THÉÂTRE DES VARIÉTÉS
Le décret de 1807. — Le Panorama ik Momuf,. — Le boulevard Montmartre. — Le graQi! Potier. — La guerre des calicots. — DtSjaiet. — Brunet et l'Empereur. — L'Année des Cendrillon. — Le retour de Louis XVIII. Odry. — La Vie de BohÈTM. — Le Théitre de Meilhac et Halévy. — M"' Schneider et José Dupiiis. — Le Nouveau Jeu et le théâtre d'Henri Lavedan. — La Veine. — M. de La Paliste.
Dans les premiers jours du mois d'août 1806, un décret impérial limita à Mut le nombre des théâtres autorisés à Paris et d'un trait de plume supprima tous les autres, en leur accordant généreusement hait Jours pour fermer leurs portes, licencier leur personnel, et mettre toute leur troupe sur le pavé I
— Celait aussi inhumain qu'arbitraire. En dehors des quatre grands théâtres {Opéra^ Comédie-Française^ Opéra-Comique et théâtre de V Impératrice)^ seuls étaient tolérés la Gaîté, TAmbigu, le théâtre des Variétés et le Vaudeville de la rue de Chartres ; en revanche, la Porte-Saint-Martin, le théâtre Molière, le théâtre du Marais, le théâtre des Jeunes Artistes, le théâtre Sans-Prétention, quatre ou cinq autres encore disparaissaient. De plus, FEmpereur avait décidé que les Variétés (ancien théâtre Montansier) quitteraient le Palais- Royal, où leur voisinage déshonorait la Comédie-Française !
11 avait donc fallu s'exiler et s'installer provisoirement dans la salle de la Cité, sur la rive gauche, vis-à-vis le Palais de Justice, sur les ruines de l'ancienne église Saint-Barthélémy (à l'endroit où devaient plus tard retentir les flonflons du bal du Prado), pendant que l'architecte Célerier achevait de construire la nouvelle salle du boulevard Montmartre, qui coûta 600.000 francs; et ce fut le 24 juin 1807 que les Variétés ouvrirent leurs portes au public.
Dans le charmant volume, Notes et Souvenirs^ que nous a donné Ludovic Halévy, se rencontre un délicieux portrait de l'amusant père Dupin, ce doyen des vaudevillistes, mort à quatre-vingt-dixneuf ans. — Il faut lire de quel air il parle du boulevard Montmartre... « Les acteurs des Variétés avaient été obligés de quitter la salle de la Monansier. Leurs vaudevilles avaient plus de succès et
LES THÉÂTRES DES BOULEVARDS 33i
faisaîenl plusd'argentqueles tragédies du TliL'iUrc- Français. L'empereur rendit un décret qui leur retira la salledu Palais-Royal... On leur permil de construire une nouvelle salle sur le boulevard
Montmartre!... Un affreux quartier pour un théfltre !... C'était presque la campagne ; il n'y avait pas une seule de ces grandes maisons que vous voyez là. Rien que de petites échoppes à un seul étage, des espèces de méchantes baraques de bois et les deux petits panoramas du sieur Boulogne... Pas de trottoir... le sol en terre battue entre deux rangées de grands arbres... Quelques vieux Hacres et cabriolets passaient de temps en temps. Lacampagne, enfin 1 C'était la campagne! ! » Dupin
d'ailleurs jugeai! sévèremenl les hommes el les choses : rien pour lui n'cxislait en dehors du Ihéâtrc, el il fallail l'entendre parler de Napoléon !... "CVlaîlunpelilgros, i'air commun el quin'aimail. que la Iragédie I Quelle horreur!.., »
l.acicur Hyacinihe, qui appartint au Théâtre
LE THÉÂTRE DÏS VARIKTÉS VERS 1820.
des Variétés avant de se faire tant applaudir au Palais-Royal, racontait à Halévy que, vers 1835, venant à cheval des environs de Paris, pour ses répétitions, il attachait lui-même sa monture devant la porte du théâtre, enroulant la bride autour de l'un des arbres du boulevard Montmartre !
La pi^ce de début fut le Panorama de Momus par Désaugiers, Francis et Moreau. Toute la Iroupe jouait, et quelle troupe I Cazot, Joly, Brunet et M"" Cuizot, M™ Mengozzi, etc., etc.
LES TIIKATBES DES
Celte œuvre curieuse eul un grand nombre de représentations. Bientôt Brunet et Odry coniph--
33 i ANCIENS THÉÂTRES JfE PARIS
lÈrenl cet ensemble remarquable el. de plus, Bmnel, l'idote du boulevard, fut adjoint à l'adminislration des Variék's. Ce fui lui qui engagea le grand ac leur Potier, Lepe in tre aîné elArnal, complétant ainsi une incomparable réunion de comédiens de la-
j%__^fl-,it. Potier, de l'aveu
de tous ses contemporains, fut le plus remarquable acteur comique de celte époque. Les débuts de ce grand artiste passèrent presque inaperçus au:c Variétés ; mais sa création du père Fumeron, dans (Intrigue du Carrefour, le plaça vite au premier rang; ses appointements étaient plus que modestes; à celte époque, où tout Paris l'acclamait. Potier gagnait 4.000 francs par an!— Et ses directeurs lui faisaientaujourdel'anle don généreux d'une douzaine de couverts d'argent ! C'est, je crois, à cette date que se place le déli-
LES THÉÂTRES DES BOULEVAHDS 3.'i,>
cieux détail d'un engagement qui contenait cette clause singulière :
<( La claquefera son entrée à M. X... et continuera d'applaudir tant que M. X... n'aura pas salué. »
Le 12 juillet 1817, grand tumulte aux Variétés.
