‹ Andalousia, la perle des andalousesChapitre 10 sur 31 · TOME I g · texte numérisé non relu

TOME I g

Edgar regarda Baraville avec une flerté cruelle; il scrutait sur son visage et semblait descendre jusqn'au fond de son cœur pour savoir si celte parole n'était point une nouvelle ironie,mais Baraville, demeurant impassible,attendait une réponse.

— Voir le monde! s'écria toul-à-coup Edgar avec amertume , savez-vous bien M.le vicomte de Baraville les conditions qu'il impose avant de nous recevoir ? savez-vous à quelle hauteur s'élèvent les exigences sociales? hélas! j'expieaujourd'hui l'expérience que j'ai voulu en faire! il faut comme le monde vouer un culte idolâtre à de folles maximes, briser ou renier souvent en face des hommes qui s'érigent en protecteurs, ses croyances les plus chères; mentir non seulement à tous , mais ce qui est une lâcheté et presque un crime, mentir à sa conscience; avoir l'air de caresser des chimères absurdes parcequ elles

plaisent à ceuxq ui tiennent en leursmains la puissance ; se vautrer dans la boue en face de misérables ou de sots que la fortune et l'intrigue ont favorisés; devenir sceptique pour n'être pas taxé de ridicule et pour suivre l'impulsion de la mode capricieuse qu vous fait marcher à pieds sur de religieuses affections quand le cœur est vierge encore et n'a bu que du ûel à la coupe de la vie! Voilà le monde mon ami , et pour se joindre à lui il faut avoir des loisirs à perdre ; l'âme joyeuse et libre; il faut avoir un nom, de la fortune, car si c'est un ciel pour l'opulence, pour les infortunés qui souffrent, c'est un abîme immense !

— Tout cela est fort beau assurément,dit Baraville avec émotion ; mais le tableau pour être vrai quelque fois est trop sombre; en attendant, je tiens à te prouver le contraire et tu ne refuseraspassans doute h venir offrir

tes hommages à la belle duchesse espagnole qui m'a chargé de te conduire chez elle.

Et il lui raconta rapidement ce qui s'était passé.

— C'est reprit Edgar, une nouvelle preuve de ton dévoûment pour moi cher Caraville : je suis confus de tant de marques d'amitié mais je n'accepte pas.

— Je t'y conduirai de force s'il.lé faut.

— Rainier, je ne le peux ni le dois.

Et en ce moment Edgar jouait avec ses dernières heures de vie, il faisa t sonner l'une sur l'autre ses quatre pièces de cinq

francs.

— Sans doute il y aura beaucoup de monde chez ta duchesse, dit Edgar après une pause silencieuse.

— Un monde fou mon cher, commechez un prince régnant. Nous y rencontrerons ce fat de Bréval qUi sera forcé de s'humilitT.

Ah! s'écria rudement Edgar, j'accepte!

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