‹ Anciens théâtres de ParisChapitre 38 sur 45 · BE · texte numérisé non relu

BE

Le 21 janvier ISfio, les Vieux Garçons de V. Sardou,admirablemenLjouésparM""'Delaporte, Pierson, Montaland el Chaumont, el MM. Lafont, Berlon fils, Lesueur, Francès el Landrol, obtiennent un énorme succès, el Sardou, réclamé par le public enthousiasmé, est traîné de force sur ta scène par Lafont el Landrol.

Le 20 janvier 1800, IMoiie Paranquet réussit d'autant plus qu'une soric de mystère planait sur

la pièce. L'œuvre avait été anonymement apportée au théâtre ; aucun auteur n'avait dirigé les répétitions ni réglé la mise en scène. — Enfin, le soir même de la première représentation, l'acteur Ama

n'avait pu répondre aux acclamations interrogatives du public. Et les imaginations de s'exercer. Ce n'est qu'au bout d'un mois que l'on eut la solution de l'énigme... et encore celte solution était inexacte. Un homme de lettres, inconnu ou à peu près, M. Armand Durantin, la donnait dans la brochure de la pièce publiée sous son nom.

J'holog.dt Braun

On s'est demandé, disail M. Duranlin dans sa préface, pourquoi j'avais mis un masque sur mon nom. Pourquoi ? C'est qu'en donnant ma comédie au public j'ai voulu que le public me donnât la sienne... Je l'ai entendu attribuer ce succès aux plus grands noms, aux plus vaillantes plumes; merci !

public! cher public! Enfant capricieux et gâté! Pendant vingt-cinq ans je t'ai crié mon nom avec mes drames et mes comédies, avec mes feuilletons et mes romans, et lu t'es bouché les oreilles de peur de m'entendre, lu t'es fermé les yeux pour ne pas me voir.

Aujourd'hui, ce nom, dont tu te souviens si peu, je te le cache un mois et voilà que tu le veux, voilà que tu l'acclames : de l'ombre lu le jettes en pleine lumière.

Armand DuRANTiN.

Cette préface était un peu prétentieuse et hasardée, car M. Durantin n'y oubliait qu'une chose ; signaler l'anonyme et génial collaborateur qui, avec sa maîtrise habituelle, avait récrit complètement une pièce incohérente, avait profondément modifié et remanié un manuscrit boiteux, et de Mademoiselle de Breuil fait Héloîse Par auquel.

Ce collaborateur n'était autre qu'Alexandre Dumas fils, et ceux qui seraient tentés d'examiner quelle part fut la sienne n'auraient qu'à ouvrir le premier volume du Théâtre des Autres; tout s'y trouve : les deux manuscrits et la légende de la pièce. Héloîse Paranquet^ remarquablement interprétée par M™® Pasca, Arnal et Pierre Berton, fut fort applaudie ; M"* Pasca y était admirable ; elle commençait par ce redoutable rôle la série de ces

i BOULEVARDS

grands succès, qui, pendant si longtemps, devaient ta classer au premier rang des plus admirables artistes de Paris,

Le 3 octobre 1866, te Gymnase représenta les Bons Villageois de Sardou, et ce fut du délire : c'était si drôle, si amusant, si juste! Ces vilains bonshommes

cauteleux, rapaces, personnifiés par Grinchu, Tétillard, Floupin et consorts étaient criants de vérité ! Arnal, Lesueur, Blaisot, Pradeau, Pierre Berton et Lafont, M"**"' Blanche Pierson, Céline Chaumont, Delaporte avaient su réaliser, avec tant de charme ou de pittoresque, les personnages si bien campés par le spirituel Sardou, que tout Paris battit des mains aux Bons VillageoU^ qui furent un des gros succès du théâtre.

A cette pièce de gaîté succéda une œuvre de philosophie et de morale : les Idées de M"*® Aubray : une des thèses les plus audacieuses de Dumas.

Jouée le 16 mars 1867, Toeuvre nouvelle fut discutée avec passion : la tâche était vraiment ardue; que devait-on penser de cette M°*® Aubray mariant, au nom de la morale et de la foi, son fils unique et adoré avec une fille, mère d'un enfant sans père et sans nom. La polémique fut âpre et violente, mais la pièce eut un vrai succès ; elle était d'ailleurs défendue par de merveilleux interprètes : Pierre Berton y représentait la jeunesse, l'amour, Tenthousiasme; sa bonne grâce, sa distinction naturelle l'aidaient à réaliser ce type de parfait galant homme rêvé par Dumas. La jeune fille séduite et honnête malgré tout, c'était M"'' Delaporte, si réservée, si candide ; le bon raisonneur, celui qui, à l'exemple du chœur antique, commentait — avec quel esprit! — Tétat d'âme du public, c'était l'excellent Arnal, l'inoubliable interprète des Duvert et des Lausanne, des Labiche et des Bayard qui, vers la fin de sa vie,

