LES THEATRES DES
femme veut, comédie-vaudeville en deux actes de Buvert et Lausanne.
Arnal j" disait cet amusant couplet qui donne bien Tidt'e de cette littérature spirituelle et imprévue :
« Un délai à moi... Je n'en veux pas, Madame... Après avoir été si indignement traité, accepter une grâce de vous, non... je m'en vais avec joie... j'abandonne le quartier de TEstrapade... je vais dresser ma tente loin d'ici... aux Batignolles î Je jette Paris entre nous... il y aura 900.000 âmes entre la vôtre et la mienne... Jamais je ne remettrai les pieds dans cet affreux quartier... je respire enfin! »
(AIR : Au temps heureux de la Chevalerie.)
Vous avez vu parfois, j'aime à le croire, Le hanneton, cet insecte naïf, Bourdonner un chaut de victoire.
S'il rompt le fil qui le tenait captif !
Heureux aussi d'un congé qui me flatte, Du hanneton je comprends la fierté
(Avec enthousiasme, se posant sur une jambe en agitant l'autre.)
Je me dégage en secouant ma patte; ) . .
Et je m'envole avec ma liberté! \
19 avril 1849, début de l'excellent comédien Lafontaine dans Etre aimé ou mourir^ par Scribe et Dumanoir ; puis, vinrent le Bourgeois de Paris^ le Collier de perles^ Manon Lescaut avec Dressant, Geoffroy, Rose Chéri.
Le 14 mai 1851, une troupe espagnole se fait applaudir au Gymnase, et pendant plus d'un mois les recettes dépassent 4.000 francs !
Le 23 novembre, le grand Balzac donne Mercadet le Faiseur. Geoffroy y est admirable; mais la pièce déconcerte un peu le public, habitué à de
plus aimables ouvrages. Le côlf^ violent, doulou-
reux, féroce du caractère de Mercadel effraye les anciens habitués du théâtre de Madame; puis.
dans le principe, il faut l'avouer, l'œuvre était trop touffue : l'action disparaissait sous un amas de détails, des scènes faisaient longueur; bref, cet ouvrage qui, émondé, resserré par d'Ennery, devait plus tard et si justement triompher, n'eut pas le succès espéré, et cependant la première représentation avait été splendide, et c'est les larmes aux yeux que Geoffroy avait jeté au public le nom de Balzac!
Le 36 novembre, George Sand fait représenter }e Mariage de Vicloritie, comédie en trois actes délicieusement jouée par Geoffroy, Bressant, tmwi-m7 Lafontaine, Du-
'" puis. M"" Rose
. „y-.,^ „*,«.. çjj^;j.j g^ Figeac.
Le^onovembre I8n2, Un Fils de famille, de Bayard et Biéville, obtient le plus vif et le plus mérité succès. C'étaitgai, spirituel, intéressant et interprété de la
plus délicieuse façon par MM. Bressan t, Lafonlaine, l'excellent Lesueur qui devait tenir une si belle place parmi les acteurs français, Priston, M"^® Rose Chéri et Mélanie. Et pendant plus de cent représentations on vient applaudir cette jolie picce sur laquelle la Direction comptait si peu qu'elle s'était contentée d'acheter aux revendeurs du Temple les costumes de lanciers que devaient porter les artistes chargés d'interpréter celte œuvre charmante.
Le 19 mars 1853, Emile Augier donne Philiberle ou la Laide,
Le 13 septembre, George Sand se fait applaudir dans le Pressoir,
Le 14 novembre, Paris acclame Diane de Lys d'Alexandre Dumas fils et, le 8 avril <854, Emile Augier et Jules Sandeau triomphent avec le Gendre de M. Poirier^ ce chef-d'œuvre, joué par MM. Lesueur, Berton, Dupuis et M"® Rose Chéri ; puis, vinrent : les Cœurs d'or et le Chapeau dun horloger de M™* de Girardin, où Lesueur ctait si irrésistiblement comique.
