‹ Andalousia, la perle des andalousesChapitre 19 sur 31 · LETTRES D'EDGAR · texte numérisé non relu

LETTRES D'EDGAR

A M. LE VICOMTÏ I>B BARAVILLE,

— Après mon père.tu as été mon seul ami.

Jusqu'au jour où tu vins chez moi nulle con-

^ solation ne m'avait été offerte ; nulle âme

n'avait cherché à sonder les blessures de la

mienne , êh bien, Rainier, tu fis tout poui*

moi, quand j'en étais indigne !.... Jeté rends grâces de l'amitié de ton noble cœm-.

Ma destinée nous sépare. Je ne te reverrai jamais. C'est un grand voyage que j'entreprends ; un voyage dont on ne peut fixer la durée tant le hasard peut le rendre éternel. — Ce que je puis t'assurer c'est qu'il sera long ; périlleux , je ne sais ; triste , oui.

Peut-être aurai-je à souffrir. Quelquesuns l'assurent. Mais ne suis-je pas familiarisé avec les plus affreuses tortures morales ! Et tu n'ignores pas toi dont le cœur recèle une bonne et sage philosophie que les grandes choses qui effraient les âmes vulgaires centuplent le courage des âmes supérieures : non que j'aie l'orgueil de me placer haut , mais je sens ma force et je ne faillirai pas durant le trajet quoique mes esprits soient agités par un certain effroi. — Mais l'homme le plus stoïque ne

se sépare pas de ce qu'il a de plus cher sans jeter au vent une plainte amère et sans répandre de cuisantes larmes d'adieu. Tu daigneras me pardonner n'est-ce pas mon excellent Rainier si j'ai manqué de confiance envers toi, si je ne t'ai pas ouvert mon sein. Mais semblable au religieux silence que garde un noble conjuré dans une entreprise sacrée et sainte, il en doit être de même pour le serment juré à l'âme en pensant à Dieu 1 Tu me reverras peut-être Ramier , mais je crains que cela ne t'afflige.

Je te prie d'accepter mon Histoire de l'art au X vr s/èc^ec; ce livre t'est dédié, publie-leavec mon nom , cela flattera mon amour-propre . et les artistes en lisant ces pages , sauront gré peut-être à un de leurs irères, d'avoir cherché h découvrir la plaie qui ronge le grand colosse de l'art moderne.

Si un mois s'écoulait sans que nul indice t'indiquât ma trace, oh ! alors cher Rainier, donne parfois un souvenir dans tes prières au malheureux Edgar !

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