avait assagi, modiiîé, transformé son merveilleux talent et qui Fut un « Barantin » incomparable de bonhomie, (te douce raillerie, de sensibilité et de philosophie souriante. Le râle charmant de Valmoreau, le dt^sœuvré spirituel, enthousiaste, gai, bon enfant, et qui, si aimablement et de si galante façon, se transforme, ' beaucoup par admiration pour M"' Aubray et un peu par amour pour les beaux yeux de Jeannine, était tenu

par Porel, le bon et |

brave Porel, qui, après avoir été un artiste de premier ordre, après s"èlre vaillamment battu en 1870 et avoir été blessé d'un éclat d'obus, a dirigé avec

la plus incontestable mailrîse le fhéaire de lOdéon dont il écrivit l'histoire dans une langue nette el colorée, avec autant de science que d'esprit et de goût. Nous retrouverons d'ailleurs, au théâtre du Vaudeville, qu'il dirige aujourd'hui, ce spirituel artiste.

M"" Aubray, c'était M"* Pasca, el jamais grande artiste n'interpréta de plus haute manière le rôle difficile, écrasant, qui lui avait été confié. Il faut lire le portrait que donne Dumas de cette admirable

comédienne : « ... une des plus séduisantes personnes que Ton puisse imaginer; des cheveux noirs comme de Tébène, un leinl mal et ambré, des yeux noirs brûlants et tendres, tragiques et caressants, couronnés de grands sourcils noirs tout prêts de se rejoindre à la base d*un nez fin aux narines lég'ërement soulevées... C'est grâce à elle que M"* Aubray a eu la noblesse, l'éloquence, la persuasion que l'auteur avait voulu donner à cette figure singulière toute de tendresse, de dévouement, de foi, d'idéal, et dont le nom, dans le souvenir de ceux qui ont vu la pièce, est resté inséparable de celui de sa fière interprète. »

Le triomphe de M™* Pasca fut complet, et autour d'elle chacun eut sa part de lauriers. Arnal, retrouvant les échos des bravos de jadis, avait doublement contribué au succès, car ce fut lui, nous apprend M™* Pasca, qui découvrit le mot de la fin.

Après que M"* Aubray a uni son fils et cette fille séduite, avant le baisser du rideau, on cherchait le mot sauveur, le mot explicatif, le mot tampon, si j'ose dire ; c'est Arnal qui tout naturellement le rencontra : dans un silence, à l'une des dernières répétitions, se tournant vers M"** Pasca : « C'est égal... c'est raide ! » lui avait-il glissé dans l'oreille.

Dumas avait entendu... Mais le voilà, le mot cherché! s'écria-t-il. Merci, mon cher Arnal, mon très précieux collaborateur... A l'exclamation de Valmoreau : « Ce que vient de faire M"® Aubray

est admirable», vous riposterez par votre phrase si juste :

— C'est égal, c'est raide! »

C'est ce même Arnal qui disait encore à jjine Pasca :... « Plus vous aurez mérité le succès au théâtre et plus vous aurez peur ! » Dumas avait synthétisé d'un mot la silhouette de M™" Aubray : « Une illuminée, avec, pour mot d'ordre,, le vers de Polyeucte :

Je vois, je crois, je sens, je suis désabusée. »

En J868, le Gymnase donne Fanny Lear de Meilhac et Halévy, le Monde où Von s'amuse de Pailleron, et enfin Séraphine Ae Sardou. Ce fut un grand succès, mais il n'alla pas sansbien des difficultés : — Le premier titre de la pièce était •: la Dévote^ et la censure en exigea le changement sous prétexte que c'était une attaque directe contre l'Impératrice ! — puis on dénonça l'orthographe espagnole de « Serafina ». Enfin, après mille difficultés, la pièce triompha le 29 décembre. M™* Pasca jouait Séraphine avec sa maîtrise habituelle ; M™®* Antonine, Magnier et Angelo, MM. Pujol, Pradeau, Landrol et P. Berton complétaient un ensemble remarquable.

1869 est l'année de Froufrou et le triomphe de cette autre admirable comédienne, Aimée Desclée. Ludovic Halévy qui, dernièrement encore, nous en parlait avec toute sa verve et toute son admiration,

la défÎDissait d'un mot : « Desclée, ce fut tout

le théâtre moderne. » Dumas, en 1867, l'avait

découverte au théâtre du Parc, à Bruxelles, oii elle

jouait Diane de

Lys, et il dut

forcer la main à

Montigny pour

lui obtenir au

Gymnase un

engagement d»^-

grande confiance on lui donna un rôle. Elleobtintun triomphe, et voici la jolie lettre qu'elle envoyait au sortir de scène à Dumas, qui n'avait pu assister à ce début : « C'est

fini. Ouf! J'avais de belles robes de toutes les couleurs, une aigrette dans les cheveux qui me faisait ressembler à un petit chien savant... La salle archipleine... On m'a sifflée au premier acte, et on m'a fait une ovation au cinquième... » Et ses succès ne se comptent plps.

