LE MARCHAND DE COCO
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le fils de ce bon Paul de Kooli, le romancier populaire de la bourgeoisie parisienne; e est dans cette
pièce que débuta sur les lliéâlres du boulevard
Frédéric Febvre, qui devait faire une si belle
carrière à la Comédie-Française et à qui nous
devons de charmanis souvenirs spirituels, gais,
vivants, où il raconte sa vie de travailleur et
d'artiste épris de son
art. Mâcha nette jouait
le traître.
Ce Mâcha netteté tait un type bien pittoresque, fidèle habitué du"CaféduThétHre.., intrépide joueur de bcsigue, culotteur de pipes et buveur de bière ; on l'appelait familièrement « Ma Canette ». Il avait tout pour réussir : un beau physique, une tète superbe, une voix to- M.ÉDÉF.1C FEBVHK nitruaote, et c'est
cette voix qui le perdit. Le malheureux hurlait toujours et forçait naturellement le ton ; aussi élait-il régulièrement mis à l'écart, ce qui le désolait et l'exaspérait, et il exhalait sa douleur en plaintes amères. B Ah ! les coquins, s'écriait-il, ils s'entendent tous pour m'étouffer. Auteurs, directeurs, artistes, ils
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savent bien, ces gredîns qui se disent mes camarades! mes camarades I!... ils savent bien que je les fourrerais dans ma poche ; aussi s arrangent-ils toujours pourmefaireassassinerau prologue. Oui, c'est toujours au prologue que quelque malheureux
tombe lâchement percé de coups.,, et ce malheureux c'est toujours moi... On me lue devant le» seulesouvreuses,etje ne reparais plusdans la pièce, ou alors je suis spectre et parle derrière une toile métallique... Oh! les gredins! »
Dans tes Quatre Sergents de la Rochelle, Machancttc représentait un bon capitaine qui venait offrir
aux prisonniers un moyen d'évasion : « Après le couvre-feu, leur disail-il, la porte sera ouverte, des chevaux vous attendront «, etc.. Mais, au lieu de dire tout cela à voix basse, il le criait à pleins poumons, si bien qu'un soir un camarade, le bon gros Laurent, qui devait plus tard créer d'inoubliable façon le rôle de Jonas, le sonneur-martyr de Patrie, entra dans le cachot et interrompit les hurlements de Machanette en lui disant, plein de gravité : « Plus bas, plus bas, capitaine, on vous entend de la place d'Armes... Heureusement que j'étais seul I >■ Et la salle de se tordre.
La Famil'.e des Oueux est le début Ihéfltral de Jules Claretie qui avait pour collaborateur un di'puté italien, Pélrucclii délia (jattina, rencontré la veille de la bataille de Custozza ; et tous deuxavaient porté ù la scène la guerre des Flandres et le siège de Flessingue. Théophile Gautier comparait ce drame touffu à un magasin de curiosités artistiques dont on n'aurait pas ouvert les auvents ! Une scène de l'Inquisition : — Paul Deshayes, étranglé dans un in-pace par les familiers du Saint-Office, — fit un gros effet, et aussi un tableau des plus pittoresques, la rupture des digues noyant les Espagnols !
Dans cette Famille des Gueux, le bon Machanette jouait le rôle d'un bourgmestre qui avait à dire: n L'Inquisition a brdlé mes mains et je n'ai pas renié mon Dieu, » Le copiste, sur son rôle, avait écrit: « L'Inquisition a brôlé mes meubles... » et, gravement, Machanette aux répétitions, avec
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une conviction profonde, répétait de sa voix de basse-tailte (il avait joué la tragédie à la Comédie- Française) : V l'Inquisition a brûlé mes meubles et je n'ai pas renié mon Dieu ». C'était la joie des camarades répétante côté de lui, Castellano, Dira
Petit, Régnier (le jeune premier aujourd'hui architecte de monuments funèbres}, jusqu'au jour où Claretie, voyantarriver la première représentation, rétablit la phrase primitive au grand chagrin de Machanettc qui s'écriait : « C'est dommage!... J'aimais mieux mes meubles.' C'était plus fort!,.. « C'est dans le Crimr de Faverne, un mélodrame
liATBES DE PARIS
de Th. Barrière joué en 18C8, que, encore' enfant, j'ai eu la joie de voir pour la première fois le grand Frederick Lemaitre,donl mes parents, grands amateurs de théâtre, me parlaient toujours avec un si complet enthousiasme.