MM. Scribe et Dupin donnent le Combat des Montagnes, pièce d'actualité sur la concurrence que se faisaient plusieurs magasins de nouveautés. Un jeune commis marchand, M. Calicot, moustachu, éperonné, bravache et vantard, y était fortement houspillé. La corporation tout entière se crut visée et atteinte par cette inoffensive plaisanterie, et voilà la guerre allumée. Paris s'amusa fort de celte lutte comique et chantait un peu partout les couplets qui avaient allumé la discorde et
OÙ Ton se riait des éperons chaussés par M. Calicot :
Ah! croyez-moi, déposez sans regrets
Ces fers bruyants, ces appareils de guerre.
Et des amours sous vos pas indiscrets
N'effrayez plus les cohortes légères.
Si des beautés dont vous causez les pleurs
Nulle à vos yeux ne se dérobe,
Contentez-vous, heureux vainqueurs.
De déchirer leurs tendres cœurs.
Mais ne déchirez pas... leur robe...
La vogue se maintint jusqu'à la fin de la Restauration. C'est en 1817 que Déjazet entra aux Variétés. Elle joua Quinze Ans cV absence^ puis/65 Petits
Braconniers et enfin les Ecoliers en Vacances^ où elle eut la mauvaise chance de remplacer avec succès M'^^ Pauline; cette M"^ Pauline avait, paraît-il, la plus décisive influence sur l'acteur Brunet, qui dirigeait alors les Variétés, et Virginie Déjazet fut sacrifiée.
M. Henry Lecomte, dans la précieuse et si complète étude qu'il a consacrée à Déjazet, nous apprend que son héroïne, après plusieurs mois d'attente, désespérant de changer les dispositions hostiles de son directeur, rompit son engagement. En apprenant cette rupture. Potier dit à Brunet, qui paraissait s'en réjouir : « Tu fais une grande sottise, cette petite fille ira loin. Il y a en elle l'étoffe d'une grande comédienne. » Potier n'était pas seulement un admirable artiste, il voyait juste.
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LES THKATllES DES COLr.EVAIlDS
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Et c'est alors que V. Déjazel, lassée, énervée, accepta un engagement en province et partit pour Lyon.
Pourtant Brunet était homme d'esprit :
M"* Flore, dans ses amusants Mémoires, si bien présentés par M. d'Alméras, raconte que, jouant devant l'Empereur dans Cadet Roussel beau-père, il terminait la pièce par cette phrase : « Ne donnons jamais rien à nos enfants, si nous voulons qu'ils aient pour nous une reconnaissance égale à nos bienfaits. »
Brunet crut s'apercevoir qu'à ce moment Napoléon crispa son olympien sourcil ; aussi s'empressat-il d'ajouter, en faisant une habile allusion à la naissance récente du Roi de Rome : ... «excepté quand nous pouvons leur donner un trône ».
Après avoir dit ces mots, il s'inclina profondément ; l'Empereur alors se tourna vers la reine Hortense, et lui dit avec un grand éclat de rire : « Décidément, Brunet est un grand politique. »
Deux fois ce brave Brunet donna ainsi, sans le vouloir, une leçon à Napoléon.
La seconde fois, ce fut à Gros-Bois, à la fin de 1809, chez Berthier, prince de Neufchâtel. L'Empereur y était venu chasser. Le grand-maréchal, pour distraire l'Empereur tristement préoccupé de son divorce avec Joséphine, avait organisé une représentation théâtrale. Brunet joua M, Vautour, puis l'amusante parade Cadet Roussel professeur de déclamation.
Dans cette dernière pièce, Blanchet est amou-
PMiiJPPM dmiu
reux de Manon, femme de Cadet Roussel, et s'est introduit chez le mari sous le fallacieux prétexte d'apprendre à déclamer la tragédie. On prévient
Cadet Roussel : « S'il vient ici, c'est pour l'enlever la Manon cl te mettre dans Ife cas de demander ton divorce. •> Et Cadet do répondre : « Est-ce que vous croyez que c'est pour le plaisir que je me suis marié? c'est pour le solide; c'est pour ne pas laisser finir la perpétuité de ma famille ; c'est pour avoir des prédécesseurs.' >•
La foudre tombant sur le théâtre n'eut pas produit plus d'effet. M. de Saint-Cyr, intendant, parlait de se passer sa clef au travers du corps.
L'auditoire était *""" consterné. L'Em-
pereur contraclail ses sourcils. Joséphine retenait difficilement ses larmes.