A Froufrou succède Fernande, représentée le 8 mars 1870. Celte remarquable pièce, une des

plus complètes de Sardou, était interprétée par jyjmes Pasca, Antonine et Massin, MM. Pujol et Landrol ; son succès fut interrompu par la guerre, mais pendant la Commune Raoul Rigault en demanda la reprise au régisseur, le brave Derval : « C'est une jolie pièce, disait-il, il y a dedans une fille perdue. »

La Visite de Noces se joue le 10 octobre 1871, et cette pièce dure, violente, mais remarquable, soulève des polémiques sans nombre que Sarcey résume ainsi dans sa chronique du Temps : « Je ne veux pas qu'on m'agace, est-ce entendu? Dumas me fait de la morale tout le temps, je la trouve juste et m'en vais moins bon que je ne suis entré. » Quant à Desclée, elle est acclamée dans le rôle de M"® de Morancé, où elle semblait jeter dans le « Pouah ! » final toute l'amertume qu'elle avait dans le cœur et dont débordent ses admirables lettres. Car c'était bien son passé, son âme, ses déboires et ses hontes qu'elle livrait au public dans cette soirée ; de là ce regard indéfinissable qui interpellait chaque spectateur en se fixant sur tous, « comme pour faire tous ceux qui se trouvaient là responsables des fautes commises. »

A la Princesse Georges^ applaudissements, sifflets, protestations, scandale; cette pièce, écrite en trois semaines au plus, fut très discutée et très défendue. Elle était servie par une rare interprétation, une unique collection de jolies femmes : jyjmes Desclée, Pierson, Massin, Fromentin et

LKS THÉÂTRES DES BOULEVAHDS 303

Bcclard; MM. Pujol, Landrol et l'excellent Franc^s complétaient ce remarquable ensemble. Dumas trace de M™ Blanche Pierson, repri'senlanl la jolie comtesse de Terremonde, cet exquis portrait : « Ceux qui l'ont vue n'oublieront jamais l'entrée de M"° Pierson, cette opulente chevelure qui semblait faite de rayons de soleil enchevêtrés et nattés les uns dans les autres, ces yeux bleus, bleus de Chine, à reflets métaltiques, brillants

sous l'arcade sourcilière, des sourcils comme des éclairs sur un étang glacé, ce nez droit et fin comme celui des figurines de Tanagra... ces lèvres humides et rouges comme le piment, dont le sourire, légèrement relevi^ à gauche, découvrait des dents dont la blancheur et la régularité semblaient moins faites pour le baiser que pour la morsure. »

A la Princesse Georges succède, le 16 janvier 1873, la Femme de Claude^ qui n'obtient pas le succès attendu. La pièce, admirablement jouée par Desclée, parait trop sérieuse, trop noire; et puis il flottait sur ces trois actes comme une vague odeur d'espionnage et de trahison. L'âme française, encore toute blessée des horreurs de la guerre, entendait avec peine parler de secrets armements, d'explosifs inconnus, de poudres de guerre...

C'était une sorte de prêche, plutôt qu'une œuvre dramatique.

Le 17 mars 1873, Sardou donne Andréa, et là se place un des mille petits ennuis dont soufl*re tout auteur renommé : un M. Coxirnier proteste :

<( C'est ma pièce, démarquée par Sardou! »

« Ici, écrit Sardou dans sa brochure si spirituelle et si amusante, Mes Plagiats, je n'étais pas seul, j'avais un complice, Montigny.

« Cournier disait : « J'ai remis à M. Montigny un « manuscrit, le Médecin de son honneur, Montigny « l'a communiqué à Sardou, quia fait Andréa dL\ec « ma pièce. Après quoi Montigny m'a rendu mon « manuscrit refusé/ » — Cournier ne se bornait pas à déblatérer contre nous sur la voie publique et à nous cribler de petites notes injurieuses dans les journaux. Il avait publié un fort mémoire. Il nous assigne, Montigny et moi, par devant le tribunal de commerce... J'arrive avec mon manuscrit^ Montigny m'accompagnait. Cournier a la parole. Il for-

mule son accusation ; puis le juge, M. Mercier, se tourne vers moi :

« — Que répondez-vous à cela ?

« — Un seul mot: je prie M. Cournierde vouloir « bien nous dire à quelle date précise le manus- « crit de sa pièce a été déposé au Gymnase ?

« — Oh ! dit Cournier, là-dessus il n'y a pas le « moindre doute, voici le reçu ! C'est le 16 dé- « cembre 1872.

