‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 7 sur 41 · VIII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

VIII PROLÉGOMÈNES

sans déplaisir se former sur leurs côtes des colonies qui le$ préserveraient de nouvelles invasions de pirates (1}.

Les émigrations bretonnes se prolongèrent pendant toute la seconde moitié du v* siècle et jusqu'à la fin du vi' : de sorte qu'une population nouvelle couvrit peu à peu le littoral armoricain , de l'embouchure du Couesnon à l'embouchure de la Vilaine. De distance en distance , des centres monastiques offrirent sous toutes ses formes l'enseignement chrétien et donnèrent l'exemple du travail agricole.

Plusieurs de ces monastères, ceux de S'-Brieuc, de S'-Malo, de S'-Tugdual, de S'-Pol et de S'-Samson devinrent dans la suite des sièges épiscopaux réguliers. D'autres furent l'origine d'abbayes importantes, telles que Landevennec , S'-Jacut , S'-Gildas , S'-Méen , Locminé ; d'autres enfin , comme PouU-Briac , Lan-Sieux , S'-Ké , ont donné naissance à des bourgs encore existants.

La plus ancienne de ces chrétientés fut établie à l'Ile- Yerte. Semblable à un phare au milieu des écueils de la mer armorique, elle brilla longtemps du double éclat de la sainteté et de la science , et envoya des missionnaires nombreux à la conquête morale de la nouvelle patrie. Cette fondation était due à saint Budoc.

Gurdestin, abbé de Landevennec au ix'' siècle, nous a décrit la vie des disciples de ce Saint. Malgré les fatigues des défrichements , de l'école et de la prédication , ils ne se nourrissaient que de fruits sauvages et de pain d'orge mêlé de cendre ; le dimanche seulement, ils se permettaient

(1) Les textes qae nous avions réunis à l'appai de cette opinion ne nous ont pins paru nécessaires » après la publication du « Précis des Origines do THistoire de Bretagne », par M. de La Borderie. Ce travail a singulièrement simpliûé la partie actuelle de notre tâche.

PROLÉGOMÈNES. ix

un peu de poisson. Ils ne buvaient que de l'eau, marchaient pieds nus et couchaient sur des écorces d'arbres (1). Usher, archevêque d'Ârmagh , prouve au reste , dans les Antiquités de rEglise bretonne , que cette austérité ne dépassait pas de beaucoup les règles tracées par saint Patrice au clergé de l'Irlande , acceptées par celui de la Grande-Bretagne et importées en Ârmorique.

Sous l'action du prosélytisme le plus ardent qui fut jamais, devant les prodigieuses entreprises qu'accomplissaient ces Saints à la cour des princes , dans le calme du cloître ou dans la solitude des forêts, la civilisation, qui avait éprouvé un temps d'arrêt , reprit le dessus : le druidisme recula de nouveau, jusqu'au jour où son dernier barde lança, du haut de Mené-Bré (2), ses impuissants anathèmes contre le Christ victorieux. Mais le Christ poursuivait son œuvre par la parole et le bras de ses fidèles serviteurs : il adoucissait les mœurs de ces peuples retombés dans la barbarie ; il leur rendait par la culture et l'industrie (3] la richesse de ce sol jadis fertile, et, par l'étude, la science échappée à l'invasion germanique.

C'était ssdnt Lénor et saint Enveî défrichant les bords de l'Ârguenon et du Guer ; saint Suliaw plantant la vigne sur les coteaux de la Rance ; saint Theliaw greffant les pommiers au pays de Dol ; saint Pol ramenant la vie dans un antique oppidum , devenu le repaire « des ours , des

(1) N88. de la Bibl. de Qaimper. — Bol. mai. , 11b. ii , cap. 8 et seq. — D. Mor. I, 186, 187, 189, 191, 306, 311, etc.

(3) MoDtagne roisine de Golngamp, longtemps regardée comme le point central de la Bretagne.

(3) Ce furent aurtont les disciples de saint Colomban qui se tournèrent vers le travail industriel. La Bretagne vit fleurir plusieurs de leurs établissements, entre autres le grand monastère qui a laissé son nom à Locminé.

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