Le rideau baissé, le maréchal Berlhier et M. de Saint-CjT se confondaient en regrets.
L'Empereur répondit simplement : « Ceci me prouve au moins que mon secret ne s'est pas ébruité, autrement ces bonnes gens n'auraient ccrlaine-
. -jéf-'^^^^^-^A.
ment pas débité ce que je viens d'entendre! >•
En 1«08, Cendrillon fut à la mode : on l'exhiba
sur tous les théâtres de Paris : à l'Odéon, la Nou-
vetle Cendrillon de Perrin et Rougemont ; à la Galté, la Fête de Perrault ou l'Horoscope de Cendrillon, par Dubois et Brazier ; au Vaudeville, la Cendrillon des Ecoles, par Chazet et Dubois, et les Six Pantoufles, de Darlois et Dupin; k la Porte- Saint-Martin, Arlequin Cendrillon, par Hapdé ; au théâtre des Jeux-Forains (salle Montansier), la Famille de Cendrillon, par Henri Simon ; et, enfin.
'OTtKS rit, Jf BOnsCC '^'JS,
Cendrillon à l'Opi^ra-Comique; ce fut la seule qui contrebalança le succès de la Chatte merveil-
leuse (les Variétés, oii Brunet jouait le rôle de Cendrillon. On ne peut, paratl-il, se faire une idée de
l'illusion que ce grand artiste produisait dans ce rôle. « Toute sa personne était devenue femme et même fort jolie femme », écrit Flore dans ses Mémoires.
Potier triompha également dans le Ci-devant Jeune Homme. Ce fut la mode à Paris d'imiter sa toux bronchileuse, alors qu'il appelait son dômes-
34 i ANCIENS THEATRES DE PARIS
tique : «L..a Br..an...che! », ou son zézayemenl plaisant pour répondre au tailleur venant lui livrer •une culotte collante : « Si j'entre dedans... je ne la prends pas ! !» et Potier retrouva Téclatant succès qui Tavait accueilli dans les Petites Danaîdes. Potier se grimait, paraît-il, d'étonnante façon; il suffit, du reste, pour s'en rendre compte, de parcourir les collections d'aquarelles qui le représentent dans ses principaux rôles. C'est merveilleux. — Dessinateur habile, il parcourait Paris à la recherche du « type » qu'il comptait reproduire et le <( croquait d'après nature ». 11 ne lui restait plus qu'à copier ses copies. — Le comique Perlet lui donnait la réplique.
Arrivent la chute de l'Empire et l'entrée de Louis XVIII à Paris. Flore en donne cet amusant épisode : « J'étais avec nos camarades sur le balcon des Variétés : ce qu'il y eut de remarquable, c'est qu'un de nos auteurs était à la tête du cortège (l'observation est bien d'une actrice !) ; Martain ville, à cheval, avec un panache blanc et agitant un grand sabre, nous salua en passant. Il eut l'air de nous dire : « C'est moi qui vous le ramène I »
Vers 1830, le foyer du théâtre des Variétés était un des centres de réunions artistiques à Paris. Les mémoires manuscrits de son père, que M. Ch. Masset a bien voulu mettre à notre disposition, nous disent quelle aimable compagnie se réunissait au théâtre. C'était Pigault-Lebrun, Désaugiers, Béranger, Dumersan, Rochefort père, Mélesville,
Ll^S THEATRES VES BOULEVARDS 31^
Bavard, Scribe, Carmouche, Théaulon, Dartois,
Dumanoir, Arvers et bien d'autres. On y riait beaucoup, paratt-il, el facilement. Masset raconte l'histoire d'une de ces folies qui faisaient pâmer
les spectateurs. Odry jouait le rôle d'un vieillard aveugle dans le Tyran peu délicat ou l'Enfant de cinq ans muet et courageux/ Après avoir imité le
vîbrement célèbre de l'acteur Marty, Odry chantait; fa voix d'Odry lîlail, parall-il, inou'ie, charivaresque, stupéfiante, un grincement sans nom, et il parodiait Duprez, le grand artiste de l'Opéra,
qui venait d'obtenir un triomphe dans Guido et Ginevra. Un air surtout avait soulevé la salle :
Quand renaîtra la pâle aurore...
C'est cet air qu'Odry soupira, et de si comique façon que la salle, se tordant de rire, lui cria : Bis! bis! Alors Odry mit la main sur son cœur, s'inclina, et avec un clignement d'oeil particulier :
— Je veux bien recommencer, dit-il, mais... ne le dites pas au petit! (le petit, c'était Duprez.) . . . Il serait jaloux !
Un détail amusant : c'était Vaucorbeil enfant, qui fut plus tard directeur de TOpéra, après le règne de M. Halanzier, qui jouait le rôle ingénu de « l'enfant muet et courageux » .
