‹ Anciens théâtres de ParisChapitre 30 sur 45 · Henry Lecomte, Frederick Lemailre.Vd^vis · texte numérisé non relu

Henry Lecomte, Frederick Lemailre.Vd^vis

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commencement de juin 1848, par suite d'un arrangement amiable, les artistes se mirent en société, et ce fut pendant cette direction intérimaire que fut représenté le Tragaldabas d'Auguste Vacquerie, drame bouffon en vers ! Auteur et acteurs pressentaient la lutte. « On sifflera, disait Vacquerie à Frederick chargé du rôle de Tragaldabas.

— Je voudrais bien voir ça I

— Je m'y attends si bien que j'ai fait un vers à l'adresse des siffleurs. Mais oserez-vous le dire?...

— Aussi bien que vous avez osé l'écrire ! »

El c'est au bruit des sifflets que, devant une salle comble notoirement hostile, mais où Victor Hugo, Balzac, Gautier, Banville, Murger, A. Karr, Dumas, F. Pyat acclamaient l'œuvre, Frederick put jeter comme un défi les vers célèbres :

... Combien de gens voit-on Boire du vin, marcher sur deux pieds sans bâton, Plaider, se battre en duel à propos de vétilles, Siffler les verSj mentir, voler, vendre leurs filles. Mener enftn un train d'hommes civilisés, Qui sont évidemment des unes déguisés !...

Tragaldabas n'eut que treize représentations et finit sur une recette de 474 francs !

En 1851 , la Porte-Saint-Martin donne les Routiers, drame en cinq actes par La Tour Saint- Ybars.

Ce La Tour Saint- Ybars était un original, sans grande valeur comme écrivain de théâtre; il n'en était pas moins un homme d'infiniment d'esprit.

Emile Augier, qui Tavait beaucoup connu, racontait de lui des mots charmants. L'une de se»

pièces avait été interdite sous je ne sais quel prétexte. Il avait protesté, et le Ministre d'alors, tout en maintenant son refus, avait prié La Tour Saint- Ybars d'accepter 3.000 francs en dédommagement du préjudice subi : La Tour avait remis noblement sous enveloppe ces quelques billets de banque et les avait retournés au ministre avec cette éloquente protestation :

Monsieur le Ministre,

Votre Excellence ne devrait pas ignorer que l'argent est une chose honteuse qui ne se sauve que par la quantité !

La Tour Saint- Ybars était à la fois très joueur et très catholique, et on assurait lui avoir entendu s'écrier, un soir que la malechance le poursuivait inexorablement au baccara : « Seigneur, Seigneur, épargne-moi une bûche... ou je me donne à Voltaire! »

Un jour, Augier le rencontre avec des cheveux d'un noir de jais, alors que, quelques semaines auparavant, il l'avait laissé poivre et sel... plutôt, sel. « Je vous félicite vraiment, La Tour; vous rajeunissez à vue d'œil.

— Ah ! oui, c'est pour mes cheveux que vous me dites cela! Que voulez-vous, mon ami. Voici leur histoire : Il y a quelque temps j'ai fait une fugue en Italie. Je n'y étais pas seul. Une jolie personne

avait bien voulu m'accompagner. Elle élait jeune... très jeune... trop jeune. Un jour, à Venise, je me

suis vu près d'elle dans une glace, et j'ai été saisi de honte. A ton âge, me suis-je dit, te conduire comme un gamin, tu déshonores les cheveux blancs,

lu n'es plus digne de les porter... et je me suis fait teindre ! »

C'était encore lui qui, invité à dîner avec de jolies femmes, interrogeait avec anxiété Sardou, son hôte : « Au moins avez-vous bien dit à ces dames que je faisais des tragédies? »

Le théâtre périclitait; on avait essayé de tout, même du « classique ». — Molière, Corneille et Racine avaient échoué, et c'est lors de ces représentations que Ton fit à cette demande : « Qu'estce qui jouait le Misanthrope », cette étonnante réponse :... « Le caissier! »

Marc Fournier prend la direction et relève le niveau artistique avec Claiidie de George Sand, où Bocage et Lia Félix sont remarquables, et Toussaint Louverture de Lamartine, représenté le 6 avril 1850. C'est un poème dialogué plus qu'un drame, et, malgré le génie de l'auteur et le talent de Fr. Lemaitre, ce n'est qu'un succès d'estime. — « Trop de nègres, disait-on, trop de nègres î C'est la bouteille à Fencre I »

Le 13 février 1844, la première représentation des Mystères de Paris fut un événement. Le roman si populaire d'Eugène Sue avait à ce point surexcité les imaginations; le prince Rodolphe, Fleur de Marie, le Chourineur, Cabrion, Pipelet et Jacques Ferrand avaient si fort ému les innombrables lecteurs du plus populaire des romans-feuilletons que, dès le matin, une queue formidable se forma rue de Bondy qui, à deux heures, envahissant le bou-

levard, interrompit la circulation ; à six heures du soir, on payait 200 francs une stalle d'orchestre. La représentation fut houleuse; un grand nombre de scènes furent sifflées, d'autres, acclamées; FrédéricK Lemaître fut admirable dans le rôle odieux du notaire Jacques Ferrand. « 0"^^ acteur que ce Frederick!... écrit Gautier... Quand on le retrouve dans son étude Tair béat et paterne, Tœil amorti par les lunettes, le dos rond, les mains molles et tremblantes, comme cherchant des papiers par un mouvement machinal, le pas lourd et traînant, on a vraiment peine à croire que ce soit le bandit de tout à rheure, à Tallure ferme, au poitrail carré, au geste impérieux, hure parmi tous ces grouiiis qui remuent les fanges de la cité », et Balzac envoie ce curieux billet à M""*" Hanska :

Jeudi, 14 février.