« — Eh bien, dis-je, voici des affiches, des pro- « grammes et des comptes rendus américains éta- « blissant que ma pièce, destinée d'abord à « l'Amérique, a été jouée à New- York le 17 sep- « tembre 1872, c'est-à-dire trois mois avant que « M. Cournier eût déposé la sienne au Gymnase. « Donc, s'il y a un plagiaire... cest lui! »

L'affaire se termina par cette déclaration :

Je reconnais que toutes les situations et tousl^s détails que j'ai cru avoir été empruntés par M, Sardou à ma (3ièce le Médecin de son honneur, et introduits par lui Jans Andréa se trouvent dans cette pièce jouée en Amérique, trois mois avant la remise de mon manuscrit à M. Montigny.

M. Cournier.

Six mois plus tard, M. Cournier écrivait à Sardou pour lui proposer sa collaboration !

Cette même année, le 26 novembre 1 873, Alexandre Dumas donne Monsieur A Iphonse : c'est un très grand et trèsjustifié succès. Il n'y eut qu'un inconvénient,

et Dumas l'avoue gaiement dans sa préface :« JVtais bien sûr, quand j'ai eu l'idée de cette pièce, que j'allais, si elle réussissait, déshonorer un nom de baptême », et il le déshonora, sans que, toutefois, MM. de Rothschild, de Neuville, Daudet, Duvernoy, etc., se sentissent atteints, ni que tressaillît Tombre de Lamartine.

Monsieur Alphonse eut un grand et mérité succès. Frédéric Achard, le fils de Texcellent artiste si aimé autrefois à Paris, le frère de Léon Achard qui faisait les beaux soirs de TOpéra-Comique, y fut parfait, et aussi Alphonsine, qui, après avoir joué si longtemps les rôles de princesses de féerie, réalisa à merveille le type de M"**' Guichard, grosse femme sensible, commune, excellente et émue. « Elle traverse la pièce, dit Dumas, comme un grand rayon de soleil. » Blanche Pierson et Pujol complétaient un ensemble remarquable.

Le 17 novembre 1875, Sardou donne Feréol, une comédie poignante, où triomphe TexcellentWorms, qui reprend ainsi possession de Paris après avoir passé de longues années en Russie ; Lesueur, en juré récalcitrant, y est d'un comique admirable, et Francès y crée de magistrale façon le rôle d'un garde-chasse jaloux et assassin.

A cette date, Frédéric Achard reprend dans V Aumônier du Régiment un rôle créé jadis par son père ; en même temps. Bouffé reparaît sur la scène qu'il a tant honorée jadis et redonne quelques représentations de ses grands succès d'antan.

Louis Leroy, l'écrivain charmant, qui dépensait tant d'esprit dans les chroniques du Charivari, fait

; à son habitude, Worms y 'a qu'un demi-succès, mais

représenter le Charme est excellent; la pièce i fBotBl Godelot réussit pleinement. Quoique signée du seul nom de Crisafulli, l'Hôtel Godelot avait un illustre parrain, V. Sardou, qui avait mis au point, avec son habituel talent, celte pièce légère et charmante imitée do Goldsmith, The sloops to conquer, qu'Edwin Abbey a si merveilleusement illustrée, Achard, Saint- Germain, Francès, M'"'' Legault, jeune, jolie, charmante; Lebon,

spirituelle, amusante ; Prioleau, etc., jouaient gaiement cette plaisante comédie.

Le 16 novembre, première représentation de la Comtesse Romani : la pièce était signée Gustave de Jalin, pseudonyme transparent désignant Gustave Fould et Alexandre Dumas, qui avait emprunté le nom de son héros du Demi-Monde. Cesl un drame

dur, violent, avec des côtés de tendresse et de comique ; des comédiens y mêlent leurs amusantes rivalités, leur pittoresque cabotinage, à des élans de passion et de jalousie. La pièce, admirablement jouée par M"**^* Pasca, Worms, Dinelli, Helmont, Bade et Lebon, MM. Saint-Germain, Landrol et Pujol, fut fort applaudie.

En i877. Bébé obtient un éclatant succès. Saint- Germain V était vraiment impavable dans le tvpe si spirituellement amusant de Pétillon, ce vieux pion râpé, sournois, malin et ahuri, s'efforçant de faire passer leur bachot à des fils de famille aussi paresseux qu'ignorants. Francès, avec sa fine bonhomie, crée une excellente caricature du brave monsieur absorbé par la lecture incessante des journaux quotidiens. M*"**' Dinelli, Lebon, Délia sont les charmantes auxiliaires de ces deux parfaits comédiens. Puis vient VAge ingrat de Pailleron, où Tessandier illumine de ses deux grands veux noirs la scène du Gvmnase.

