‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 30 sur 41 · D-I REX · texte numérisé non relu

D-I REX

Bigot assignait à Alain III un autre denier, dont voici la description (2) : + alamn\*s. Croix. ^. + redonis, étoile évidée à cinq pointes. Des numismatistes ont pensé à rejeter l'émission de cette pièce jusqu'au milieu du xii* siècle , et ont proposé Alain le Noir ou Alain de Rohan (3) : sans aller aussi loin , nous serions portés à croire que cette

(1) D. Mor. I, 33.

(2) Cette pièce intéressante appartient à M. le D' Aussant.

(3) Fillon, Catal. des monn. féodales de la coll. Rousseau, p. 195.

ccxxxvi PROLÉGOMÈNES.

pièce peut être contemporaiDO d'Alain Fergent (1084 à 1112) (1).

Dans rialroduclion , nous avons parlé des guerres civiles qui suivirent la mort du comte Alain III. Eudes, son frère, lige de la maison de Penthièvre , frappa monnaie , d'abord comme tuteur de son neveu Conan II , puis comme comte breton indépendant. Nous croyons devoir donner tout d'abord la description des pièces émises par ce prince :

+ EDO DA : X iiiTviii [Edo dux Britanié] , monogramme destiné à imiter celui de Herbert , comte du Maine , sur les monnaies du Mans.

^. + REDONS CIAITAS. Croix.

+ EDO Dvx BRITANIE. Temple tétrastyle.

^. + EDONis civiTAS. Croix cantonnée au deuxième d'un E lunaire.

L'explication de ces deux types si différents nous semble facile. Mais remarquons tout d'abord que , à la fin du XI® siècle , il y eut un changement notable dans la monnaie de Bretagne : il semble que les nummi Karolici de l'ancien système carlovingien avaient été remplacés. En 1095, en effet , on parlait des « vieux deniers de Rennes » , auxquels avaient succédé des pièces appelées popelicani (2).

(1) Nons ferons remarquer que cette pièce offre , au premier coQp-d*GBii , une analogie frappante avec des monnaies émises par des seigneurs de Déols en Rerry, du nom de Raoul. Sur ces dernières, autour d'une étoile k cinq pointes , on lit le mot dedolis , qui rappelle exactement la forme rbdonis. La multiplicité des monnaies de Déols prouve combien leur fabrication fat active : il se pourrait donc qu'Alain Fergent les eût imitées, et que l'astre que l'on voit sur la monnaie de M. Aussant eût été l'origine première de la croix ancrée qui fut gravée sur la monnaie bretonne pendant tout le xn* siècle et au commencement du xiii*.

(2) D. Mor. 1 , 488. — On n'a pas encore proposé , croyons-nous , d'inter-

PROLÉGOMÉiNES. ccxxxvn

Si on fait un relevé des monnaies employées dans les actes bretons depuis 1050, on remarque que les espèces du Mans , qui jouissaient d'une grande faveur dans l'ouest de la France et qui même étaient la monnaie courante en Normandie , furent reçues en Bretagne jusqu'au milieu du XII* siècle. Ensuite vint à peu près exclusivement, pendant près de quatre-vingts ans , la monnaie de Rennes , qui fut brusquement remplacée par celle d'Anjou , au moment où l'Angleterre, sous Conan IV, commença à dominer dans notre province (1).

Eudes , voulant avoir une monnaie à son nom , chercha naturellement à imiter les pièces les plus répandues. Il fit donc graver un monogramme qui rappelait à la fois celui d'Herbert et celui des anciens nummi Karolici (2).

Quand Eudes eut été repoussé de Rennes par les barons bretons , il adopta le temple des monnaies normandes. Peutêtre la légende Edonis civitas , qui se lit sur le denier à ce type , ne serait-elle qu'une sorte de trompe-l'œil , pour

prétation k ce nom de popelicani : ne serait-ce pas simplement la c monnaie usuelle da pays > , la monnaie admise par la population dans ses transactions , et par conséquent celle du Mans, comme nous allons l'expliquer?

(1) On no saurait méconnaître les rapports qui existèrent pendant cette période entre la Bretagne et la Normandie. Dans cette province , pendant les dernières années du xi* siècle et la première moitié du xii*, la monnaie du Mans parait dans une foule de chartes : le mançais servait de denier , Vesterlin de double, le tournois et Vangevin d'obole (Lecointre-Dupont, Lettres sur rhist. monét. de Normandie, p. 11 et 12}.