C'était, à cette époque, un vieillard. Il avait soixante-huit ans. Le rôle fait à son intention ne comportait que quelques scènes, habilement présentéesetqui permettaient au vieux lion de montrer encore ses griffes, l'ne situation était poignante. Ilapprenait par un aveu d'homme ivre que la femme qu'il avait si ten- , drement aimée, qu'il
"DANS LE cfliJiE DE FAïEBNE» plcurall encoFC, l'avait indignement trahi, et devenait subitement fou furieux en scène. Hagard, rugissant, il jetait rageusement au feu les mille souvenirs qu'il avait tant chéris : « ... Au feu, les fleurs séchées !... Au feu, la petite mante de soie!... Au feu, les boucles de cheveux 1... Au feu, les rubans!,..)! Tout d'un coup il s'arrêtait.., «Ce portrait a été fait après sa mort... ce n'était pas la morte qui l'avait trahi... .)Et cette minute d'èmo-
LES THÉÂTRES DES BOULEVARDS ITl)
tion suffisait à cet admirable comédien pour laisser dans l'âme des spectateurs un inoubliable souvenir. Pendant le si^ge de Paris, l'Ambigu entr'ouvrit ses portes. On y donna m?me une pièce de circonstance, le Forgeron de Châteawâvn, de Frantz Bcauvallet, dans laquelle l'acteur Coulombier, qui jadis avait joué les généraux au Cirque Olympique, venait, vêtu en cuirassier, raconter rbéroïque cbarge de Reischoffen; mais les représentations avaient lieu le plus souvent au bénéfice des blessés ou pour «acheterdes canons» ;
onydisait surtout les "'^'- esslek
vers des Châtiments , bkaux HEssiÈtBs'^DE dois-dobé >■, de Hugo, et des intermèdes variés réunissaient les acteurs et les actrices qui, comme nous, étaient restés à Paris. Je me souviens que notre père, le sculpteur Auguste Gain, nous amena un soir, mon frère et moi, à l'une de ces représentations. Taillade dit Oceano Nox et Cette nuit-là; et un chanteur de caféconcert, Arnaud, y chanta pour la premicre fois le
S'iVe de Fick' ton ka», qui devait devenir populaire dans les bataillons de la garde nationale. Pendant les entr'actes, des canlinières quêtaient pour les blessés dans des casques prussiens. C'était l'époque terrible où j'ai vu les mobiles bretons — revêtus de peaux de biques — faire l'exercice sur le terre- pie in qui précède l'Ambigu ,devan t le théâtre de la Porte- Saint- Martin et devant le restaurant Deffieux, brûlé sous la Commune, quis'élevait sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le théâtre de la Renaissance. L'exabbé Bauer, en soulane retroussi'e et en ■ocAOE bottes à l'écuytre, à
cheval, surveillait les manœuvres en fumant un cigare.
.Vpri's avoir échappé à l'incendie, l'Ambigu fut l'nn des premiers théâtres qui rouvrit ses portes nu public. Les Nuits île ta Sehie, une reprise, cl l'.irlifle 17, un succi's, yfurent représenlésenl87i. Dans le Portier t/n .Viiwie'j'o 15. Frederick Lemaltre fut ncolamé pour la dernii^re fois ; el Lise Taoemier, lie Djuidel, n'obtint pas le succès espéré. Ni Rose
Michel ni l'Affaire Coverhy ne purent améliorer le sort du théâtre, et cependant ce dernier drame marque une étape sérieuse dans l'art dramatique.
Auxhabitueiscoups de couteaux ou de revolvers, aux coulumiers poisons, aux incendies, aux viols, aux escalades, aux rapts variés succi-de le meurtre scientifique. Dans fA/faire Coverley, c'est un train de chemin de fer qui traverse la scène, broyant un homme sous les roues de ses wagons ; nul ne saurait se soustraire aux loisdu progrès ! C'est vers cette époque qu'un directeur de l'Ambigu — boltih
., , , DANS LES <Ku:TS DE LA SIINE D.
