salomoni, Britonum régi, habere permisit coronam auream, gemmis preciosis ornatam, seu circulum aureum ad jm libitum , et purpuream , atque episcopalem sedem et numismata aurea atque argentea » (2).
Ces monnaies, correctement frappées, nous les attribuons à Erispoë et à Salomon. Entre elles et celles qui portent les premières un nom ducal, on remarque une série de pièces aux types et à Taloi plus ou moins altérés, aux légendes en désordre : ce sont des copies dégénérées des monnaies que nous venons de signaler.
Bien que ce monnayage ait duré près de deux siècles, on ne doit pas s'étonner de la rareté des espèces qu'il produisit. Depuis la mort de Salomon jusqu'à l'avènement de Geoffroi P^ l'Armorique fut souvent ravagée par les Normands et les Danois : la monnaie ne put guère y être forgée que dans les moments où la province était libre de la
(1) Ap. D. Mor. 1 , 268 , 298.
(2) Au XIV* siècle, époque où fut rédigé le Chronicon Brioeense, d'où nous extrayons ce passage , les rois de France prétendaient que les ducs de Rretagne n'avaient le droit de forger que de la monnaie noire. Nos ducs , à défaut de titres , invoquaient Tusage immémorial de leurs prédécesseurs. Les écrivains étrangers à la Bretagne , tels que Reginon et Prudent de Troyes , n'indiquent pas le monnayage parmi les prérogatives royales des souverains de ce pays.
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domination étrangère. Nous citerons la paix due aux exploits d'Alain le Grand , en 879 ; celle qui suivit la conquête d'Alain Barbe-Torte , en 936 ; enfin , le moment où Conan le Tort se déclara indépendant dans Rennes , en 990. La ville de Nantes , tombée au pouvoir des Normands , puis des comtes d'Anjou , cessa probablement d'avoir un atelier monétaire dès la seconde moitié du x® siècle : la prépondérance exclusive de la monnaie et du type de Rennes vient à l'appui de cette conjecture.
Le Chronicon Brioceme parle des monetas argenteas etparvos denarios nigros que forgea le comte Geoffroi (1) : si on retrouvait des pièces au type carlovingien , avec le nom de Gaufredus , elles appartiendraient incontestablement à ce prince. Nous attribuons à son fils, Alain III, le denier de la collection Dobrée, que Bigot donnait à Alain P^ Autour d'un monogramme carlovingien dégénéré , on lit : + ALA-i Rïx ; au revers, ridoni cvi. A nos yeux, ce denier est la plus ancienne pièce vraiment ducale connue jusqu'à ce jour. Le mot rix n'est évidemment là , suivant l'habitude constante des monnayeurs du moyen-âge , que pour conserver l'apparence de l'ancienne légende gratia