En 1878 une reprise de la Dame aux Camélias sert de début à Lucien Guitry, et du premier coup ce très excellent artiste réalise les magnifiques espérances que permettait de concevoir le concours du Conservatoire où le Jury ne lui avait cependant attribué qu'un second prix : L. Guitry se rappelle encore avec une joyeuse émotion l'inénarrable leçon que lui firent sur la Dame aux Camélias Dumas fils, déjà mûr, fatigué, un peu alourdi mais toujours spirituel et charmeur, et Texcellenl Montigny so-

lennel el mouslachu : tous deux, alTalés, enfouis dans de profonds fauteuils de moleskine, voulurent

lui indiquer de quelle façon il convenait de jouer la « scène d'amour «. — Montigny, les mains croi-

sées sur sa canne, ventripotent et asthmatique, incarnait « Marguerite Gauthier». Dumas lançait de sa voix molle les répliques d'Armand Duval, tout en mordillant son lorgon... et le débutant ahuri les contemplait : « Voilà comme il faudra jouer, mon petit, conclut Dumas, mais... vous remuerez un peu plus que nous ! » Telle fut la première « répétition » de Guitry qui triomphe ensuite dans le Fils de Coralie^ où M"** Tessandier lui donnait merveilleusement la réplique. Ce devait être le dernier succès de ce parfait directeur, grand honnête homme. et habile metteur en scène qu'avait été Montigny. Dumas prononça sur la tombe de celui qui fut son protecteur et son ami un admirable adieu; puis V. Koning prit la direction du Gymnase.

D'aucune façon, Koning ne sut remplacer Montigny : le vieux Gymnase était mort avec son ancien directeur. Koning, toutefois, était actif et intelligent. Une bonne reprise de la Papillonne permit à Paris d'applaudir cette œuvre spirituelle et charmante qui, mal à sa place au Théâtre-Français, n y avait pu obtenir le succès qu'elle méritait. Partout, en province, à l'étranger, la Papillonne triomphait; il fallut la représentation du 3 octobre pour l'introniser à Paris. Jacques Normand se fait très chaleureusement applaudir avec r Amiral^ trois actes en vers, interprétés avec infiniment de talent par Saint-Germain, Francès et Leloir, ce Leloir que Paris devait fêter à la r4omédie-Française, où il tint d'ailleurs à faire

LES TUïlATRES DES BOULEVADDI

reprendre Tœuvre spirituelle de J. Normand ; ^met Dinelli, Prioleau et Jane May étaient délicieuses, et Détaille — c'est tout dire — avait dessiné avec son habituelle maîtrise des uniformes de cavaliers français datant de la glorieuse époque où les hussards de la République prenaient au galop les flottes hollandaises emprisonnées par les glaces à Tembouchure du Texel. Ce fut une charmante soirée.

L'année finit sur la chute des Braves G^ns, quatre actes malheureux de Gondinet, et une bonne reprise du Mariage cTOlympe^ d'E. Augier, où M"® Pasca et Saint-Germain furent acclamés.

Puis ce sont encore des reprises : Jeanne Granier succède à Déjazet et porte gaillardement Télégante épée de cour du duc de Richelieu :

On m'a prédit que je vivrai cent ans,

J'y parviendrai, pourvu que je grandisse...

Et nos pères sont tout émus de retrouver dans cette spirituelle jeune femme le charme de la délicieuse Déjazet, qu'ils regrettent encore.

Enfin Georges Ohnet donne Serge Panine^ où j{rae Pasca crée d'inoubliable façon le rôle de M™* Desvarennes, cette femme du peuple enrichie par son travail et son intelligence et qui n'hésite pas à brûler la cervelle du gredin titré qu'elle a eu la faiblesse d'accepter pour gendre. Serge Panine, c'était Marais, qui y fut très remar-

(Aqumlk F» E, D^U

quable. Puis Octave Feuillet fait représenter un Roman Parisien. M"* Pasca, Marais, Saint-Germain et la si jolie M"* Volsy y obtiennent le plus mérité succès ; malgré tout, ce n'est pas la réussite espérée, et Tan 1883 sera plus heureux pour le théâtre du Gymnase, qui triomphera doublement, le 2 février, avec Mofisieur le Ministre de Jules Claretie et, le 13 décembre, avec /e Maître de Forges âe Georges Ohnet.

D'un roman qui avait eu plus de cinquante éditions, Claretie avait tiré une pièce vive, spirituelle et alerte ; c'était, en outre, un véritable document sur la vie politique de notre temps, et la satire était parfois cinglante. Ce fut dans toute la salle un frémissement d'aise et de malice quand pétillèrent les plaisanteries sur les aléatoires durées des ministères. On riait à voir ridiculiser les petits travers de nos grands hommes, l'on chuchotait des noms, et l'on contait des histoires : Comme c'est lui ! — J'étais là quand on la lui a présentée ! On éclata de rire en entendant Sulpice Vaudrey déclarer « que nulle part, hors du ministère, il n'avait entendu parler de la France » ! Le héros lui-même, ce pauvre diable de Vaudrey, honnête homme, sans caractère et faible devant une femme, braillard, politicien, faiseur d'embarras et défaiseur d'intrigues parlementaires, était si «nature»! Mon cher ami Claretie me racontait hier encore les souvenirs si amusants qu'il a gardés de Monsieur le Ministre, « Je me rappelle surtout Marais, excel-

y 16 ANCIENS THEATRES DE MHI8

lent, vaillant, inspiré, me disant : « Je veux être ministre des pieds à la tête ! « — II étudiait son

rjde 1» nuit, ilans son jaidîn. Et Marie Magnier, si élégante dans Marianne Kayser, et la jolie Eugénie