(2) A la fin du x* siècle , les évéques du Mans , qui frappaient monnaie au type du « temple » , commencèrent à disputer la souveraineté temporelle aux comtes héréditaires du Maine, établis par Hugues-Capet. Ce fut vers 1030 que se fit, entre l'évoque et le comte Herbert 1^, deux transactions dont le résultat fut l'établissement d'une monnaie mixte , portant à la fois le monogramme du seigneur laïque et une légende pieuse , souvenir de l'autorité du prélat. MM. de Longpérier et Lccointre-Dupont ont fait connaître plusieurs deniers au temple , imités des deniers mançais.

ccxxxviii PUOLÉGOMÈiNES.

indiquer , sous l'apparence d'une monnaie rennaise , la « cité d'Eudes » , c'est-à-dire la ville de Dol.

M. de Longpérier a proposé d'attribuer au comte Eudes et à la ville de Dol , des deniers aux légendes odo dvx - DOLEO ciYEs, type de l'étoile à cinq pointes et du monogramme carlovingien. Jusqu'ici ces monnaies avaient été données à Eudes l'Ancien , sire de Déols : nous croyons que de nouvelles découvertes sont nécessaires avant d'adopter définitivement l'opinion du savant académicien.

Conan II prit le monogramme Conanm : c'est à lui et à Conan III que , contrairement à une opinion assez générale, nous attribuons les monnaies à ce type. Nous renvoyons à Conan IV celles où ce monogramme n'est plus représenté que par les lettres ivs.

Des chartes de ces deux derniers princes établissent que Alain III donna à l'abbaye de S -Melaine , qu'il venait de reconstruire, la dîme de la fabrication monétaire. Cette libéralité fut confirmée par la duchesse Constance , en H93, et par la duchesse Alix, en 1213 (1).

En 1225, Pierre Mauclerc, voulant faire cesser toute intervention des moines dans le monnayage , s'engagea pour lui et ses successeurs à payer une rente de iO liv. Six ans plus tard , saint Louis reconnaissait au prince qui gouvernait la Bretagne le droit de frapper la monnaie d'argent et de billon (2).

Pierre Mauclerc avait des ateliers non -seulement à Rennes, mais aussi à Nantes et à Guingamp. Arrêtonsnous un moment à celui-ci.

(1) Cartul. de S'-Melaine , folios 6 et 187. — D. Mor. 1 , 35, 859 , 579, 584 et 632. — Bl.-Mant. t. 86 . Uv. 1 , c. 5.

(2) Carlul. de S»- Melaine, folio 182.

PROLÉGOMÈiNES. ccxxxix

NoQS a?ons vu que le comte Eudes , tige de la maison de Penthièvre, avait frappé monnaie a son nom. Ses descendants continuèrent cette fabrication, de même qu'ils persistèrent à se qualifier tous comtes des Bretons , comfne leurs aînés à Rennes.

Le comte Etienne forgea des pièces nombreuses à Guingamp , ville qui faisait partie de la dot de sa femme. Il y grava son nom et une tête barbare, qui dégénéra en un objet confus , par suite d'une fabrication séculaire et trèsactive. La grande quantité des espèces guingampaises tient à ce que celles-ci furent émises non-seulement par les descendants directs de ce prince , mais aussi par les branches collatérales dont les chefs tranchaient également du souverain (1). Les pièces de Guingamp continuèrent à porter le nom d'Etienne jusqu'en 1205, époque à laquelle le comte Alain , ayant réuni dans sa main tous les domaines de sa famille, signa ses pièces.

Pierre Mauclerc s'étant emparé, en 1223, de ce pays, l'atelier guingampais émit des deniers aux armes de Dreux. Bien que l'on connaisse des monnaies portant avec le nom de Guingamp ceux de Jean I", de Jean II, d'Arthur II et de Jean III, nous doutons que l'atelier de cette ville ait été maintenu dans la seconde moitié du xiii® siècle. Nous pensons qu'à Rennes on continua les espèces guingampaises , à cause de la popularité dont elles jouissaient , non-seulement en Bretagne, mais encore dans les provinces voisines (2).

