‹ Andalousia, la perle des andalousesChapitre 22 sur 31 · TROIS FEMMES POUR UN POETE · texte numérisé non relu

TROIS FEMMES POUR UN POETE

Pendant que le malheureux Edgar cherche une arche du pont ou la glace soit brisée, nous allons l'aire apparaître de nouveau sur la scène tous les principaux personnages de cette histoire.

Anclalousia , prolondément attristée de l'abandon affecté d'Edgar, avait imaginé mille moyens pom- le faire revenir, et son esprit ne s'étant arrêté qu'à de médiocres pensée^*à cause des convenances du monde qui l'arrêtaient , elle restait dans une indécision pleine de tristesse, ne pouvant captiver avec vulgarité un homme dont la conduite était si hautaine et si mystérieuse.

Elle l'aimait, et cet amour venu dans l'ombre et malgré elle , faisait des progrès rapides à mesure que les obstacles croissaient. Puis une indiscrétion de Baraville qui lui avait fait lire de ravissantes poésies d'Edgar, avait tellement échauffé son enthousiasme que le souvenir de ce jeune homme emplissait toutesa vie. Alors elle résolut de s'arrêter à la coquetterie , peut-être n'est-ce pas ce mot qui convient. — Elle voulut le rendre jaloux. — M. deBréval devint plus que jamais

son familier ; il la conduisait à l'Opéra , caracollait près de sa voiture au bois de Boulogne et obtint, grâce à sa considération , une place importante aux affaires étrangères. Les créatures de la duchesse le disaient hautement à qui voulait l'eniendre; les plus iméchans en médisaient,les bonnes âmes n'y voyaient qu'un bienfait , et Baraville , dont l'esprit n'avait pas une très grande portée , s'en réjouit en voyant toute l'étendue et la ibrce du crédit d'Andalousia, qu'il parviendrait sûrement à intéresser en faveur d'Edgar, afln qu'elle le poussât aussi à la fortune. ■

Tout cela parvint vaguement à l'ouïe du pauvre poète ; mais il n'y prit garde , et la duchesse fut forcée de lui adresser une nouvelle invitation à dîner qui resta sans réponse, car elle vint dans un moment d'affliction si grande qu'Edgar la lut à peine et n'y songea plus.

La maison de madame Durosier était deye-

nue toute triste ; quatre jours avaient passé depuis la soirée célèbre , et leur salon restait toujours désert : M. de Baraville était allé pour quarante-huit heures à Fontainebleau , et Edgar n'avait donné aucun signe de vie. Madame Durosier et sa fille s'affligèrent de ce délaissement de la part de leurs amis, et toutes deux agitées en secret par leurs passions , elles cherchaient à faire naître la conversation à propos du poète avec une étonnante diplomatie.

Durant quatre jours Hébé n'eut qu'une longue pensée ; c'était toujours l'image adorée d'Edgar; durant quatre nuits elle ne dormit pas: l'insomnie s'était assise sur sa couche ardente , et son cœur et sa tête brûlaient de désirs jusqu'alors inconnus à cette

entant.

Et lors qu'elle se trouvait le jour dans le salon avec sa mère , toutes deux seules ,

et la tête remplie de leurs pensées de la veille, le premier nom qu'elle prononçaient était celui de Rainier non que ce fut un sentiment de tendresse qui l'inspirât, mais parce qu'il entraînait nécessairement l'autre nom chéri- — - Et toutes deux semblaient se comprendre, toutes deux rougissaient, leur sein battait avec force, et leur voix était altérée.

Quand Hébé racontait à sa mère avec sa naïveté d'enfant élevée dans le cloître les belles choses qu'Edgar avait dites, le charme de son langage, l'ascendant qu'il avait sur l'esprit de ses auditeurs , madame Durosier écoutait avec sensualité les récits de sa fille.

Et quand cette femme, oubliant l'extrême réserve qui doit caractériser les mères de famille , dépeignait la belle physionomie du jeune homme, ses manières distinguées et

^ 272 — la noble fierté de sa tenue, Hébé, l'œil étincelant ; la bouche entr'ouverte , demeurant immobile, dévorait les louanges dont sa mère accablait son amant. — Toutes deux aimaient cet homme qui expirait dans les tortures.

— Mon Dieu, disait madame Durosier; je ne sais ce que tout cela signifie ; nous ne voyons personne. Je n'ai reçu qu'une carte de M. Daunin qui devient de plus en plus ridicule. M. de Baraville n'est pas de retour et je suis surprise de n'avoir pas vu M. Edgar qui d'ordinaire, affecte une si exquise politesse.

— En effet, ma mère.... vous me le faites remaquer.

— Il me semble reprit madame Durosier que, après l'indisposition qui l'a tant l'ait souffrir ici , il aurait dû venir nous rassurer ou au moins nous écrire.

•— Sans doute ma mère.... mais vous savez qu'il travaille beaucoup.

— Le travail ne doit jamais empêcher un homme comme il faut d'avoir des procédés répartit madame Durosier avec vivacité.

Elles oubliaient les deux dames qu'il y avait quatorze degrés de froid. — Et la volonté de Dieu qui commande aux destinées humaines.

En ce moment , sans se faire précéder par un domestique , selon sa coutume , Rainier de Baraville se précipita dans le salon tout haletant , l'œil hagard , et le visage contracté par le plus violent effroi!....

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