Lemercier... Il y avait une scène délicieusement jouée par Saint-Germain : — un ouvrier ébéniste, réparant un meuble chez la maîtresse de Vaudrey, se trouvait en face du ministre et lui parlait politique. « Qu'est-ce que ça me fait que Vaudrey ou Pichereau soit ministre!... le pain en vaudra-t-il deux sous moins cher? »...

Ce fut un franc et indiscuté succès, comme le Maître de Forges qui, pendant bien des mois, fit verser de douces larmes. La pièce avait été jadis présentée sans succès au Vaudeville et même à la Comédie-Française, sous ce titre : les Mariages d'Argent^ et Georges Ohnet, désolé, découragé, voulait jeter au feu son manuscrit dédaigné.

^|me Ohnet eut l'heureuse volonté de s y opposer. Ohnet remania la pièce, et Ion sait le triomphe qu'elle obtint au Gymnase. Qu'elle était noble et passionnée, cette Claire de Beaulieu, trompée par le non moins noble duc de Bligny, et épousant par dépit le pauvre Philippe Darblay, l'énergique maître de forges, à qui d'ailleurs elle ferme sa porte le soir même du mariage. Oh ! la tragique situation ! oh ! le pauvre Monsieur î et qu'il a raison plus tard de résister à son tour à sa toujours passionnée Claire, qui s'est reprise à aimer cet homme qu'elle avait tout d'abord méconnu. Explication, colères, défis, duel, réconciliation, et les maîtres de forges détrônent définitivement les Senneville (jeune colonel retraité, trente ansî) de M. Scribe. Saint-Germain, le père

stupide et repentant; Damala, qui physiquement a tout ce qu'il faut pour tenir Temploi des séducteurs; M"* Jane Hading, aux belles attitudes, et qui mieux que personne sait rendre à merveille ces personnages de convention, dont Claire de Beaulieu est la plus complète incarnation, sont acclamés par une foule en délire.

C'est le grand triomphe, et la critique a beau montrer les dents, M. Koning, pendant de longs mois, encaissera, chaque soir, « plus que le maximum », suivant l'ingénieuse note communiquée à la presse.

En 1884, laRondedu Commissaire^ une erreur de Meilhac et Philippe Gille, n'a que quelques représentations, alors que le Prince Zilah^ de Jules Claretie, franchit glorieusement le cap de la centième. Jane Hading est fort applaudie; ses merveilleuses qualités plastiques et sa grâce hautaine sont mises en pleine valeur par un très habile dramaturge, qui a su utiliser jusqu'aux imperfections de sa belle interprète. Damala lui-même, qui donne difficilement l'illusion d'un Parisien, est parfait en héros hongrois; il a tout naturellement l'accent du personnage ! Saint-Germain est chargé de la note gaie, et c'est très justement que cette pièce curieuse, émouvante et pittoresque, attire tout Paris au Gymnase.

L'année se termine glorieusement avec Sapho, Jane Hading, Desclauzas, la jolie Darlaud, Damala, Landrol, Raynard et Duquesne font Iriom-

< DES BOLLEVARD!

pher IVeuvre'si forle, si cruelle, si humaine, d'Ai-

phoDse Daudel. Ce n'est plus qu'en 1887 que le théâtre retrouve un vrai succès, avec VAbbé Constantin, tiré par Hector Crémieux et Pierre Decourcelle du roman de Ludovic Halévy. Le père des Petites Cardinat, renonçant au genre croustillant qui pendant si longtemps avait fait la joie de Paris, traça celte charmante figure de VAbbé Constantin ; et Lafontaine, Marais, Noblet, M"" Magnier, Desclauzas, Darlaudet Grivot jouèrent d'exquise façon cette délicieuse comédie, comme Madeleine Lemaire avait, avec le plus rare talent, illustré le touchant roman de L. Halé^y.

Celte œuvre délicate et douce venait à son heure, el ceux qui, si justement Tapplaudissaient, manifestaient du même coup contre les tendances vraiment par trop réalistes, affichées par la nouvelle école dramatique. — Que diraient-ils aujourd'hui?

En 1897 ^\J>el Hermant fait représenter au Gymnase la Carrière. Cette aimable comédie, remplie de trouvailles drôles, réussit pleinement, el Huguenel nous dessine un grand-duc de Russie hurlant de vérité.

En 1898, les Transatlantiques^ tiré d'un de ses romans, par le même auteur, n'obtiennent pas un égal succès; cependant cette curieuse pièce méritait un meilleur sort.