Dans ses Mémoires intimes^ M. Denormandie raconte également quel esprit, quelle bonne grâce, quelles drôleries se dépensaient chaque soir dans ce gai foyer, plein de jolies femmes, d'aimables artistes et de spirituels écrivains. C'est là que Rochefort père raconta ce si joli mot de M"® Beaumesnil de l'Opéra, répondant à l'offre de M. de la Belynaie qui mettait à ses pieds « sa fortune et son cœur » : « Je n'en accepte que la moitié ! »
Le 14 janvier 1836, Frederick Lemaître, ayant rompu ses engagements avec les théâtres de l'Ambigu et de la Porte-Saint-Martin, entra aux Variétés. Le Courcy et Théaulon se réunirent pour écrire la pièce de début de Frederick dans ce théâtre, dont le
répertoire léger et aimable contrastait si complèlement avec les drames à passion, les comédies aristophanesques ou les noirs mélodrames qui se jouaient sur les scènes jusqu'alors illustrées par rimmense talent du comédien. Assez adroitement, Théaulon avait bâti un scénario qu'il annonçait en ces termes au grand acteur : « La pièce est en cinq actes et aura pour titre Kean ou Désordre et Génie. Il y a de tous les genres, et je donnerais tous mes succès passés, présents et futurs, pour que vous en soyez content* » (46 janvier 1836). Le scénario de Théaulon et de Courcy était pittoresque, mais il n'était pas complet. La collaboration d'un maître s'imposait, et Alexandre Dumas récrivit la pièce, la modifia, la remania, /fean, représenté le 31 août 1836, obtint un immense succès, et Dumas put trts justement envoyer ce billet à son prestigieux, interprète :
Je vous écris ce soir, en rentrant, pour vous féliciter de tout mon cœur. Il y a longtemps que je vous ai dit qu'à mes yeux vous étiez le seul artiste dramatique de Tépoque ; je ne puis que le répéter. Adieu. Je vous embrasse et demeure tout à vous.
Alexandre Dumas.
A l'intérêt qu'offrait la pièce si ingénieusement composée, s'ajoutait la curiosité que présentait l'in-
1. Henry Lecoiute, V n comédien au XIX* siècle : Frederick Lemaître.
LES THÉÂTRES l>Eâ BOL'I.EVAEII)» 3iii
fcrprétation du rôle de Kean par FrtMérick. Il y avait tanl d'aflinilé entre le talonl et aussi entre les extravaf{ances de ces deux admirables artistrs que ce fui un atlrait de plus et que cette soin'-e,
redoutable pour le protagoniste de tant de drames, finit en apothéose. Une autre eomédie se joua dans la salle : on se souvient de la fameuse tirade de Kean sur les « journalistes vendus que l'impuissance de produire a jettes dans la critique ; ceux-là sont jaloux de tout; ils flétrissent tout ce qui est noble, ils abaissent tout ce qui est grand... etc. » En traçant ce portrait sévère, Dumas visait direc-
lement le critique Charles Maurice, dont Tévidente mauvaise foi et la haineuse malveillance Pavaient si longtemps poursuivi; Frederick Lemaître, lui aussi, avait été une des victimes de ce triste personnage; aussi Tavait-il nettement et personnellement désigné en jetant à la salle frémissante ses apostrophes vengeresses, et ce fut un gros scandale.
Kean remporta un beau et mérité succès, le seul d'ailleurs que Frederick obtint aux Variétés. Après deux autres tentatives avortées, le grand comédien comprit que cette petite scène cadrait mal avec son impérieux talent, et Dumanoir, alors directeur, résilia amiablement, en septembre 1837, le traité qui liait Frederick Lemaître au théâtre.
Suivant la mode de Tépoque, le chef d'orchestre des Variétés, M. Masset, avait composé une suite de petits morceaux de musique destinés à souligner et à accompagner Tentrée et la sortie de chacun des personnages de la pièce. A une répétition de Kean, Frederick interrompit un jour M. Masset par cette observation : « Pardon, monsieur le chef, pardon, mais ces violons sont plus qu'inutiles, je tiens à n'avoir qu'un simple accompagnement... Le chant... c'est moi I »
Un autre jour, que M™* Atala Beauchêne entrait en scène sur un trémolo de flûte, Frederick interrompit de nouveau la répétition et, très poli, chapeau bas : « Excusez-moi, monsieur le chef, dit-il, mais pourquoi donc M™* Atala Beauchêne est-elle toujours accompagnée par la flûte? Ne pourriez-
LES THEATRES DES BOULEVARDS 'ii>\
VOUS avoir l'extrême bonne grâce de lui f... un peu de clarinelteî »
Le 28 octobre 1837. Bayard et TliOaulon font
s SALTIHBAFtQUES "
représenter le Père de la Débutante, un bijou d'esprit et de comique observation. A la même (époque, les Variétés éprouvent le besoin de mélanger les genres, et une reprise des Cuisinières est étayée
par i'adjonclion d'une troupe de danseuses espagnoles qui initient Paris aux joies de la Cachucha!
Puis, c'est répique série des Saltimbanques et des Trois Épiciers^ qui immortalisèrent Odry.