(1) Quelques numismatistes pensent même qu'il en fut frappé hors de la province , par exemple en Normandie.

(2) A Rennes , le duc de Bretagne copiait des monnaies étrangères : il semble que les monnayeurs se sont quelquefois trompés dans l'emploi des coins. Ainsi , M. Hucher cite une pièce portant le monogramme d'Herbert , avec la légende redonis civitas ; au revers , comme au Mans , la légende

ccxL PROLÉGOMÉiNES.

Les enquêtes faites en 1391 pour établir contre les gens du roi le droit de monnayage du duc de Bretagne, ne font aucune mention de Tatelier de Guingamp.

Jean I" se montra d'abord très-peu soucieux des droits de S-Melaine ; mais il les reconnut par un acte de 1249, et la part des moines fut affermée pour trois ans , moyennant 300 liv, La différence entre les actes de 1225 et de 1249 indique que la forge des monnaies de Bretagne avait pris un grand développement (1). En 1254, le duc rachetait définitivement le droit dont S-Melaine jouissait depuis un siècle et demi [2].

Les ducs de Bretagne , en repoussant de leurs ateliers l'intervention monacale, étaient peut-être mus par le secret désir d'une fraude trop commune alors : tout contrôle étranger les gênait dans l'imitation et l'altération des monnaies. En 1274, le duc Jean P"" fut averti par le roi qu'il eût à cesser d'altérer son numéraire : c'était lui enlever le quart des bénéfices que le duc voulait réaliser [3). Sous Jean II, le roi de France intervint encore pour lui interdire la fabrication des doubles deniers commencée par son père (4).

8IGNVII DBi Tivi. Dans l'ouvrage de M. Poey d'Ayant, noos remarqaons des deniers avec la légende philipvs rex , ou encore avec Dvx britarib-stephâN coM. Noas citerons encore ce denier, donné par Bigot, qui, autour de Técusson de Dreux , laisse lire britanie ; et, an revers, lvdovicvs rex, autour d'une croix.

(1) Cart. de S'-Melaine, folio 184. — Sous le règne de Jean I*', on monnayait à Nantes , à Rennes , à Tannes et à Guingamp. Ce prince fit faire des c doubles deniers » : Pierre Mauclerc n'avait ainsi que des deniers et des oboles.

(2) Cart. de Si-Melaine , folio 17.

(3) Olim, Arrêts, t. II, p. 60.— Dans tout le cours du xiu* siècle, les cbartes de S*-Âubin nous signalent des livres, sous, deniers et oboles : voir notamment les chartes 30 , 40 , 42 , 50 et 89 de S*-Âubin ; le testament de Guillaume Le Borgne , charte 74 de Beauport , etc.

(4) Un acte de 1306 établit que ce prince avait mis h la tête de la monnaie de Nantes un Florentin.

PROLEGOMENES. ccxu

M. Poey d'Avant, adoptant Topinion émise par Bigot, attribue à S -Brieuc et à Jugon des deniers de Jean II qui portent les initiales B et I. Nous devons avouer que ni les archives ni la tradition locale n'ont pu nous procurer aucun indice à l'appui de cette hypothèse : nous croyons qu'à aucune époque il n'a été frappé de monnaie dans ces villes.

Passant sur le règne d'Arthur II , qui ne présente aucun incident numismatique , nous arrivons à Jean III. Nous sommes à l'époque où les rois de France cherchaient à réglementer les monnaies féodales pour arriver à les supprimer. En 1313, Louis X écrivait sévèrement à Jean III pour lui reprocher l'affaiblissement de ses monnaies ; en 1316, il en fixait le poids , Taloi et le type ; et , en 1320, Jean III recevait une nouvelle semonce royale (1).

En 1339, l'inobservation des ordonnances du roi entraînait la saisie des coins et monnaies du duc de Bretagne, et de fortes amendes dont Philippe de Valois faisait remise, à condition que le duc ne retombât plus en récidive.