Alfred Capus, qui n a pas encore trouvé Tadmirable formule avec laquelle il ensorcellera Paris, donne, le 5 mars 1898, Mariage Bourgeois au Gym-

DES BOLLEVARDS 321

iiase. Ai-je besoin de dire que celle comédie jMHillaiite d'esprit et de verve est foit applaudit-, mais ce ne sont pas les triomphes prochains de la Veine, de ia Chml « lm ne. Cependant Mariage Bour-

geois fait présager M. Piégeois, dont nous Tairons ramusant« connaissance sous les traits de l'excellent Numès. Il est déjà tenancier de tripot... Mais c'est sa fiile qu'il prétend marier, et non pas lui. — Comme Rosine qui l'avait précédé, Mariage Bourgeois est une œuvre charmante, ei les personnages que CapuB rampe sur la scène sont des Olres

complets, bons, comiques ou méchants, mais tou-, jours humains et toujours pittoresques. Le 6 avril de la même année, Jules Lemaître fait représenter V Aînée, On raconte que, lors de la lecture de sa pièce faite par le spirituel académicien au Comité de la Comédie-Française qui pontifiait alors, — Jules Lemaître, ayant observé son malveillant auditoire, s'arrêta à la fin du second acte, referma son manuscrit et prit poliment congé de Taréopage de comédiens qui, de toute la hauteur de leur talent, écoutaient, dédaigneux et distraits... « Je vois. Messieurs, que je me suis trompé, excusezmoi »... Et il porta au Gymnase cette pièce charmante, étrange, une des plus originales qui aient été représentées depuis bien longtemps,

Henri Mayer composa avec infiniment de goût, d'observation et de mesure, le rôle difficile d'un pasteur dont sa femme fait, en dehors du dogme, « un sensuel » ; cet excellent comédien donnait enfin sa mesure et marquait sa place à la Comédie- Française... encore la lui a-t-on fait trop longtemps attendre ! MM. Boisselot, Lerand, Numès, Gauthier, ]y[mes Yahne, Samary et surtout Suzanne Desprès sont les remarquables interprètes de cette belle œuvre. — Un acte délicieux de MM. Aderer et Ephraïm, 1807^ obtient un vrai succès et promène dans tous les salons de Paris le brillant uniforme chamarré d'or des officiers supérieurs de l'Empire; quand ces héros se mettent en mouvement, ils ne sauraient s'arrêter en route, et le

colonel de Monicornet ira promener son plumet jusque sur la scène de la Comédie-Française... Le théâtre du Gymnase, héritier du théâtre de Madame, a toujours porté bonheur aux colonels de hussards !

C'est en 1899 que le nom de M. Michel Provins apparaît sur les affiches d'un théâtre du boulevard : Dégénérés^ représenté Tannée précédente à la Bodinière, est repris au Gymnase. Tous les lettrés, qui appréciaient le merveilleux talent de M. Michel Provins, tous les lecteurs de ces amusants dialogues pleins d'émotion, d'esprit et de féroce observation, attendaient avec impatience ce sensationnel début théâtral, et De'génére's réussit fort; Porel avait demandé à l'auteur d'apporter quelques atténuations à cette thèse sociale violente et satirique ; avec son habituelle bonne grâce Michel Provins y consentit, mais sa pièce ironique et mordante dut,' malgré tout, effaroucher les fantômes aimables et musqués des héros de Scribe, qui hantaient encore les vieux portants, et l'on put, ce soir-là, mesurer l'abîme qui séparait le Gymnase du théâtre de Madame î Dégénères fut interprété par une pléiade d'artistes de talent, M™*'" Megard, Duluc, Toutain, MM. Grand, Chaulard et Gauthier. On a dit, on a même écrit : « M. Michel Provins restera toujours l'auteur de Dégénérés^ il a trouvé un mot et une idée qui caractérisent son époque. » — Une fois de plus «on» se trompait, et M. Michel Provins devait donner bientôt la preuve du contraire en faisant

applaudir pendant plusieurs centaines de représentations le Vertige à TAthénée et dans toute la France.

Petit Chagrin^ trois actes délicieux, de Maurice Vaucaire, termine d'une charmante façon Tannée 1899, et Léonie Yahne, la jolie M"* Brésil, MM. Gauthier et Dubosc s'y font très justement applaudir.

Le 4 décembre 1900, première représentation de la Bourse ou la Fie, comédie en 4 actes de A. Capus. Très gros succès... et puis, ce n'est pas la « comédie rosse », c'est une œuvre de bonne humeur, où les mots spirituels jaillissent comme des fusées, et les bonshommes, joliment campés par l'auteur, sont si vivants, si vrais que dans la salle c'est un perpétuel éclat de rire : tout bas, on se chuchotte les noms officiels des pantins s'agitant sur la scène : « Je l'ai vu hier, et il m'a redit les mêmes choses! » — « Je dîne avec lui demain, il sera le seul à ne pas s'ôlre reconnu ! » Galipaux, Gemier et Dubosc sont excellents, et M"*" Rolly est parfaite. — C'est une belle soirée d'art et d'esprit.