Il est à peu près impossible aujourd'hui de comprendre la popularité dont jouissait un comédien comme Odry en ltS38. On l'imitait, on le copiait ; on lui prêtait des mots, clés calembours; on lui en dédiait. Il était d'ailleurs fort drôle dans Bilboquet, ce tintamarresque saltimbanque qui « . connaît toutes les banques... sauf la Banque de France! » On publiait des Odriana^ recueils de facéties, coqà-l'âne, bons mots, etc., de M. Odry. Une chanson, les Bons Gendarmes^ lui était chaque jour redemandée par une foule en délire, et nous ne pouvons vraiment nous expliquer aujourd'hui en relisant cette abracadabrante éhicubration le succès qui l'accueillit jadis.
Un compte rendu du Mowle Dramatique (août 1838), définit ainsi la première représentation des Bayadères : « Jamais plus nombreuse et plus brillante assemblée ne s'est pressée dans la salle des Variétés. La musique était représentée par M™*Damoreau, ce diamant rare et étincelant entre tous, et par M. Adam, l'auteur du Postillon^ et l'on remarquait dans une loge des premières, voisine de Tavant-scène, le peintre de la Bataille de Taillebourg^ Eugène Delacroix, causant avec une jeune femme au front poétique, au regard inspiré, dans
les traits de laquelle chacun reconnaissait notre grand écrivain, George Sand ! Ce soir-là, Duprez était délaissé pour les Baya'lères, Guillaume Tell pour le Malapou...» Ce fut d'ailleurs un four! On ne saurait croire combien étaient parfois
naïves les pièces offertes à nos grands-parents. Je cueille dans le môme volume du Monde Dramatique, à la date du 28 avril 1838, le compte rendu d'un vaudeville représenté aux Variétés un jour de bénéfice. Cela s'appelle la Voix de Duprez (le célèbre chanteur de l'Opéra était alors h l'apogée de son succès). « Il s'agit là-dedans de l'Elixir vocal
dont on a tant parlé et dont on parie encore à Paris. » Un « employé dans les bitumes », M. Gorinflot, veut en user pour devenir un étonnant chanteur, obtenir Y incomparable voix de Duprez. « Au lieu de prendre le véritable élixir, il avale du cirage à bottes ; au lieu de gagner une jolie voix, il perd sa maîtresse, qui s'envole avec un milord anglais sur un char-à-bancs pour aller se promener à ânes dans les bosquets touffus de Montmorency. » Et le compte rendu ajoute, ce que je comprends : « Pour la première fois, on a sifflé la Voix de Duprez^ et cette bouffonnerie était, paraît-il, Tœuvre du célèbre Odry, Tenfant gâté du public, celui-là même qui, atteint de la manie des calembours, répondait aux applaudissements d'un public idolâtre : « Vous êtes tous des Gdte-Odry? » Et Ton s'esclaffait!... Heureux temps!
C'est à peu près à la même date que le compte rendu d'une petite pièce, Vlnsomnie^ se terminait par ces mots : « M. Roche a fait ce qu'il y a d'ennuyeux dans la pièce, M. Comberousse le peu qui s'y trouve d'amusant. » — C'est aimable !
Quelques années plus tard, Nestor Roqueplan, directeur des Variétés, ayant, à prix d'or, enlevé Bouffé au Gymnase, adjoignit à cet artiste Déjazet, qui, pour une question d'appointements, venait de quitter le Palais-Royal, et c'est une fructueuse série de reprises; puis des créations : Un Conte de Fées^ la Gardeuse de Dindons^ la Fiole de Cagliostro^ et enfin Gentil Bernard^ un vrai succès.
A cette époque, nous apprend M. Lecomle, se place ce curieux épisode. Lors d'une tournée dans le Nord, Déjazet visitant à Ham la prison renfermant le prince Louis-Napoléon, raconte ainsi ses émotions : « Je m'arrêtai avec intérêt devant le petit jardin planté par lui, dont les fleurs semblaient dire : « Nous aussi sommes prisonnières, Fair et la terre nous manquent... » Plus loin, je fis un gros soupir en mesurant le court espace qu'on accordait à sa promenade à cheval... Je détachai d'un mouvement spontané une médaille de Notre-Dame de Fourvières, et la confiai au valet de chambre du Prince, qui précisément passait près de nous en ce moment. Quelque temps après, il s'était évadé ! »
Déjazet fut une femme exquise et bonne, pleine d'esprit et de cœur, et qui écrivait aussi spirituellement qu'elle jouait la comédie.
Le 3 avril 1849, le marquis de Saint-Georges donne Mademoiselle de Choisy, C'était un homme original et charmant,' que ce marquis de Saint- Georges. Je l'ai beaucoup connu après la guerre, vers 1871, et j'en ai gardé le souvenir précis: il avait dû être fort beau et était resté élégant, musqué, corselé. Je me souviens de boutons de corail guillochés qui fermaient son gilet de velours, et qui avaient émerveillé mes quinze ans ! Causeur délicieux, conteur intarissable, il disait avec infiniment d'esprit d'étonnantes histoires. Il racontait ses collaborations. Il mimait Donizetti réglant brus-
quement du papier blanc, le muant en papier à musique, et jetant rageusement des petites notes sur ces portées improvisées, pendant que lui, Saint-Georges, de l'autre côté de la table, confectionnait péniblement un « ours )>, un vague canevas de trio destiné à remplir un vide musical dans la partition de la Fille du Régiment,
— Eh! que faites- vous, Donizetti?