La longue lutte de Chartes de Blois contre Jean de Montfort exerça une influence notable sur le monnayage breton. On vit paraître des monnaies d'or , des gros blancs à la fleur de lys, à la couronne et à l'étoile , des demi-gros , des doubles et des petits tournois, des doubles parisis. Les ofiBciers des monnaies de Charles de Blois imitaient les monnaies étrangères , celles du roi de France d'abord , puis celles du Maine et de Flandres. Les pièces 'bretonnes, alors d'un très-faible aloi , avaient besoin de ressembler aux bonnes monnaies en circulation pour être acceptées. Cette imitation peu scrupuleuse du numéraire motivait de la part du duc Charles des ordres sévères pour prohiber dans ses Etats le

(1) D. Mor. 1, 1258.

T. m. XVI

ccxLii PUOLÉGOMÈiNES.

cours de la monnaie étrangère, dont les siennes ne pouvaient supporter la comparaison (1).

Charles trouva quelquerois de la résistance sur les points où il voulut établir des ateliers monétaires. Ainsi, à Quimper- Corentin, les vicaires épiscopaux s'opposèrent énergiquement à rétablissement d'un hôtel des monnaies , bien que le duc eût déclaré que cette mesure lui étaijt imposée par les nécessités de la guerre , et qu'il n'entendait nullement porter préjudice aux droits de l'évèque. Barthélémy, msutre de la monnaie ducale, envoyé de Guingamp à Quimper, ne parait pas avoir rempli sa mission [âj.

On battait aussi monnaie au château de Brest, sous la surveillance du châtelain (3) , et à Quimperlé en 1354 (4) ; mais c'était toujours en vertu de commissions données par le roi d'Angleterre. Dès 1343, ce prince avait envoyé des monnayers en Bretagne pour forger le numéraire nécessaire à ses troupes ; ces ateliers n'émettaient probablement que de la monnaie anglaise (5).

Jean IV ne se fit pas faute, comme son compétiteur, d'imiter les monnaies de ses voisins : il émit des gros , des doubles et des deniers dont les types rappellent certaines pièces brabançonnes , anglaises et flamandes. Il copia surtout le numéraire de France, et fit forger des « francs à cheval » d'or , pendant que Charles de Blois émettait des

(1) Dv Mor. 1 , 1533.

(2) D. Mor. 1 , 1454 et sniv. — Poar les monnaies en circulation en Bretagne au milieu du xiv* siècle , nous engageons à consulter rinventaire de la cathédrale de Nantes» en 1341, publié par les Bénédictins, Pr. 1, 1413 et suiv.

(3) D. Mor. I, 1521.

(A) Id. I. 1494.

(5) Id. 1, 1136, 1137.

PROLÉGOMÈNES. ccxlhi

« royaux ». Sous le règne de Jean IV, on frappait à son nom à Rennes , à Nantes , à Vannes, à Guérande, à Dinan et à Quimperlé.

Ce prince et ses sujets eurent de graves démêlés , à la faveur desquels le roi de France voulut s'emparer du duché. La numismatique en conserve le souvenir par des monnaies qui ne portent pas de nom ducal ; elles furent forgées en vertu d'une ordonnance de Charles V , datée de septembre 1374 (1), et appplicable aux ateliers de Nantes, Rennes et Vannes (2).

Quelques années après la paix conclue entre le duc et le roi de France , celui-ci , alors Charles VI , chercha à contester à Jean IV le droit de frapper dans son duché d'autre numéraire que des deniers et des oboles. L'enquête de 1392 ne produisit aucune preuve authentique en faveur des ducs : elle constata simplement que Charles de Blois et Jean IV avaient fait forger toutes sortes de monnaies sans être inquiétés (3). Néanmoins, les gens du roi ne purent triompher de l'opiniâtreté des Bretons, et, jusqu'à la réunion à la couronne, les ducs de Bretagne émirent des pièces d'or, d'argent et de billon.

Sous Jean V, on frappa monnaie à Morlaix, Fougères (4),

(1) Ordonnances des Rois de France, VI, 40.

(2) Une ordonnance ducale, datée de Lamballe, le 11 janvier 1396, nous apprend que Jean IV, ayant à satisfaire des créanciers , fit acheter à Guingamp 1,200 francs, an prix de 22 sous 4 deniers chaque franc (quelques jours plus tard, le franc valait dans cette ville 22 sous 7 deniers) ; et àLamballe, 350 f^. au prix de 22 sous 8 deniers chacun ; le tout valant 1,620 11 v. monnaie ou 556 francs d'or. On le voit, le cours du change était cher et très-variable dans deux localités voisines. — En 1391, l'écu à la couronne, à Lamballe, valait 26 sous 3 deniers , et à quelques jours de là , 28 sons.

