HM. DDPEUTY ET GRANGE
ES)ffi:::::::::;:::::;::::
ra?H:§;
saSiEE;:;;:;;;-
Es^'^--
ffS^ïasii-,:;;-.-.-.
La patronne était jolie, le patron était jaloux, et il avait tout lieu de l'être, ayant eu le triste avan-
tage de surprendre sa femme avec un de ses garçons dans une situation qui ne pouvait laisser subsister aucun doute.
Ce fut une colère froide et digne : « Je sors, Madame, dit-il à sa coupable épouse, je sors, mais à mon retour j'espère ne plus trouver chez moi cet associé imprévu. »
En rentrant, le soir, la première vision qui apparaît à rinfortuné cafetier, c'est Todieux rival marivaudant avec sa complice : « Il me semblait. Madame, que ce garçon devait quitter notre maison? »
c( — Mon ami, ce garçon, répondit-elle d'une voix douce, avait en effet des torts envers vous; mais, après votre départ, il m'a fait des excuses!... »
On devine la joie que causa dans le théâtre cette explication... biscornue!
En 1862, la Gaîté, atteinte par l'ordonnance si funeste du préfet Haussmann, dut disparaître du boulevard du Temple éventré et émigrer près du boulevard Sébastopol, devant les Arts et Métiers.
Théâtre des Folies-Dramatiques. — Robert Macaire. — Disparition des baraques etdes Ihéâtres en plein vent.
— La littérature dramatique au boulevard du Temple,
— M°" Saqui,
Les Folies-Dramatiques ouvrirent au public leurs portes le 22 janvier 183i et abordèrent successivement tous les genres. On y applaudit des pièces féeriques, comme fa Fille de l'air, avec M"" Nathalie, qui plus tard devait devenir une excellente sociétaire de la Comédie-Française; la Fille du feu et Nip Nip; des pièces patriotiques, comme la Cocarde tricolore, qui fut le début au théâtre des frères Cogniard, en 1831, et qui obtint près de deux cents représentations, chose remarquable pour l'époque ; des vaudevilles, comme les Aventures de M. Jovial ; des drames, comme ^eCowvenl de Tonningthon, les Deux Forçais; et, enfin, des
comédies aristophanesques, comme Robert Macatre, retle géniale création de Frederick Lemaître,
Ce grand acteur, le dieu du boulevard du Temple, ('■lait alors en pleine éclosion de son talent, et Robert M aeaire éia'ii la continuation A&VAuberge ('es Adrets, qu'il avait créée quelques années auparavant à l'Amhigu-Comique et qui avait été pour lui l'occasion d'un triomphe éclatant. Il faut voir avec quel enthousiasme en parlent les meilleurs écrivains de son époque pour comprendre la place considérable qu'occupait Frederick Lemattre dans le monde dramatique. Th. (jautier di- (Cuiicci. H. utoaiie.] ^^'^ ■ " C'esl un bcau et noble spectacle que Je voir ce grand acteur, le seul qui chez nous rappelle Garrick, Kemble, Macready et surtout Kean, faire trembler de son vaste souffle shakespearien les frôles portants des coulisses des théâtres du boulevard, Frederick a ce privilège d'être terrible ou comique, élégant et trivial, féroce et tendre, de pouvoir descendre jusqu'à la farce et monter jus-
LE BOL'LEVAl
qu'à la poésie la plus sublime comme tous les acteurs complets. Ainsi il peut lancer l'imprécation
ir&xais]Ric<c lzes&ivjrs .
de Ruy Bios dans le conseil des ministres et débiter le pallas de Paillasse dans une place de village ; Richard ctArlington jette sa femme par la feiiôtre
avec la même aisance qu'il cuisine la soupe aux choux du saltimbanque et porte son fils en équilibre sur le bout de son nez. Dans Robert Macaire^ ce Méphistophélès du bagne, bien plus spirituel que l'autre, a élevé le sarcasme à la trentième puissance et trouvé des inflexions de voix inouïes et des gestes d'une éloquence incroyable. Il a été plus beau que jamais dans Paillasse. » Dumas, Victor Hugo montrent le même enthousiasme, la même émotion. Tout le monde spécial du boulevard partageait cet empressement. Jamais d'ailleurs un homme n'ofl*rit un plus complet mélange de qualités admirables, de dons extraordinaires et de plus pittoresques défauts : charitable, hautain, hâbleur, familier, trivial, joueur, débraillé, ivrogne, brave, charmant, spirituel, prodigue et besoigneux, pa'ssionné d'art et scatologue, portant superbement dans la vie comme au théâtre le feutre effiloqué de Don César de Bazan, Frederick traversait le boulevard, hautain, souriant et dédaigneux, acclamé des titis, admiré des femmes, applaudi des hommes ; ses amours mêmes défrayaient les conversations des badauds : on se contait les stupéfiants incidents de sa liaison avec Clarisse Miroy, mélange de tendresses bruyantes, de jalouses ruptures, de coups de canne et de réconciliations publiques.