— Mon çer, répondait avec un stupéfiant accent italien, le compositeur interpellé, j'écris la mousique des vers que vous faites.
— Mais vous ne les connaissez pas.
— Ça m'est égal! Sur vos doigts je vous vois compter ounne, dousse, troise; en mousique, j'écris : ounne, dousse, troiss. Voilà, tenez... et, se mettant au piano, Donizetti joue à Saint-Georges ébaubi la musique du trio célèbre :
Tous les trois Réunis..., etc.
Une autre fois, il contait... « J'étais fort intrigué ; dans l'antichambre de mon appartement, rue de Trévise, se trouvent deux bustes qui se font vis-àvis, Molière et Scribe ! Ces bustes, en marbre blanc, avaient toujours le nez noir. J avais beau faire savonner ces deux grands hommes : leurs nez renoircissaient comme par enchantement I Cela tenait du prodige! Enfin, j'eus l'explication. Mon frotteur, lous les lundi matin, encaustiquait,.
LES THEATRES DES BOULEVARDS iol
puis passait à la laine le parquet, et pour se tenir en équilibre, pendant ces glissantes opérations,
THÉODORE BARItliinE ET HENRY UURGEtl
il prenait alternativement son point d'appui sur l'un et l'autre de mes deux nez, et ses mains étaient noires... Il daigna se rendre à mes prières, et mes bustes ont enfin le ne?, propre! »
M. de Saint-Georges était vieux, mais dissimulait les années avec un art merveilleux. Auber, son vieil ami, disait de lui : « Je ne sais vraiment pas son âge : toutefois, je me souviens que, vers 1792, ma nourrice, qui était fort jolie, m'emmenait jouer au Jardin-Égalité, et là un monsieur déjà mûr lui faisait la cour et m'offrait des macarons... C'était Saint-Georges. Nous sommes en 1869, concluez!...»
C'est à Saint-Georges qu' Auber murmurait, un jour d'enterrement : « Vois-tu, je me sens partir. Il me semble que c'est la dernière fois que je viens à un enterrement, en amateur. >>
Paitvre Auber, il devait mourir seul, presque abandonné, pendant les derniers jours de la Commune de Paris, en même temps que tombait la colonne Vendôme. On déposa son corps dans les caveaux de l'église de la Trinité, et ce fut seulement le 15 juillet 1871, que ce charmant artiste eut des obsèques dignes de son grand talent.
Le 22 novembre 1849, première représentation de la Vie de Bohême, C'est un succès fou. Barrière avait mis à la scène l'adorable fantaisie de Mûrger, les recettes étaient superbes, et Mûrger, à la fin du mois de décembre, ne fut plus en droit de répondre au facteur qui lui apportait son almanach annuel : « Je ne sais trop si je devrais prendre votre calendrier... je n'ai pas été content du dernier I »
Le 7 juin 1855, Hippolyte Cogniard est nommé directeur des Variétés. Les Enfants de troupe^
C HALÉTY VERS 1865.
comédie de Bavard el de Biéville, jouée par BoulTé, Ambroise. Michel, M"" Laurence, Genot, etc., sont U0 gros succès ; de 18oS à 1869, Dupuis, Grenier, Couder, Leclère, Lassagne, Christian, Hittemans, Hervé, Btondelef, Baron, M"" Schneider, Alphonsine, Judith Ferreira, Aline Duval, Silly, Zulma BoulTar sont engagés. La belle troupe, les excellents artistes ! C'est eux qui auront l'honneur d'interpréter la plus grosse partie de l'étincelanl répertoire d'OITenbach, de Meilhac et Halévy ; c'est eux qui attacheront leurs noms à la plus joyeuse période de l'opcretle Trançaise.
Quelques titres évoqueront quelques souvenirs : La Lanterne Magique (1856), Ohé! les Petits Agneaux, de Cogniard et Clairviile (1837), les Chevalien du Pince-Nez, repris plus tard à Déjazet, où apparaît la si plaisante silhouette de Chabannais, le vieux noceur bossu, zézayant, fanfaron, casseur de cœurs et crâneur, un petil-fils du célèbre Mayeux, Le 6 octobre 1860 marque le début aux Variétés d'une collaboration célèbre : Henri Meilhac et Ludovic Halévy donnent. Ce qui plaît aux hommes, pièce en un acte, mêlée de prose, de vers et de couplets (Meilhac fut seul nommé sur la brochure). Ludovic Halévy, fonctionnaire, avait gardé Tanonymat.
Ce qui plaît aux hommes était joué par MM. Raynard, Ch. Potier, M'°" Durand, Ulric Lejars, Sophie, Leblanc, etc. ; et l'argument scénique donne cette indication vague, '< un jardin près de
Golconde : au fond, un kiosque, à gauche, sur le devant, un télégraphe électrique ».