(3) D. Mor. II , 596 et 597, 1651 et suiv.

(4) D. Mor. II, 1103.

ccxLiv PROLÉGOMÈiNES.

Dinan , Nantes , Redon (1) et Vannes (2) : c'était des francs d'or, des grands blancs, des blancs et des demi-blancs, des gros et des demi-gros , des deniers et des doubles. L'imitation des monnaies étrangères diminua notablement, et le produit du monnayage breton , véritablement autonome , circula sans difficulté hors de la province (3).

Ce système continua sous François P% Pierre II et Arthur III : seulement, le nombre des ateliers diminuait, et la fabrication monétaire se concentrait à Rennes , à Nantes et à Morlaix (4). L'enquête de 1455 constate que le duc Jean IV avait fait forger « des monnaies d'or petites comme moutonnels » , et le duc Jean V « des flourins d'or )> (o) .

(1) D*aprè3 an acte de D. Morice (II, 1103), quelques personnes ont cru quMl existait un atelier monétaire à Moncontour, vers 1413. Mais, comme rien d'ailleurs ne justifie cette hypothèse, n'est-il pas plus naturel de croire à une erreur de ponctuation, et de lire ainsi le titre édite par les Bénédictins : « Extrait du compte de Jehan Mauléon , trésorier de l'espargne , et receveur général des profits des monnoyes, de Moncontour , et des taux et rachats du ressort de Goello >.

(2) Bl.-Mant. XLVI, p. 542, 543 et 434.

(3) Signalons en passant l'ordonnance du dernier jour de septembre 1430, exemptant de tout « impôt, fouages, subsides , osts, chevauchées, changes, réparations de ville , de guet, arrière-guet, garde de ports, et généralement de tontes exécutions, molestations , impositions et de toutes servitudes les officiers monnoyers , le grand-maistre , les maistres , prévôts de monnoyers , gardes, contre-gardes, tailleurs, essayeurs et tous ouvriers des monnoies, ainsi que leurs familles » (D. Mor. II , 1047).

(4) Les trésors trouvés en terre étaient, dans les xiv* et xv* siècles, considérés comme appartenant au duc. Dans une enquête ouverte en 1455 , pour constater les droits souverains de ce prince , un des témoins entendus , Jean du Breil , S' de La Plesse , raconta que , chassant le renard avec l'abbé de S*-Melaine sur les terres de l'abbaye, en 1384, il youlut déterrer un de ces animaux et trouva un vase renfermant de très-anciennes et très-nombreuses monnaies. L'abbé déclara qu'elles appartenaient au duc et les lui remit en plein parlement ; le duc les accepta comme siennes , mais les répandit aussitôt dans l'assemblée, et chacun en prit ce qu'il put (D. Mor. II. 1654).

(5) D. Mor. II, 16fi2, 1663, 1661.

PROLEGOMENES. ccxlv

Louis XI, à son tour, essaya d'abord d'interdire au duc François II rémission des monnaies d'or et d'argent ; mais, bientôt, pour obtenir une alliance utile, il abandonna ses prétentions, et reconnut expressément les droits du duc. Les lettres patentes d'octobre 1465 , confirmées à Caen au mois de décembre suivant , sont la reconnaissance officielle par le roi de France , du fait de la « monnaie blanche ^ de Bretagne (1).

Sous François II, des ateliers fonctionnaient à Morlaix, Nantes, Vannes et Rennes. On forgea sous ce règne des écus d'or, des gros et des demi-gros d'argent, des blancs, des deniers et des doubles.

A dater du règne d'Anne de Bretagne , on ne remarque plus que deux ateliers, Nantes et Rennes. Avant son premier mariage , cette princesse continua les gros , les blancs à la targe ou douzains et les doubles de son père ; elle ne frappa les pièces d'or appelées « cadières » que pendant son veuvage. On peut considérer que , à dater du mariage de Louis XII avec l'héritière du duché , le monnayage breton suivit les mêmes phases et fut soumis aux mêmes règlements que celui du reste du royaume (2).