. ., Les Mystères ont fini ce matin à une et demie. Frederick craignait une congestion cérébrale. Je l'ai trouvé, hier à midi, couché ; il venait de se plonger dans un bain de moutarde jusqu'au-dessus des genoux î il avait deux fois perdu la vue la veille. Les Mystèi^es sont la plus mauvaise pièce du monde; mais le talent de Frederick va causer une fureur de Mystères, Comme acteur, il a été sublime, on ne peut pas décrire ces effets-là, il faut les voir.

En 1853, la Porte-Saint-Martin donna le Vieux Caporal^ pour la rentrée à ce théâtre de Frederick Lemaître, qui Tavait quitté après Tragaldabas et

était allé porter son talent sur d'autres scènes. L'avènement de TEmpire et le rétablissement de la censure avaient largement écourté le répertoire du grand artiste : Richard cT A rling ton ^ V Auberge des Adrets, Robert Macaire étaient interdits; Ruy Blas, supprimé, ainsi que le Chiffonnier de Paris ; il y avait nécessité pour Frederick Lemaître de se créer de nouveaux rôles. C'est alors que Dennery conçut ridée du Vieux Caporal, un soldat à qui son général mourant a conflé un nom de femme. Ce nom, Simon, le Vieux Caporal, devra le dire à un notaire, et ce sera le talisman qui sauvera la vie et la fortune d'une enfant abandonnée. Or, ce malheureux Simon, prisonnier des Russes, est blessé et cru mort ; et c'est pendant une messe dite pour le repos de son ilme qu'il revient à son village natal. Accusé de vol, le pauvre homme veut crier sa justification : des sons inarticulés sortent de sa gorge, l'indignation et la colère l'ont rendu muet. Il ne retrouvera la parole que pour le dénouement et, bien entendu, saura sauver la vertu et confondre le crime. C'est un gros succès d'interprétation. Frederick était, paraît-il, sublime de douleur, de passion, de colère : la salle entière frissonnait sous son regard d'aigle. « Il n'y a pas de style qui puisse traduire la pantomime de ce grand artiste, écrivait Jules de Prémaray dans la Patrie, Frederick muet ne peut se comparer qu'à Homère aveugle. »

Le 21 avril 1854, la Porte-Saint-Martin donna la Bonne Aventure, drame en cinq actes de Paul Fou-

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cher, Dennery et Dinaux. — Je me contenlerai de copier les dix premières lignes du Compte Kenrin de celle pii'ce étrange cl qui n"eut d'ailleurs qu'un succi's... reslreint. <■ Auprologue de la pièce, nous nous trouvons chez Alberla, nécromancienne, rayonnante de loilette et de beauté dans son ameublement de salin lilcu.

Alberla n'est autre que la veuve d'un pirate exécuté à Constantinople et qui a pu se soustraire par la fuile à l'échafaud qu'on lui réservait pour complicilé dans divers crimes. Un jeune ambitieux, Anatole Ducormier, con-

NADA:UE NAHIE LAIHEMT natt le secret d'Aï- DANSLEStCHEVALIEHSDUnitUUILLAHD»

berta; il en profite

pour disposer d'elle et de sa science»..., etc.

Paul Meurice fait représenter avec grand succès Schamyl. Mélingue s'y montra parfait, cl la pièce tout entière n'était qu'une suite de tableaux à effets destinés à faire valoir ses grandes qualilés. Les décors eux-mômes contribuaient à son triomphe : Fr. Febvre, dans ses Souvenirs, raconte que, débu-

tant à la Porle-Sainl-Maitin et jouant le rôle d'un jeune Circassien, il arpentait, à une répétition, un superbe praticable qui se perdait dans les frises. Soudain il est arrêté par la voix furieuse du régis-

seur: «Qu'est-ce que vous f...aites là! Voulez-vous bien descendre!... A-t-on jamais vu!... Mais c'est la montagne de M. Mélingue! •> Un soir, au tableau où les sentinelles russes tirent sur Schamjl, on s'aperçut, en inspectant les armes, que les fusils étaient chargés à balle. — Qui menaçait-on, Mélinguc ou l'Empereur qui devait assister à la repré-

sentation ? — On ne l'a jamais su. — A cette époque, Mélingue, qui gagnait 300 francs par soirée, était l'artiste le plus payé des théâtres du boulevard.

Puis, c'est une série de drames à grand spectacle; les Nuits de la Seine, les Chevaliers du Brouillard, oii M"" Marie Laurent est acclamée dans le rôle de Jack Sheppard, qu'elle interprète merveilleusement : ce n'est plus une femme, c'est un vrai gamin de Londres; et, sous tous les déguisements qu'il revêt, sous tous les avatars par lesquels il passe, (ilou, grand seigneur, garçon menuisier, femme ivre, prisonnier ou fils prodigue el repentant, Jack

, . ■■. PÉBICAOD

Sheppani amuse, im- D^jjg ^ le bossu ».

pressionne, inquiète et

conquiert le public; W' Marie Laurent fit de ce rôle une admirable création; puis viennent Eichard HT; te Fils de la Nuit; Benvenuto Cetlùii, où Mélingue triompha; c'est dans cette pièce que ce charmant comédien, qui était, de plus, un statuaire de talent, modelait en scène une statue d'Hébé; enfin, le 8 septembre 1862, le Bossu. C'est un immense succès. Anicet liourgeois et Paul Féval

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