Formosine (M"' Garnier) y chantait ce joli rondeau où se trouve déjà la grâce capiteuse des vers de la Périchole :
Ce. livre est celui de
[rAmour ; Il est aussi vieux que le
[mondp,
Et sur cette terre, à la
[roude,
Chacun doit le lire à sou
|toui-.
Si les pages en sont brù-
[ianles,
C'est qu'elles gardent la
(chaleur
De toutes les mains fré-
[missanles
Qui les tournent avec
[ardeur...
Et lAmoursc présentait ainsi :
L'Amour... c'est moi... Je suis... comment faut-il le dire'
On l'a déjà tant dit et de tant de Taçons 1 Je suis... vous le savez, puisque je vous vois rire,
Et déjà nous nous conuaissons !
Je snis celle de qui tout le monde s'occupe
Celle que du théittre on voudrait voir partir,
Hais que sournoisement on retient par la Jupe,
Tout en lui disant de sortir!...
at
N'est-ce pas charmant, et ces jolis vers ne méritaient-Ils d'être remis sous les yeux du public?
Un nom apparaît pour la première fois sur l'affiche : celui de M'" Leblanc (rôle d'ignorantine) ; c'était l'admirable Léonide Leblanc, si royalement belle, que Lambert Thiboust avait découverte dans un bouibouis de Belleville. Meilhac la trouve exquise et lui décoche ce quatrain :
Si le Roi du Parc aux amours Régnait encore, petite fille.
Vous seriez Reine avant huit jours...
Hoi, je serais à la Bastille !
Puis vinrent te IHentiet de Danaé (20 avril 1861), Brouillés depuis Wagram, Un Mari dans du coton, l'Homme n'est pas parfait, ce petit chef-d'oeuvre d'émotion populaire, où l'acteur Christian obtient le plus justifié succès.
Ce Christian était un être cocasse, une sorte de Bobèche, d'une gailé folle qui souvent dépassait les limites convenables, mais c'était toujours si imprévu, si exorbitant qu'il était impossible de ne pas pouffer de rirel Sur la glace de sa loge était collée une inscription ; Les raseurs sont pri^s de ne pas moisir ici. Sa conversation, toujours amusante, était émaillée d'horribles calembours, et puis il avait des inventions abracadabrantes. Dans une pièce qui n'eut que quelques représentations, la Clef d'or, Christian jouait un homme du monde, et Christian en homme du monde constituai! déjà un
poème de drôlerie; il exagérait le « comme il faut » de son rôle; fort bien mis, il étonnait par son élégance. Soudain un fou rire secoue la salle, alors que la pièce sombrait dans l'ennui : au cours d'une scène des plus sérieuses (autant qu'il m'en souvienne, on réglait les préparatifs d'un duel), Christian, renversé sur uncanapé, avait croisé les jambes, et au beau milieude l'une de ses bottes vernies dont l'aveuglant éclat avaitTail sensation, une carte àjouers'étalait,collée sur la semelle,
— un as de pique.
— C'était purement idiot... mais si imprévu, si comique !
L'auleurde la pièce seul ne riait pas !
Je me souviens qu'un jour, au château de Chantilly, où nousavions été conviés à déjeuner, mon père et moi, par M»' le duc d'Âumale, nous vîmes arriver Christian, qui en sa qualité de maire d'une commune voisine avait été invité, ainsi que d'autres maires de l'Oise.
11 avait cru devoir, pour la circonstance, endosser le frac de soirée et la cravate blanche.
S6f ANCIENS THÉATReS DE PARIS
<i — Oh! que vous Hes beau, cher i Chrtslian! fit le Prince.
" — Monseigneur, répondit simplement Chrisli-an, je me déguise tous les soirs pour le public ; j"ai été ravi, ce matin, de me présenter en homme du monde pour vous apporter tous mes respects ! n
Christian mourut, comme il avait vécu, sur les planches. Le soir d'une répétition générale d'une Hevue, il jouait le Compire, avec le costume traditionnel, habit bleu, cHHisTLA» chapeau gris, pan-
talon nankin. Il avait une scpiie dans la salle et semblait inquiet, hésitant, troublé... La scène finie, Christian revient au foyer et tombe frappé d'apoplexie. On le met dans un fauteuil, il revient à lui, et, considérant vaguement tout ce monde qui l'entoure, ses camarades en costumes, les actualités en tenue..,, le timbre-poste, la poupée nageuse, l'exposition, l'électricité, etc., il murmura avec nn suprême sen-
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liment d'orgueil ces mots : « Comme Molière, je meurs comme Molière ! »
Le 19 décembre 1861. premiore représentation
de ta Belle Sé/éne, et tout Paris vient s'amuser à cette délicieuse parodie et applaudir M""' Schneider et Silly, MM. Dupuis, Grenier, Blondelet, Baron, etc.