Pendant les guerres , le duc de Mercœur frappa des monnaies royales à Dinan , avec l'assentiment des Etats de la L'gue réunis à Nantes (3) . Plusieurs chefs de partisans

(1) Ordoim. des Rois de France, XVI, 405. A cette époqae, on désignait par la dénomination de monnaie blanche , les espèces d'or et d'argent.

(2) Dans un afféagement consenti , en 1561 , par le S^ de La Roche-Suhart à Yves de Rosmadec , S' de Buhen , nous remarquons que le marc et demi d'argent est évalué 20 liir. 5 sous. En 1583, l'écu au soleil valait 60 sous. En 1391 , le franc d'or valait 22 sous 7 deniers monnaie ; en 1395, l'écu à la couronne valait 26 sous 3 deniers.

(3) On chercherait inutilement une de ces pièces d'or, do la valeur de deux louis, signalées par M. P. Chevalier, avec la légende t Philippe-Emmanuel 1".

cGXLTi PROLÉGOMÈNES.

firent de même , mais sans autorisation quelconque : dans les ruines du château de S'-Quihouët , on a trouvé , en 1828, un moule de fer qui avait servi à couler des écus de Henri III à la date de 1581. À la faveur des troubles, la fausse monnaie fut fabriquée dans notre province sur une assez grande échelle : la tradition place des ateliers de faux-monnayeurs dans un certain nombre de nos anciens châteaux : Tabsence de toute répression dut, en effet, favoriser cette déloyale industrie.

Dans les nombreux actes que nous publions , on remarquera la mention de redevances faites <( en monnaie ayant cours dans le pays , moneta cur$ilis » : cette formule se rapporte au temps où la monnaie ducale , la monnaie tournois et celle des provinces voisines avaient un cours reconnu dans la province. Plus tard il n'en fut plus ainsi, et les actes stipulaient que les paiements devaient être faits en « bonne et forte monnaie » , en <( bons et forts deniers )>. Alors la monnaie subissait des variations si multipliées et si considérables que, payées avec les espèces nouvelles, les redevances anciennes étaient singulièrement diminuées (1].

Nous terminerons par quelques mots sur les différentes espèces dont il est fait mention dans nos chartes.

duc de Bretagne >. Cette fable numismatique nous paratt devoir être reléguée avec celle des prétendues pièces de Charles de Blois sur lesquelles on aurait lu aut César aut nichil.

(1) La formule que nous venons de rapporter indiquait que le vassal était .tenu d'acquitter sa dette, soit au moyen de monnaies contemporaines de l'acte qui constatait son obligation , soit en espèces nouvelles , mais dans une proportion représentant exactement la valeur de l'ancien numéraire. On comprend parfaitement qu'une ancienne redevance de 20 liv. ne serait pas représentée aujourd'hui par une pièce de 20 fr.

PROLÉGOMÈNES. ccxlvii

Esterlins. Nous ne voyons ces monnaies paraître qu'accidentellement : l'esterling était le denier anglais, et les abbayes bretonnes qui possédaient des bénéfices en Angleterre recevaient nécessairement des redevances en eslerlins. Les premiers , frappés par les Plantagenets , représentent une tête couronnée de face ; au revers , une croix cantonnée de douze besants, avec le nom de l'atelier monétaire (1). Le seigneur du Goëllo, en 1202, donnait à Beauport une rente de 40 livres d'esterlins sur son manoir de Ravendal, au diocèse de Durham. Une charte du prieuré de Dinan établit qu'en 1268, en Bretagne, 250 livres d'esterlins étaient reçus pour la même valeur que 1,000 livres de tournois (2).

Monnaie de Nantes. C'était celle qui fut frappée dans cette ville à dater de la fin du xii* siècle : il en est peu question dans la partie de la province dont nous nous occupons , puisque jusqu'ici nous ne connaissons qu'un texte de 1224, de l'abbaye de Beauport, qui en fasse mention. Cette monnaie de Nantes , alors anonyme , portait les mots Dvx BRiTÀNE aulour d'une croix ancrée ; au revers , nantis cm autour d'une croix ordinaire. D'après une ordonnance de saint Louis , le nantois à Vécu était évalué à raison de 15 nantois pour 12 tournois [3).

Monnaie d^ Anjou. Nous la voyons employée dans des

(1) Cette monnaie I à la fin du xiii* siècle et an xiv*, fnt imitëe par on grand nombre de seigneurs laïques et ecclésiastiques du continent.

