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LE CHEVALIER

Par le droit du canon 1

Ici l'ealhousiasme deverail indescriplible : des manifestations se produisaient chaque soir: la noblesse était attaquée de front dans ce vaudeville subversif, représenlé au théâtre de Madame !

Ce théâtre allait perdre h la fois et la bienveillance royale et jusqu'à son titre, dont il était ([uestion de le déposséder. Les infortunés directeurs luttaient de leur mieux, protestant de leurs sentiments inaltérables et respectueux; les journaux polémiquaient et le Pavillon de Marsan intriguait; les coups de canon de la Révolution de 1830 résolurent brutalementia question. La duchesse de Berry dut quitter la France, et le thëdlre de Madame redevint le théâtre du Gymnase et conserva la faveur du publie. Sa troupe comptait un grand nombre dartistes de talent, et

aux noms déjà cilés il convient d'ajouter celui de Bouffa, ce remarquable comédien qui, mieux que personne, possédait le don si précieux de se modifier, de se transformer : aujourd'hui Michel Perrin,

l'inconscient policier, Pancien Oralorien, camarade de Fouché ; demain, le père Grandet de la Fille de l'Avare, Pauvre Jacques faisant pleurer toute la salle en chantant des couplets, dans le genre de celui-ci (air de Ténters) :

Depuis vJDgtans que je vis d'espérances, J"ai vu venir en mon pauvre réduit

LES THEATRES DES BOULEVARDS ViV

Chagrins, lourments, misères et soulTraoces, Besoias aiïreux, et tout ce qui s'en suit.

Des maux humains, j'ai vu toute l'escorte.

Aussi maintenant, sans Trnyeur, Je vais ouvrir quand on frappe à ma porte...

Je n'attends plus que le bonheur!

Et enfin Josepii.duCdmin de Paris, ayant quinze ans et les paraissant ; cet étonnant acteur Protée se plaisait à représenter dans la même soirée un polisson jouant à la toupie et le vieil avare Grandet, Ce fut Bouffé qui eut l'honneur de conduire pour la première fois sans atrèlsài&cettliémeunc, pièce nouvelle, et

celte pièce fut le Ga- i ii l

min de Paris. C'est à bouffé dans « michel tekhin » la suite de ce succès

et à titre de récompense nationale que le comique Odry permit à Bouffé de le luloyer! Le charmant comédien Lafont tenait avec la plus parfaite élégance les emplois de « Jeune Premier »,

La direction passait pour économe : en 1835, voici ce qu'écrivait Alphonse Karr dans te Monde drama-

tique (t. II, p. 30), en rendant compte d'une pièce de Bayard :

Au Gymnase, voici ce qui se passe dans le salon nanhin, à moins que ce ne soit dans le salon vert : ma mémoire me sert mal, mais on peut élre tranquille, c'esl clans l'un ou dans l'autre; tout le monde sait que ce sont les deux seuls décors que se permette le théâtre du Gymnase, bien éloigné de tomber comme plusieurs de ses confrères dans le charlalanisme des décors propres et convenables; jamais aucune poétique n'a prescrit aussi sévèrement l'unilé de lieu que le Gymnase se l'impose à lui-même.

Une curieuse anec- [ u Ml. . ''^""'■^ doteserattacheàcette période : Lacenaire, ce vulgaire assassin, avail, je ne sais pourquoi, piqué la curiosité de quelques contemporains ; bref, ce scélérat, qui se larguait de littérature, était à !a mode : dans ses Mémoires, il regrettait de n'avoir pas écrit pour le Vaudeville ou le Gymnase. .< Combien peut rapporter une pièce à succès? interro-

— A quel théâtre?

— Au Gymnase ?

— Mille écus.

— Mille écus ! on peut vivre tranquillement pendant un an avec une somme pareille. »

Puis, se reprenant et étouffant un soupir :

« Non, non, il était trop tard : dès que j'ai été capable d'ébaucher une pièce, j'ai été capable de tuer... et j'ai choisi le plus facile. »

Lacenairc laissa un drame en trois actes, un drame sur u les Grecs » ! Ce bandit avoua plus tard qu'il s'était un jour présenté à Thôtel de Scribe, avec l'idée de le tuer, puis de le voler. Scribe connaissait vaguement le nom de Lacenaire, collaborateur intermittent de quelques revues théâtrales ; il le reçut, et comme Lacenaire lui exposait sa misère.: « Tenez, mon ami, lui dit Scribe, prenez toujours ces 20 francs; ils vous permettront d'attendre une meilleure chance... » Et Lacenaire rengaina son tire-point et empocha les 20 francs. Altaroche, d'ailleurs, lui reprocha amèrement cet acte de faiblesse : — « Lacenaire, assurait-il, a doublement mérité léchafaud, non seulement pour avoir assassiné un innocent, mais encore pour avoir épargné M. Scribe ! »