Le lendemain dune de ces retentissantes querelles, racontait-on, Frederick, sonnant à la porte de sa maîtresse, fut reçu par la mère de Clarisse; la bonne dame, efi'rayée de se trouver en présence
LE BOULEVARD DU TEMPLE tri
du brûlai artiste, levait déjà le bras pour se garer des coups... "Mais que craignez-vous donc, vibra Frederick... Vous battre, moil! — Vous battre!! Est-ce que je vous aime?» On citait de lui d'autres mots épiques : « Mais, monsieur Frederick, vous ânonnez votre rôle, vous n'en savez pas le texte, vous marchez dans ma prose. , .»
El lui de répondre :
« On dit que ça porte bonheur!»
On colportait sa réponse à la reine d'Angleterre, le complimentant de sa belle création du Père Jean dans te Chiffonnier de Paris et s'élonnant de ce que semblables mi-
FRÏDËaiCK LEHAITRB, DANB
seres puissent se ren- « 30 ^^g q„ ^^ „b n'u:» joubuk ». contrer chez nous...
« Ce sont nos Irlandais, Madame I » On se répétait son observation au directeur, qui, en sa présence, avait successivement obtenu d'un jeune homme, fort riche el prêt à tous les sacrifices pour arriver à se voir représenté, une subvention, des décors neufs, un prêt immédiat d'argent. Le malheureux auteur ayant finalement tout accepté, tout signé.
98 ANCIENS THEATRES t>E PARIS
tout donné, allait sortir du cabinet directorial. Frederick alors se précipita devant la porte et cria, les bras en croix ; « Comment vous laissez déjà sortir Monsieur... et il a encore sa montre!,...» C'est lui, toujours lui, qui, le soir d'une première représentation, interroge son fils, respectueux et admiratif.
« Comment m'avez-vous trouvé, mon fils?
— Admirable.
— Et que pensait la salle?
— Elle vous admirait.
— Alorsvousne voyez aucune observation à me faire, aucune critique à m 'adresser ?
— Pas une, vous ffltes parfait.
mËDÊHICK LEMltlTRE, DANS RlCn nOH olUS cl
redire aux costumes?
— Splendides et pittoresques!
— Cherchez bien.
— Mon Dieu ! peut-être le parapluie que vous portiez sous le bras était-il d'un bleu un peu criard...
— Hein! quoi! le bleu de mon parapluie criard!! Ce fut ma meilleure trouvaille, tu n'y connais rien... F... le camp, imbécile! » — Robert Macaîre obtint le plus vif succès, et les Folies-Dramatiques
connurent les ivresses du maximum. Mourier, le directeur, fil fortune et mourut en 1857. TomHarel,
LOEIL CREVÉ
le neveu de la célèbre M"* George, lui succéda; c'est sous sa direction que, le 15 juillet 1862, les Folies-Dramatiques donnèrent leur dernière représentation au boulevard du Temple. Ce théâtre
dut disparaître devant le pic des démolisseurs et fut transporté, 40, rue de Bondy, sur remplacement qu'il occupe encore actuellement. — Frederick Lemaître y fait une nouvelle apparition, reprend une partie de ses anciens rôles et y crée le Père Gâchette^ le 13 juin 1867. Pendant des années le théâtre cherche sa voie, jouant des comédies, des féeries, des mélodrames, jusqu'au jour où l'opérette s'y installai — C'est là qu'Hervé triompha avec VŒU crevé, le Petit Faust, les Turcs, Chilpéric!,,. Que de jolies opérettes ont vu le jour sur cette petite scène : — la Fille de Madame Angot, les Cloches de Corneville, Jeanne, Jeatmetle
et Jèanneton et, pour ne citer que le plus récent
succès, nommons le Billet de logement, où Jeanne Leriche fut si spirituellement amusante. C'est de la farce un peu lourde, un peu vulgaire, mais qui nous rappelle les gais propos de Taconnet, de Panard et de Vadé qui triomphèrent jadis aux premières heures de succès du boulevard du Temple.
Le boulevard du Temple, on le voit, était noblement partagé. A cette époque, une véritable pléiade d'artistes de talent s'y disputaient la faveur du public. Le premier de tous, c'était, bien entendu, Frederick Lemaître, cette vivante incarnation de l'art dramatique; puis venaient Bocage, Laferrière, Mélingue,- alors à ses débuts; Ligier, Lockroy, Jemma, Saint-Ernest, Francisque aîné. Francisque jeune, Delaistre, Moessard, Chilly, Paulin Ménier, Boutin, M"^ George, M™^ Dorval, M"*^ Moreau-
Sainti, M"" Ida, M"' Nobict, Clarisse Miroy, Léontine, Théodorine Mélingue, etc.