il y en eut beaucoup
— qui devait à Dieu et à diable, s'écriait en sortant d'une grave maladie pendant laquelle il avait dû supporter une cruelle opération : « Laissez-moi tranquille avec mes créanciers ; quand on a soufTerl ce que j'ai souffert, on ne doit plus rien à personne.» Les directions succèdent aux directions, les re-
prises aux reprises; on essaye de tout, rien ne réussit, pas même un SpartacusH tragédie en cinq actes, en vers, que M. Georges Thalray a le courage d'offrir au public ingrat, le 20 juin 1876, par une chaleur torride ! Au bout de neuf jours, cet héroïque Sparlacus est de nouveau terrassé, et le vieux mélodrame triomphe de nouveau avec une reprise de la Tour de Nesle^ avec Dumaine et Marie Laurent — la Tour de Nesie fit de l'argent ! — et l'Ambigu put monter tranquillement Une Cause célèbre^ drame en six actes, par MM. d'Ennery et Cormon, qui obtint un succès tel que la salle fut jugée trop petite devant Taffluence toujours croissante des spectateurs ; la pièce, interrompue en plein succès le 27 décembre, fut reprise le 29 du môme mois sur la scène plus vaste de la Porte- Saint-Martin, et, comme les prévisions ne se réalisent jamais, le succès si vif des premiers jours ne suivit pas le drame dans son nouveau logis!
C'est seulement le 18 janvier 1879 que l'Ambigu retrouva l'écho des grandes batailles d'autrefois avec la premit re représentation de V Assommoir,
Ce fut un gros succès et qui dura pendant près de trois cents soirées. Gil-Naza, Coupeau^ alcoolique, Dailly [Mes Bottes), ivrogne gai et repenti, Hélène Petit [Gervaise), le beau Delessart [Lantier], Charly {Poisson), le sergent de ville épique, Lina Munte [Virginie) furent justement acclamés. C'était très réaliste, très émouvant, très gai et très effroyable ; et Emile Zola, qui n'avait été pour rien dans la
Le 17 novembre 1883, Catulle Mendès donne TAmbigu — sousladirecliondeMaurice Bernhardt, le fils de la grande tragédienne — les Mères Ennemies^ une pure et noble tentative littéraire, à laquelle, hélas î le public ne souscrit pas. L'excellence de l'interprétation, la vue du beau iJamala portant, — avec quelle grâce î — Tuniforme brodé du comte palatin Boleski, le talent d'Agar, la grâce d'Antonine, les belles armes, les somptueux décors, les riches costumes, ne peuvent triompher de la résistance du public.
Le 27 janvier 1883, première représentation de la Glu, de Jean Richepin, une œuvre incomplète, mais poignante, et qui renferme des beautés de premier ordre : Réjane, toujours admirable, et Decori s'y font justement applaudir ; mais pas plus que dans les Mères Ennemies l'Ambigu ne rencontre dans la Glu le succès espéré, malgré leur incontestable mérite et leur éclatante supériorité sur la basse phraséologie et la triste mentalité des drames et des mélodrames qui ensanglantent la scène du boulevard Saint-Martin.
Ces œuvres de poètes ne sauraient répondre au goût d'un public spécial, et c'est à VAs de Trèfle, de Pierre Decourcelle, que va le succès si fort espéré. C'est un drame violent et policier, plein de vie, de passion et de mouvement, et l'auteur, dont c'est la première œuvre, confirme toutes les espérances fondées sur son jeune talent. L'action complexe, mouvementée, se poursuit au milieu de mille
péripéties; pas une minute le spectateur n'a le temps de se reprendre : les meurtres se succèdent; les coupables sont surpris, pris et repris, la police est roulée ; le public pleure, frissonne ou s'amuse aux boniments de camelots bons enfants. Taillade fait du domestique Narcisse, un sinistre gredin^ Tune de ses plus remarquables créations. Lacressonnière, le bon agent de police, Ch. Masset, l'innocent persécuté, emplissent de douces larmes les mouchoirs de toute une salle émue, et la toile tombe au bruit d'applaudissements répétés.