En vain Janin brandit, dans les DébaU, ses foudres contre * ce perfide, ce traître Halévy, ce
misérable Offenbach qui profanent tous les chefsd'œuvre et tous les souvenirs ». Timothée Trim, lui-même, déclare dans te Petit Journal, qu'il est sorti l'âme navrée des Variétés où l'on insulte ses dieux et que, pour se débarbouiller avec un peu d'ambroisie, il va « relire son vieil Homère », ou déclare qu'il ignore le grec plus encore que le français, et l'on se rue aux bureaux de location.
C'est du délire ; le refrain « Bu qui s'avance » sert de titre h une revue.
Un acteur de troisième ordre. Hamburger, jouait Ajax II dans la Belle Hélène.
DANS « LA ORANUE IHJCHESsÈ » ^**" P^*"^' ~ "" '"'"
che joaillier, — avait tenté de l'éloigner du théâtre :
— C'est un métier de crève-la-faim !
— Mais cependant il y a des exceptions!
— Apporte-moi seulement cinq noms d'artistes ayant fait fortune?
— Tu les auras demain.
En effet, le lendemain il apportait, triomphant.
une liste de dix noms à son père... Mais c'étaient des noms de femmes I
La Grande Duchesse obtint le même succès d'enthousiasme que (a Belle Hélène. On se dispute les
loges, on s'arrache les fauteuils, les représentants connus du monde et du demi-monde emplissent la petite salle des Variétés. L'empereur Napoléon III s y rend seul d'abord, puis y amène l'Impératrice ; le Prince de Galles va porter, durant chaque entr'acte, ses compliments à M'" Schneider, on
signale sa présence dans la loge de Baron — qui jouait le baron Grog, — et Tempereur de Russie
fait retenir lélégraphiquoment de Cologne la loge qu'il désire occuper ; le vice-roi d'Égyple, le roi des Belges, le roi de Prusse, Bismark et de Moltke lui-même viennent applaudir la Grande Duchesse : c'est le triomphe de l'Exposition de 1867 ; les 25 pre-
mières représentations de la Grande Duchesse produisent la somme de 110.483 francs; les 25 premières de la Belle Hélène^ 97.224 francs; les 25 premières de Barbe-Bleue^ 97.558 francs.
José Dupuis, dont nous avons conté les débuts au théâtre Déjazet, était un artiste plein de grâce maligne, de finesse et de cocasserie; son air fin soulignait le mot, et nul mieux que lui ne savait, au moment précis, trouver la note juste qui enlève toute une salle. Avec cela, il possédait une voix charmante de ténor léger, et c'était une joie que de Tapplaudir, alors qu'il donnait si spirituellement la réplique à Hortense Schneider.
Dupuis avait été découvert à Bobino par Hervé, le compositeur toqué, et en lapplaudissant dans Toinette et son carabinier le directeur des Variétés avait eu Theureuse idée de l'engager.
Hortense Schneider, c'était l'esprit, la grâce, l'imprévu; l'œil spirituel, malin, elle chantait délicieusement et mettait dans ses couplets tout un charme captivant avec lequel elle séduisit Paris.
En 1875, les reprises succèdent aux reprises. La Vie parisienne émigré du Palais-Royal, Baron joue Bobinet, l'irrésistible petit crevé, et se fait une de ces têtes étonnantçs qui met une salle en joie... La Vie Parisienne triomphe de nouveau aux Variétés. Ainsi se réalise l'aimable prédiction faite par les artistes aux auteurs, la veille de la première représentation au Palais- Royal :
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« Nous savons mal le cinquième acte, nous l'avons à peine répété, c'est vrai, mais... la pièce n'ira pas jusque-là, et ça n'a aucune importance. »
Labiche, le bon Labiche, donne, avec la collaboration de Ph. Gille, les Trente millions de Gladiator, La pièce pétillait de mots drôles, irrésistiblement comiques : c'était Christian, en valet de chambre, qui gémissait: «Ah! le temps n'est plus où les maîtres s'attachaient à leurs domestiques !... on était de la famille!... on avait les clefs de la cave!... et, quand vous mouriez, on vous faisait une pension viagère... » Et Baron en dentiste grandiloquent et calotte, qui sortait d'étonnants apophtegmes : <*... Sachez-le bien. Monsieur, on hésiterait toujours à donner la première giffle, si l'on savait qu'il faut recevoir la seconde... » « Les dents... ces hochets de la vanité!» Et Dupuis, garçon pharmacien candide et dévoué, jouant les mannequins dans l'antichambre de Baron et s'écriant, à l'entrée de chaque cliente : « Quel dentiste !... 11 n'y a que lui !... Voyez mes dents... elles sont toutes fausses. » u Toutes les fois que j'ai aimé, c'a été pour la vie !... » « Moi, Madame, j'appartiens à une famille où l'on ne se marie jamais... c'est un vœu... »
Les Trente millions de (?/aû?/a^or obtinrent le plus mérité des succès, et ses folies devinrent légendaires.
Meilhac et Halévy continuent à donner aux Variétés une série de petits chefs-d'œuvre : Madame
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attend Monsieur, tes Sonnettes, Tolo ehet Tala, où triomphent Céline Chanmont et Baron.