C'est le 31 octobre 1901 que Maurice Donnay fit représenter la Bascule^ et nous ne saurions assez redire notre étonnement de voir que cette œuvre charmante, une des meilleures parmi les chefsd'œuvre dus à cet admirable écrivain, n'a pas eu le succès qu'elle méritait à tant de titres. C'est un éblouissement, un feu d'artifice d'esprit dont M"'' Rolly et M. Huguenet sont les remarquables « Ruggieri ». Le Détour^ qui est en quelque sorte

LES THÉÂTRES DES BOULEVAIIOS '.il'}

la suite d'Yvette^ de Guy de Maupassant, o-^l uno oeuvre puissante, et qui fait le plus grand honneur à M. Bernstein. Ce fut le début au thétUre de M"® Simone Le Bargy, une artiste vibrante, passionnée, intelligente, qui, après avoir du premier coup, conquis la faveur du public, devail «lonner toute sa mesure dans le Retour de Jérusalem et dans la Rafale.

Le 10 mai 1902, Romain Coolus fait représenter Lucette^ une comédie étrange, curieuse et vivante, digne du grand talent, si original, de Tauteur.

L'année se termine sur une nouvelle auivre de M. Bernstein, Joujou^ interprétée par Jeanne iiranier, qui est à ce point bonne personne, (piaprès nous avoir si longtemps fait sourire, elle ne peut se résoudre à nous faire pleurer. L'hisloire du Gymnase en 1903 sera courte. Elle renferme deux dates heureuses : elle s'ouvre, le 6 janvier, par le Secret de Polichinelle., un petit chef-d'œuvre tléinolion, admirablement interprété par M""^ Jmlie, dont les cheveux ont blanchi sans que ses yeux admirables aient perdu leur doux éclat, et par M. Huguenet, un comédien de la grande école el qui sait — chose rare î — se renouveler à chacjue créalion. Le 3 décembre, Maurice Donnay fait représenter le Retour de Jérusalem., une œuvre maîtresse, qui, avec une rare audace, jette sur la scène, les questions trop palpitantes du jour : c'est la lutte des sémites et des antisémites; avec un sang-froid imperturbable Maurice Donnay frotte impartialement

3iG ANCIENS THÉÂTRES DE PARIS

i'échine de nos aimables contemporains : chacun écope « suivant son grade », et en écoutant cette comédie si forte, une des plus complètes du théâtre contemporain, songeurs, nous revoyions, mes amis et moi, cette haute salle enfumée du Chat noir, encore vibrante des boniments hurlés par le gentilhomme Salis : là, dans la vapeur bleue des cigares qui rendaient plus mystérieuse la presque obscurité de la salle, se profilait sur le carré lumineux des ombres chinoises la silhouette d'un jeune homme, à la voix chantante, aux cheveux crépus, aux yeux rieurs relevés vers les temptrs, à la japonaise : c'était Maurice Donnay nous disant : Phrynë ou Ailleurs, Et de quels bravos nous savions saluer ces vers exquis, étincelants, où il nous racontait les malheurs A"" Adolphe ou le Jeune Homme triste :

... Il fut reçu docteur en droit, N'ayant jamais, à ce qu'on croit, Connu la fleur ni la fleuriste, Et je ne sais rien de plus triste ; Et, quand il voulut un beau jour Mordre à la pomme de Tamour^ Il tomba sur une modiste Qui le trouva tellement triste, Qu'elle le trompa sur-le-champ Avec un professeur de chant Qui possédait le genre artiste :

Alors il fut beaucoup plus triste!...

Et les chants du poète Terminus que nous fre-

donnions aux soupeuses étonnées remontant la rue des Martyrs !....

Quand les doux parfums du soir Gomme d'un sombre encensoir Montent de la terre brune, Nous regardons, en rêvant, Les nuages que le vent Fait passer devant la lune

Les poètes vont rêvant.

Les nuages vont crevant.

Les averses lunatiques

Nous percent de part en part,

Et c'est bien fait pour nous, car

Nous ne sommes pas pratiques...

Et c'est un délicieux souvenir que celui de ces belles soirées d'art et de jeunesse où nous acclamions ce charmant Maurice Donnay, pour qui il m'est très doux de tresser aujourd'hui une glorieuse couronne avec des fleurs d'hier, un peu fanées peutêtre, mais tout embaumées encore de Todeur du printemps qui les vit éclore.

En ce moment, îaRafale^ de Bernstein fait, chaque soir, connaître à cet heureux Gymnase les douceurs du maximum. Puisse cet heureux état de choses durer toujours ! C'est la grâce que je souhaite aux modernes caissiers du vieux théâtre de Madame !

Page 1