Le 20 mars i855, le Demi-Monde d'A. Dumas fils, d'une originalité, d'une audace si nouvelles, étonne, irrite, mais passionne. Rose Chéri, Figeac, MM. Berton et Dupuis y sont admirables et, après une lutte un peu dure, le Demi-Monde réussit définitivement; et cette remarquable comédie, qui nous éloigne tant du vertueux répertoire de jadis, amène la fortune au Gymnase. Citons ensuite : Je dîne chez ma mère^ l'œuvre charmante
i^82 ANCIENS THEATRES DE PARIS
de Decourcelle et Lambert Thiboust; les Toilettés tapageuses de Th. Barrière et Dumanoir; et enfin la Question d'argent (31 janvier 1857) de Dumas fils. Ce n'est qu'un demi-succès: la pièce, fort originale^ ne peut conquérir le public réfractaire ; une polémique s'engage entre le banquier Mirés, qui so sentait touché, et Dumas. Mirés encombre les journaux de longues diatribes, et Dumas lui décoche cette simple riposte :
Mon cher Mires,
Je viens de lire votre article sur la Question d'argent. Voilà qui est convenu : quand je ferai une pièce vertueuse, j'irai vous demander des conseils, et, quand vous ferez une opération honnête, j'irai vous demander des actions.
Alexandre Dumas fils.
Emile Augier qui, lui aussi, avait été pris à partie par le turbulent banquier, écrit à son tour à Dumas :
Mon cher ami,
Votre lettre à Mirés est un chef-d'œuvre. Étant moins formellement accusé que vous par cet échappé de justice, j'hésitais à lui répondre, un peu par dédain, beaucoup par paresse.
S'il faut tout dire, je comptais bien aussi que la moutarde vous monterait au nez et que vous éternueriez pour vous et moi. Vous l'avez fait mieux que je ne l'aurais pu faire. A vos souhaits.
Emile Augier.
Dumas prend, le 18 janvier 1858, sa revanche avec le Fils naturel^ une œuvre admirable et forte, une des plus émues et des plus émouvantes de ce maître écrivain. N'était-ce pas un peu sa propre cause qu'il évoquait, et Clara Vignot ne Tavait-il pas beaucoup connue? Le Fils naturel est applaudi malgré son titrie un peu révolutionnaire, et l'admirable Rose Chéri, Texcellent Geoffroy, Derval et Dieudonné obtiennent le plus justifié succès.
Puis viennent : V Invitation à la valse^ de Dumas père ; V Héritage de M. Plumet^ de Barrière et Capendu ; V Autographe, de Henri Meilhac ; Cendrillon, de Th. Barrière; un Beau Mariage (5 mars 1859), par Emile Augier et Foussïer ; Risette^ par Edmond About; Un Père Prodigue (3 novembre 1859), par Dumas fils, admirablement joué par Lafont, Dupuis, Lesueur, M"®* Rose Chéri et Delaporte.
Lafont était un comédien délicieux. Dans la préface charmante qu'il écrivit pour le Père prodigue^ Dumas nous le décrit ainsi : « De tournure élégante et de mise irréprochable, sentant d'une lieue son gentilhomme des champs de bataille et des petits levers, saluant comme ceux de Fontenoy, grasseyant comme ceux de Coblentz, l'œil brillant, le nez droit, les narines ouvertes, la bouche en cœur, passant de temps en temps sa main nerveuse et fine sur son visage bien rasé afin de s'assurer f que pas un poil blanc ne venait le trahir, n'ayant
ses soixante ans que la nuit ou le matin. » Quant au directeur Montigny, il ne pouvait se résoudre à
voir sa femme, Rose Chéri, triompher dans ce quil appelait les «drôlcsses de Dumas ».
En 1860, le Gymnase remporte un triomphe : l-;s
Pattes de Mouche de V. Sardou amusent tout Paris, c'est le premier véritable succès de cet admirable auteur qui en compte tant et de si grands. La pièce n'avait pas été reçue au Vaudeville ; il est vrai d'ajouter que le manuscrit n'en avait pas été lu. Montigny, plus habile, avait accepté d'enthousiasme l'œuvre nouvelle du débutant, dont Scribe consulté avait retourné au Gymnase un premier ouvrage, Paris à Venvers^ qui devait en grande partie devenir Nos Intimes^ avec ce simple mot sur la couverture :« Quel théâtre! Où allonsnous ? »
En sortant de la première représentation, Scribe, qui dans le vestibule mettait son paletot, fut abordé par Lemoine, le frère de Montigny. « Eh bien, maître, votre avis ?
