‹ Andalousia, la perle des andalousesChapitre 17 sur 31 · MISERE ET DESESPOIR · texte numérisé non relu

MISERE ET DESESPOIR

Une sage religion est tout....- c'est elle qui soutient l'homme et lY;R"ve au dessus de lui-môme.

(YocNG— l'immortalité-)

Quand l'adversité est rude et continue, l'àme la plus religieuse qui s'est épuisée en prières sent parfoi» germer en elle le seplicismeà l'égard de Dieu.

COMTE I.. DE ClIABirt.

Plus Edgar approchait de la tombe et plus ses tortures devenaient insupportables; il y a des âmes chez qui le mal va toujours progressant ; il lui semblait qu'un mauvais ange planait sur ses destinées et

appesantissait sa main de fer sur lui ; l'amour de cette jeune fille si naïve et si insensée , cet amour qui lui promettait un bonheur si grand ne fut plus à ses yeux après les heures de la réflexion qu'un sentiment odieux. — Le remords, ce cancer moral, vint achever l'œuvre; et, cédant à tant de malheurs, il n'eut pas la force de soutenir cette lutte orageuse et se laissa cheoir au bord de l'abime ouvert, tout anéanti, incapable d'une pensée , et n'attendant qu'un souffle pour rouler dans l'éternité.

La religion , cette perle lumineuse qui brille sans cesse et guide nos pas chancelans dans les ténèbres; la religion, non celle que nous ont faite les prêtres catholiques la plupart sous le poids d'une haute et ambitieuse puissance, la plupart forcés dans leurs consciences, mais la re-

ligion émanée de l'Évangile, toute simple, toute suave et pleine de poésie ; cette belle fille du ciel qui console les affligés et cicatrise les plaies saignantes du cœur ; qui dit de pardonner les injures et de séparer avec le pauvre le superflu de la vie opulente , eh bien , Edgar , le poète religieux, avait oublié, dans son amer délire , la plus belle et la plus touchante pensée de Dieu ! C'est qu'il y a parfois dans la vie des instans d'égarement où les pensées d'espérance sont éteintes , où tout s'oublie et se perd ; et l'on s'abandonne à la mort sans songer s'il existe au delà une vie plus mauvaise ou meilleure. L'amitié qui est un sentiment saint, engendre même le doute, et l'on ne songe plus qu'à voiler sa tête du pan de son mantean.

Edgar en était là de l'existence. Trois

jours avaient passé longs , et froids , et pleins de tortures depuis la soirée de madame Durosier où un amour si frais et si jeune s'était révélé à lui, et depuis cette soirée Edgar n avait pas quitté sa chambre ni pris aucune nourriture. Il s'était débarrassé de tout ce qui lui restait afin que nulle criaillerle de créancier ne vînt outrager sa froide dépouille; puis, dans l'affreuse solitude des nuits il avait compté les heures par les minutes, les minutes par les secondes, et ce n'était pas sans une horrible souffrance qu'il songeait que chaque battement de l'artère emportait une parcelle du peu de vie qui lui restait. Et son sang allumé par la fièvre, le désespoir et la faim lui brûlait les veines, le cœur et la tête. ! et ce qui le brisait davantage encore à son heure dernière, c'est qu'il

— â25 — n'avait plus de larmes et que des larmes auraient allégé ses souffrances.

Une lettre désespérante de son députéprotecteur arriva sur ces entrefaites; la plus grande sécheresse de cœur l'avait dictée: après de magniGques promesses que ce député pouvait réaliser mieux qu'un autre, il donnait le coup de grâce, et, désormais rien ne pouvait retenir ce pauvre jeune homme.

Il ne voulut pas tenter un emprunt d'argent. Un refus lui eût semblé trop cruel. — Et le doute et l'appréhension, ces effroyables tortures morales semblaient à son esprit inquiet plus hideuses encore que ia réalité.

Alors, il mit en ordre de pagination les volumineux fragmens d'un livre , et s'en alla trouver un célèbre libraire, — Que je ne meure pas du moins comme

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