(2) La bulle de Clément III , en faveur de S**-Croix de Guingamp » men> tionne panni les dons faits à cette abbaye , c très marchas argenti in Ànglia quas dédit cornes Stephanvis de décima quam tenuit Eudo, presbyter de Lambalia » (D. Mor. I, 718}.

(3) Ordomi. des Rois de France, I, 94.

ccxLviu PROLEGOMENES.

chartes de Beauport et de S'-Âubin (1]. De 4094 jusqu'aux premières années du xiii'' siècle, les deniers angevins eurent un cours général en Bretagne, principalement, comme nous l'avons déjà dit , depuis le mariage de la fille de Conan IV avec Geoffroi d'Angleterre. Il était naturel que les princes anglais, qui possédaient alors l'Anjou, fissent circuler leurs monnaies françaises dans le pays breton dont ils étaient maîtres.

Monnaie de Rennes. Les détails que nous avons donnés plus haut ont mis nos lecteurs au fait de ces espèces : un acte de S'-Aubin mentionne, en 1232, quadraginta $olido$ Redonensîs monete (2) ; ce devait être des pièces anonymes, identiques, sauf les légendes, aux pièces de Nantes que nous venons de décrire. D'après les textes conservés par D. Morice, la monnaie de Rennes fut très-répandue de 1084 à 1150 environ : de cette date jusqu'au commencement du xiH^ siècle, elle disparaît dans les actes pour être remplacée par celle d'Anjou. Elle reparaît vers 1219, sous Pierre Mauclerc ; mais les tournois et les parisis lui font une rude concurrence. A la domination anglaise avait succédé l'influence française, et les espèces monétaires s'en ressentaient nécessairement (3) . Dans la seconde moitié du XIII* siècle , les titres de S -Aubin et de Jugon parlent de monnaie bretonne : cette désignation générale indique alors la monnaie ducale, fabriquée dans plusieurs ateliers.

(1) € Sexagenta libris Andegavensis monete » (S^Aubin , 30) ; voir aussi la charte 74 de Beauport , etc.

(2) Charte 89. -— Un acte du Cartul. de Redon parle des solidos monete Redonensit (D. Mor. 1 , 465).

(3) Dans les actes relatifs à Tacquisition du prieuré de S*-Galery de Matignon par S'-Aubin, nous voyons employer concurremment des tournois et des parisis.

PROLÉGOMÈiNES. ccxLix

Monnaies de Guingamp. — Nous n'avons trouvé que peu de mentions de la monnaie guingampoise, bien qu'elle fût, nous l'avons dit, fort répandue. A notre connaissance, elle est nommée , en 1158, dans un règlement du duc de Normandie donné à Caen, et, en 1S15, dans un acte de l'abbaye de Bonrepos (1). D'après M. Lecointre-Dupont, le denier guingampois valait en Normandie 0,053 avant 1158, et 0,056 après cette date : à la première époque, la livre représentait 12 fr. 71 , le sou, 64 centimes ; à la seconde époque, la livre valait 13 fr. 44, et le sou, 0,67.

Parmi les monnaies de Guingamp , il en est une variété qui jusqu'ici n'a pas été expliquée , en voici la description :

+ QVEMPERLk Croix pattéo , cantonnée d'un ou deux astérisques.

]^. + GViNGÀMP. Profil droit barbare.

Tous les numismatistes qui se sont occupés de ce denier y ont vu le nom de la ville de Quimperlé. Bigot pense qu'il est peut-être le produit du monnayage de Alain le Noir , gendre de Conan III , ou de Conan IV qui se relira à Guingamp après avoir été dépossédé par Geoffroi d'Angleterre : il fait remarquer , du reste , que l'histoire de Quimperlé ne révèle aucun fait qui puisse expliquer l'émission de cette monnaie.

Ne serait-il pas plus simple de chercher dans le Goëllo même quelque localité où on aurait temporairement frappé une monnaie guingampoise , à Quimper-Guézennec, par exemple, antique seigneurie que son titre de vicomte signale comme ayant été détachée des domaines de Guingamp. Nous ne proposons toutefois cette conjecture qu'avec la plus grande réserve.

il) Leeointre-Dupont , Lettres sur Thist. mon. de la Normandie, p. 13. — D. Mor. I, 8>9.

Page 1