— Jolie pièce, c'est charmant! De qui est-elle?...
— De ce jeune homme dont on vous a donné à lire un manuscrit, Paris à Venvers; vous lui avez conseillé de renoncer au théâtre.
— Alors, mon cher Lemoine, je me suis, ce jour-là, joliment trompé : c'est d'un maître, répondit simplement Scribe. »
Pendant cette soirée où se jouait son avenir, Sardou, nerveux, inquiet, la tête pleine encore des sifflets de la Taverne, n'avait pu rester en place ; fiévreusement il arpentait les boulevards avoisinant le Gymnase. C'était le moment où se jouait le dernier acte... et Sardou trouvait le temps long... «Je le pensais bien, se disait-il, l'acte n'en finit pas, je me
suis trompé... II est interminable, cet acte maii-
ditl H Enfin un spectateur descend les marche^; du théâtre... a II s'enfuit avant la fin, il s'ennuie probablement ; en tout cas, c'est le commencement <!e
la sortie. » Sardou se rapproche et se rencontre avec cet inconnu qui lui jette en le croisant : « Bravo, monsieur Sardou, quel triomphe! »> C'était l'acteur Berton, le père de Pierre Berton qui devait créer nos Bons Villageois ; et c'est ainsi que Sardou apprit le succès des Pattes de Mouche,
La série heureuse continue. Après les Pattes de Mouche, Sardou est de nouveau acclamé avec les Ganaches,
En 1863, autre succès, Montjoye, d'Oct. Feuillet^ où Lafontest admirable.
En 1864, Dumas fils donne V Ami des Femmes. Ce; quasi-insuccès, Dumas Texpose et le commente dans la préface de son œuvre : « Cette comédie n'a pas eu de succès à la première représentation. Elle s'est débattue ensuite pendant une quarantaine de jours contre l'étonnement, le silence, l'embarras et quelquefois les protestations du public. Un soir même, un spectateur de l'orchestre, plus sanguin ou plus bilieux que les autres, plus choqué en tout cas, s'est levé après le récit de Jane, au quatrième acte, et s'est écrié : « C'est dégoûtant! » Jugement vif! Ce spectateur était-il sincère? Oui. Il faisait partie de ce public que le théâtre passionne et qui applaudit ou siffle sans raisonner, suivant l'impression qu'il reçoit. » Et il conclut, spirituellement comme toujours, en déclarant qu'il faut savoir la vérité : « qu'il n'y a pas de fin du monde, qu'il n'y a que des fins de monde, que les temps prédits sont proches, que Dieu a de nouveau pré-
venu Noé et qu'il va falloir être avec les hommes dans le déluge ou avec l'homme daRS l'Arche 1 «
Celle même année, le 24 avril, le nom de Sarah
Bernhardl élonnail
Paris pour la premièrefois.elce n'était pas à cause de son grand talent, CRCore ignoré, c'était simplement à la suite d'une fugue.
Sarah hrusquement, sans motif, quitlaii le Gymnase, au lendemain même de la première représentation <l'Un mari qui lance sa femme, de Labiche, en laissant ce petit mot à Montigny stu- madame
péfié : ""''" "
Ne comptez plus sur moi. — A l'heure où vous recevrez cette lettre, j!aurai quitté Paris.
Pardoonez à la pauvre toquée.
Montigny ayant demandé à Sardou une pièce pour l'été, le 25 juillet 1864 (on ne connaissait pas alors les relâches annuels) fut joué Don Quichotte,
ZlKJ ANCIENS THEATRES DE PARIS
dans lequel Lesueur (Don Quichotle), Pradeau (Sancho Paiiça) formaient un duo dune élonnaiile drôlerie, entouré de M"" Pîerson, Chaumonl el de la si jolie Céline Montaland qui, chose inouïe! frisait au petit fer ses longs cits noirs!