Les petits théâtres, si amusants jadis, avaient disparu ; les baraques avaient été supprimées, les parades ne racolaient plus lesbadaudsde Paris. Finis> cesdialogues étranges dont Bobèche et Galimafré avaient donné de si bizarres échantil' Ions; aboi is, ces vaudevilles stupéfiants dont l'un commençait par cette phrase restée légendaire, et que prononçait un domestique seul en scène au lever du rideau : « Allons, bon, encore une punaise suTbeurre !
Mam' la Marquise qu'est si sur sa bouche, qu'est-ce qu'elle va dire en apprenant ça ! ! » Ou encore
(c'était au Pelit-Lazari — et le marquis (que! marquis!!) saluait en ces termes la comtesse (quelle comtesse!!) : «Ah! comtesse, tous mes compliments, la belle fête! un municipale la porte, des (leurs dans l'escalier, du veau à l'entresol ! ! ~ Et toujours votre loge à l'Ambigu... Mâtin ! Quel luxe ! »
Tout le répertoire, nous apprend le 1res aimable et très érudil Arlhur Pougin, étail dans ce goût. M"' Saquj seule demeurait et continuait dans son petit th<^âlre, compris entre les Funambules et le Petit'Lasary, à promener sur la corde qui traversait le théâtre, reliant la scène à la galerie supérieure, la brouette célèbre renfermant son enfant, aux frénétiques applaudissements des spectateurs. M"" Saqui, d'ailleurs, ajoute encore Pougin ', ne badinait pas ■iDiH MOTi. g^,gç gjjjj public.
Cttte femme originale, douée d'une rare force musculaire, n'hésitait pas, si elle entendait quelque bruit ou quelque querelle, à aller elle-même rétablir l'ordre troublé. Une pelisse jetée sur son costume, elle empoignait le perturbateur, le secouait avec vigueur et le jetait à la porte avec tous les égards dus à son rang.
1. A. Pnugia, Acieurs et Actrices d'autrefois, Juven, 10, rue Saint-Joseph.
Hugo et Dumas triomphaient à la Porte-Saint- Martin. Les deux théâtres de drame du boulevard du Temple, la Gaîté et TAmbigu, avaient aussi leurs auteurs à succès, leurs spectateurs fidèles, et une troupe vraiment exceptionnelle : Bouchardy, Anicet Bourgeois, Paul Foucher, Michel Masson, Alboize et Dennery faisaient représenter pendant vingt ans tous ces drames célèbres dont bien des noms ont survécu : Lazare le Pâtre^ le Sonneur de Saint-Paul^ Gaspardo le pêcheur^ Jean le Cocher^ Paris le Bohémien firent la fortune de Bouchardy, dont les drames écrits à la hâte, mais d'une véritable puissance dramatique, captivaient Tâme des spectateurs. Il faut avouer que le dialogue était parfois étrange. C'est dans Tun d'eux que Ton entendait cette phrase qu'a retenue Ludovic Halévy : « Prends pour fuir ce sentier connu de Dieu seul. » Ou encore : « Dieu m'a donné deux armes terribles pour combattre mes ennemis : la fuite et la résignation. »
Th. Gautier disait de lui : a Bouchardy était une puissante individualité, une nature vraiment originale; il avait au plus haut degré le génie de la combinaison dramatique... Ce qui lui manqua toujours, c'est le style, cet émail qui rend éternelles les œuvres qu'il revêt. Toute proportion gardée, il était à peu près à Hugo ce que Marlovs^e est à Shakespeare. »
Depuis 1830, le nombre des salles de .spectacle avait encore augraenlé : le Théâtre Lazari s'élail agrandi, les Folies-Dramatiques ouvraient leurs portes le 22 janvier 183 1 , et dès 1816 l'ancien Théâtre des Chiens savants, oii jouaient de véritables chiens en costumes du xviii' siècle, marquis à museau noir, duchesses à pattes blanches, mousquetaires à têtes de griffons, était devenu Théâtre des Funambules. On y dansait sur la corde, on y jonglait, on y exécutait le « jeu des couteaux et la grande batoude anglaise »; puis on y mfila des combats à outrance^ au sabre et à l'hache, et c'est une des causes premières du mélodrame en France ! car ces combats eurent un succès fou. Nous reproduisons,
d'après le beau livre de J. Janin, V Histoire du théâtre à quatre sous pour faire suite à f histoire du Théâtre Français^ une des affiches à la main de celle époque.