En mai 1840, une anecdote nous montre de quelle façon était réglée la mise en scène correcte du Gymnase : On répéiail Jarvù Vhonnête homme ^ei Bocage parlait « Taw^Zaî^e, c'est-à-dire en tournant le dos au spectateur, « ce plagiat, écrit Ch. Maurice,

LES THÉÂTRES DES BOULEVARDS 'iTi

à qui nous emprunlons ce document, dont les Comédiens de VAcluatiliS usent et abusent élrnn- ■gement ». Delestre-Poirson engagea son pension-

naire à jouer à fa française, face au public. Et Bocage s'y refusa en ajoutant: «C'est mon système! — Cela se peut, répliqua le directeur, mais jai engagé votre talent, et non pas votre système ! » Et l'on continua à se parler sans se regarder, face au public... à la française! N'est-ce pas vers cette époque qu' un soir Gérard de Nerval demanda à

Méry quel étrange prélexle pouvait bien le pousser à revoir une pièce qui avait fait un four noir. * n y a dans cette œuvre, riposta Méry, un manque absolu d'intérêt, qui m'amuse et me préoccupe! »

En 1842, des différends surgirent entre M. Poirson et la Société des Auteurs, qui mit en interdit le théâtre : et M. Montigny prit, en 1844, la direction du Gymnase qu'il devait mener à de si hautes destinées. Montigny n'était connu jusqu'alors, dans le n^onde théâtral, que comme auteur malheureux ; il avait, vers 1836, donné à TAmbigu un mélodrame déplorable sous ce titre : Amazampo ou la Découverte du Quinquina, M. Montigny engagea MM. Achard, Delafosse et le merveilleux comédien Geoffroy, un des plus grands artistes ayant honoré la scène française et qui, après avoir triomphé boulevard Bonne-Nouvelle, termina sa glorieuse carrière au théâtre du Palais-Royal.

Achard, comédien amusant, gai, bon enfant, chanteur exquis, obtient le plus grand succès dans r Aumônier du Régiment de Saint-Georges et Leuven. 11 y chantait ce couplet qui donne une idée plaisante de celle littérature facile :

l'acmô.nier

(Air de la Sentinelle perdue)

Honneur, honneur à TEmpereur,

Qui pourchasse Les rois pour se mettre à leur place!

Honneur, honneur à TEmpereur!

Ce joli chasseur.

Ce charmant vainqueur, Pour un empereur N'est pas du tout flâneur.

Il sait jouer fort poliment

Aux jeux « ot' toi d'ià que j'm'y mette »;

Un' couronn' va-t-elle à sa tête,

Il sait s'en coiffer lestement ;

Il en possède un régiment,

Il en a cent pour fourniment.

Achard triompha dans la Famille du fumiste; il semblait si heureux de vivre, il riait si bien et son rire était si communicatif , si bon enfant que Ton ne pouvait se défendre de Timiter, gagné par la bonhomie de ce gros garçon qui paraissait tant s'amuser de ce qu'il contait gaiement au public ravi.

Une jolie et charmante femme lui donnait la réplique, Jenny Colon, et l'on cite d'elle une réponse amusante. Un jour elle avait amené son petit garçon dans les coulisses du Gymnase. Dupin caressait ce joli enfant : « Voilà, dit-il, un vaudevilliste en herbe. — Quelle horreur! se récria Jenny Colon, jamais de la vie ! Je lui fais donner trop d'éducation pour cela!... Nous en ferons un notaire. » Et Dupin ne trouva pas la réplique!

La direction Montigny marque l'apogée de la fortune du "Gymnase. Les meilleurs écrivains y apportent leurs œuvres, la troupe est excellente. Citons pour mémoire quelques-uns des succès de cette heureuse période :

En 1845' : la Belle et la Bête, jouée par M™^ Rose

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Chéri, qui devint plus tard M""» Montignv. — En dédiant au fils de Rose Chéri les Idées de M"^ Aubray, A. Dumas fils écrivait : « Je veux, mon cher enfant, le dédier cette comédie. M"" Aubray, c'est la foi, le dévouement, le sacrifice ; c'est ce que fut ta mère. »

Cette phrase résume la vie de cette grande artiste, qui sut être une femme admirable.

En 1846, le Gjmnase représente Geneviève ou la Jalousie Paternelle de Scribe, avec M""" ACHARD Rose Chéri ; le 5

nANs lA <- KAsiiLLE DU FiMcsTE ». BOÛt, Clarïsse Hurhwe, avec le délicieux comédien Brossant, qui, jusqu'en 1870, au Gymnase comme à la Comédie-Française, devait, avec un talent, une élégance sans pareils, tenir les premiers rôles et laisser un ineffaçable souvenir; en 1817, Une Femme qui se Jette par la fenêtre^ par Scribe et Lemoine

Le 13 janvier 1818, déliuL d'Arnal dans Ce que

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