On m'a conté un très joli mot de Texcellent acteur Bouhyer à propos de VAsde Trèfle :\q^ besoins de la mise en scène obligèrent Pierre Decourcelle à faire de Taillade le complice de Bouhyer assassinant sa propre sœur. Ce brave Bouhyer n'avait pas vu sans déplaisir Taillade le seconder dans cette œuvre sinistre qu'il brûlait d'exécuter tout seul. Mais il s'était incliné sans mot dire. Au tableau suivant, une Rafle au Point-du-Jom% au moment d'occire d'un coup de couteau dans le dos un infortuné sergent de ville qui contrariait ses ténébreux projets, Bouhyer, se tournant vers Taillade, ne put s'empêcher de lui dire avec son plus aimable sourire : « Désirez-vous aussi partager le sergent de ville? »
Le 13 décembre 1883, première représentation de Put Bouille, On espérait un triomphe égal à celui de V Assommoir ; la pièce amusa, ce fut tout^ Trublot, l'oncle Bachelard, l'infortuné Josserand.
le bel Octave Mouret, M. Vabre, Campardon Tarchitecte, M"*** Josserand et ses fllles, ce « torchon » d'Adèle, tous ces types amusants, pittoresques, furent fort bien rendus par une pléiade d artistes de talent. Blaisot (Bachelard) et Leriche (Adèle) dessinèrent, ce soir-là, deux silhouettes admirables. Courtes fut excellent en Auguste Vabre, le pauvre monsieur, qui a perpétuellement «le front barré de migraine ». Pot-Bouille et ses remarquables interprètes obtinrent un mérité succès. Plus tard : le Roi de. V Argent, Martyre, le Fils de Porthos, Roger la Honte, la Porteuse de Pain, le Régiment sont fort applaudis ; et, en 1893, Gigolette de Pierre Decourcelle et Edmond Tarbé fait triompher Félicia Mallet, cette bizarre et remarquable artiste; enfin, les Gaîtes de VEscadron de Courteline déchaînent des tempêtes de rire et font couler de douces larmes dans la vieille salle de TAmbigu. Chelles, Texcellent acteur, trace du capitaine Hurlurel, si bon, si brave, si tendre aussi sous une rudesse apparente, une silhouette délicieuse, un « Charlet » qu'aurait retouché et rajeuni le crayon spirituel d'Albert Guillaume. C'est la caserne tout entière avec ses ennuis, ses bêtises, ses farces de gosses à Tétude, ses corvées, ses ridicules, mais aussi ses grands et nobles côtés, la bonne camaraderie, la franche gaieté, la solidarité dans la fatigue, le danger; ce sont les adjudants insupportables, les fricoteurs professionnels, les chefs dévoués, loyaux et bons, c'est enfin tout le « volontariat » de jadis qui nous
repasse devant les yeux et, une fois par hasard, on voit, sur le théâtre, des soldats, des officiers et des tableaux de la vie militaire, qui ne sont ni ridicules, ni odieux, ni d'une écœurante obscénité I
Notre spirituel et cher Courteline est acclamé, et c'est justice... comme on dit au Palais.
L'année 1895 avait été bonne pour l'Ambigu; l'année 1896 fut meilleure encore : le 19 février, la toile se lève sur la première représentation des Deux Gosses de Pierre Decourcelle. Et c'est le triomphe, quelque chose d'inconnu jusqu'alors dans les fastes du théâtre. Pendant 751 (je dis sept cent cinquante et une) représentations consécutives, fait sans précédent dans les annales dramatiques de Paris, la province et l'étranger viennent mouiller des mouchoirs dans la salle de l'Ambigu. Il y a, certains soirs, un demi-pied d'eau dans les baignoires et les ouvreuses ont ordre d'éponger les personnes trop sensibles. Le vrai, c'est que ce parfait mélodrame ?éduit tous les publics et attire tous les bravos. C'est vivant, c'est émotionnant, c'est spirituel, et les plus forts, ceux-là qui se défendent d'être jamais ému par ces « machines-là », mettent sur le compte d'un fâcheux coryza la pointe d'émotion qui les oblige de tirer leurs mouchoirs.
"Nous avons pensé que nos lecteurs ne sauraient être mieux renseignés que par l'auteur, et c'est notre ami Pierre Decourcelle qui veut bien nous raconter, dans la charmante lettre suivante, ses impressions personnelles. Nous laissons avec joie
la parole à Theureux père des Deux Gosses :
« Un souvenir de la première des Detix Gosses^ me demandes-tu, mon cher Ami... Oui, c'est vrai... elle est déjà presque au fond du tiroir aux souvenirs cette soirée du 19 février 1896... «Il y a dix ans !.. » Encore un titre de drame!.. Et n'en est-ce pas un, le plus vécu de tous, que la rapidité avec laquelle marchent les années...
