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PIÈCE FANTASTIQUE EN TROIS ACTES ET QUATORZE TABLEAUX

Précédée de " LES ENFANTS DE MOBfUS '', prologue en 2 tableaux

PREMIER ACTE. — La folrc Saint-Laurcnt en 1750.

DEUXIÈME ACTE. — Lc boulevard du Crime en 1830. Le Souterrain du Crime ou le Caveau du Remords.

TROISIÈME ACTE. — Le Châtiment de Momus.

Le boulevard du Temple en 1861.

Le boulevard du Prince-Eugène. — Apothéose.

Par M. Henri Thiery. Représentée pour la première fois sur le Théâtre des Folies- Dramatiques le 7 décembre 1861.

La scène s'ouvrait par un chœur que chantaient les théâtres du Cirque, la Gaîte\ le Lyrique, les Délassements, les Funambules, le Lazari sur Tair Quel désespoir.

Quel déplaisir !

Bientôt notre vie

Est finie.

Quel déplaisir!

Bientôt Ton va nous démolir !

Et le Boulevard du Temple, représenté par la jolie M"" Leroyer, leur répondait sur un air nouveau de M. Mangeant :

Le boulevard du Temple de nos pères Dans quelques jours doit être démoli.

Rires, chansons, cafés, pleins de lumières, Tout maintenant va rentrer dans l'oubli...

C'est Tancien boulevard de la Foire Au bon vieux temps de Piron, de Collé, Lorsqu'ils venaient parmi nous, après boire.

Chercher leur muse au bonnet chiffonné.

Lieux adorés de chansons et de fêtes, Où Desaugiers, Brazier, Vadé, Panard, Tambour battant, la gaudriole en tête. Avaient planté leur joyeux étendard...

N'oublions pas que ce fut la patrie Du blanc Pierrot, ce muet immortel, Jocrisse nussi vint y passer sa vie Avec Paillasse, avec Cadet Roussel.

Galimafré, Bobèche ou bien Jocrisse Sur leurs tréteaux appellent les passants Et puis Jeannot fait faire l'exercice A des lapins, à des singes savants...

Mais tout est dit, inclinons notre tête, Chantons du moins cet ami trépassé.

Et que ce jour soit encore jour de fête Pour terminer comme on a commencé...

Dans les théâtres et autour des théâtres, on liquide. — M. Harel, directeur des Folies-Dramatiques, reçoit 251.000 francs d'indemnité; M. Huet, directeur du Petit- Lazari, 440.000 francs ; M. Doutrevaux, propriétaire des Funambules, 580.000 francs; M. Lahis, propriétaire de la Gaîté,

1.800.000 francs; enfin, M. Huret (limonadier du Cirque) reçoit 250.000 francs d'indemnité; M. Pinet (limonadier des Folies-Dramatiques) ^ 120.000 francs, etc.. Tout le monde est content jusqu'au sieur Bressort — dit le Père la Tripe — fournisseur attitré des titis, auxquels il vendait le gras double les saucisses, les andouilles et le cervelas à Tail qui constituaient leur habituel souper, qui touche la forte somme et empoche 30.000 francs d'indemnité.

C'est au café Planchet, où se réunissaient tous les artistes de tous ces théâtres, que V. Sardou se rappelle y avoir connu un nommé Caron, régisseur ou employé du Théâtre-Historique, fils d'un gardien de la prison du Temple, lors de la détention de la famille royale; ce Caron racontait que le Dauphin avait été enlevé; son père, qui le lui avait assuré, avait été appelé deux fois aux Tuileries sous la Restauration : la première fois il en était rentré soucieux, et la seconde fois il n'avait pas reparu... Sardou n'a jamais pu vérifier ces souvenirs.

La GaM émigra au square des Arts et Métiers; les Folies- Dramatiques^ rue de Bondy ; le The'âtre- Lyrique, place du Châtelet, comme le théâtre du Cirque-Impérial ; les Funambules disparurent définitivement, car je ne saurais que noter une fugitive tentative de survie boulevard de Strasbourg. Les Délassements réouvrirent rue de Provence ; et le Petit-Lazary succomba.

Depuis, le boulevard du Temple est un endroit

;VABI> DU TEMPLE

trisle, bourgeois ei quasi provincial. Qui pourrait croire, à voir ses larges chaussées désertes, qu'il y

a quarante ans à peine c'étaîf le coin le plus bruyant, le plus agité, le plus vivant de Paris : huit mille

personnes envahissaient dès six heures du soir les guichets de tous ces théâtres; des centaines de spectateurs faisaient la queue devant les contrôles, entre de longues barrières de bois; les équipages se succédaient d'où sortaient de jolies femmes en élégantes toilettes.

Dix cafés, vingt comptoirs de vin ne suffisaient pas à leur clientèle; les marchands de coco, les marchandes d'oranges, de berlingots, les vendeurs de programmes, les placeurs de contre-marques glapissaient leurs boniments; les titis massés aux portes acclamaient à la sortie les Mélingue, les Frederick Lemaître, les Déburau, les Marie Dorval, les Clarisse Miroy... On se bousculait pour serrer la main à « Monsieur Colbrun », saluer Boutin ou voir passer Léontine, la Chonchon de la Grâce de Dieu. On guettait la sortie d'Ameline, ce géant qui, dans les pièces du Cirque, jouait sans concurrence possible les « tambours-majors », et cet Ameline, contraste stupéfiant, avait pour « amie » une naine : Carolina la Laponne, qu'il ramenait chaque soir dans ses bras, comme une enfant.

Un industriel louait, mille francs par an, une armoire au théâtre du Pelit-Lazari, pour y entasser par milliers les chaussons aux pommes aimés des titis. Cette armoire passait près du tuyau de cheminée du théâtre, et les chaussons — tenus au chaud — étaient toujours là, tout prêts è être dévorés !

Les bouquetières apportaient des bottes de fleurs et des billets doux à toutes les jolies filles qui peuplaient ces vieux théâtres enfumés; les amoureux impatients, pâles et nerveux, guettaient la sortie des actrices adorées ; on applaudissait, on sifflait, on criait, on dansait, on se battait et Ton pleurait; on vivait enfin, et M. Prudhomme tonnait contre rimmoralité du siècle : c'était charmant !

L'autre soir, à la nuit tombante, j'ai voulu revoir ce qui fut le boulevard du Crime : quatre maisons subsistent à gauche, en retrait (n°* 42, 44, 46, 48), qui en indiquent l'ancien tracé, et c'est tout; rien, absolument rien, ne permet de retrouver la moindre trace de tout ce grand passé d'art, et, à l'endroit même où, pendant de si longues années, Paris passionné s'enthousiasma aux belles œuvres dramatiques qui l'émurent ou le divertirent, sur remplacement où tant de nobles artistes interprétèrent de si belles œuvres, firent battre tant de cœurs, excitèrent tant de passions, sur les trottoirs boueux, deux camelots chantaient quelques couplets orduriers repris en chœur par quatre trottins, cinq gamins, trois militaires, une bonne d'enfants et un petit pâtissier.

l'ambigu. — LA PORTE-SAINT-MARTIN .

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