« Sur la « première » en particulier, je t'avouerai que je ne me rappelle pas grand'chose... Les soirées heureuses n'ont pas d'histoire... On pleura, on rit, on applaudit, on rappela !... C'est tout et c'est assez, puisque de cette représentation en découlèrent 751 autres, qui me valurent quelques-uns des Fragonard ou des Hubert Robert que tu aimes à voir sur mes murs,... avec pas mal d'ennemis, que je n'accroche pas, mais dont je ne suis pas moins fier.
« La répétition générale fut plus curieuse. On commençait déjà à guerroyer sur ce champ de bataille où devait couler tant d'encre. J'étais persuadé, à ce moment, — car je t'avoue avoir changé d'avis deux ou trois fois sur la question, — que leur grande publicité, les portes ouvertes à tout venant, les salles bondées jusqu'aux lustres, faisaient du tort à la vraie première et, par suite, à la pièce. Il fut donc décidé que nous n'inviterions personne, mais strictement personne. . . A l'exception de la seule critique, pas un ami de la maison, ni de l'auteur ! . . . Invisible, dans le fond sombre d'une baignoire, on
avait toléré ma famille, réduite à sa plus simple expression... C'était un mardi gras... Il neigeait au dehors à la fois des flocons et des confetti. Nos juges entraient un à un, solitaires, — car on ne leur avait donné qu'une place à chacun, — et, renfrognés et rébarbatifs, venaient peu à peu se masser dans Torchestre vide et noir dont ils remplissaient à peine la moitié. Pendant le premier tiers de la pièce, ce fut sinistre... Mais, tout à coup, au quatrième tableau, — tu vois qu'ils y avaient mis le temps, — les larmes commencèrent à briller au coin des paupières, et les nez à jouer du trombone... Ils n'arrêtèrent plus, et il me fut beaucoup pardonné, parce qu'ils avaient beaucoup pleuré...
« Que te dire de plus?... Te raconterai-je que, vers la 50*, mon ami Porel, emballé par la pièce, nous prédît une série de 400 représentations. Je regardai Rochard d'un œil un tantinet railleur. C'est gentil d'être bienveillant, mais pas tant que cela tout de même!... Quatre cents représentations!... Peste, mon cher... je me serais volontiers contenté du tiers ! . .. Porel s'était en effet trompé dans son pronostic... Il s'était trompé presque de moitié... mais à notre désavantage, puisque son chiffre fut tout près de se trouver doublé.
«Le revers delà médaille c'est que ce résultat me classe, me catalogue, m'étiquette «l'auteur des Deuœ Gosses», C'est sous cette périphrase que les domestiques m'annoncent dans les maisons où je vais dîner, .et je ne sais pas trop si on ne l'a pas inscrite
sur ma carte d'électeur... J'ai beau essayer d'être l'auteur d'autre chose... Je ne peux pas, comme dans la chanson ! — Crois-tu que cela durera toujours, dis?...
« Affectueusement à toi.
Pierre Decolrcelle. »
M"* Marthe Mellot, Hélène Réyé, M™« Baréty, MM. Pierre Berton, Gémier, Arquillière sont les interprètes applaudis de ce beau drame.
Puis viennent : la Joueuse d'orgue^ où Tessandier dessine une figure d'héroïne populaire avec sa coutumière maîtrise ; — Papa la Vertu, A Perpete ! V Autre France et les Dernières Cartouches, Un excellent artiste qui, de plus, fut un brave homme, instruit, aimant et connaissant les choses du Théâtre, Courtes, meurt après celte pièce qui fut sa suprême création et demande, détail touchant, à être enterré avec la redingote de son dernier rôle.
En 1903, Georges Grisier, resté seul directeur, monte avec un goût infini la Citoyenne Cotillon^ une œuvre charmante de MM. Ernest Daudet et Henri Cain. L'exquise Jeanne (iranier, la jolie Marguerite Labady; MM. Gaston Dubosc et Louis Gauthier sont les excellents interprètes de cette œuvre spirituelle et documentée, et c'est une belle soirée d'art à inscrire dans les fastes de l'Ambigu.
En ce moment, Za Grande Famille^ un pittoresque, amusant et puissant mélodrame d'Arquillière, amtne la foule dans ce vieux théâtre cher aux Paie*
risiens. — Pas plus que son architecture extérieure, son « spectacle » n'a varié. — Il s'est modifié, voilà tout, et toujours Paris aimera son vieil Ambigu... D'ailleurs Musset n'a-t-il pas écrit?...
Vive le mélodrame où Margot a pleuré!