L INSOMNIE
Vous compromettez trop \otre !>exe et sa pudeur en quittant ainsi la ville. et vous livrant seule?» la merci d'un homme qui ne vous aime point; en vous confiant inprudemment aux ombres dangereuses de la nuit, aux conseils funestes de la solitude avec le riche trésor de votre virginité... .
HÈLÈ Km,
L'amour ne voit point avec les yeux du
corps, mais avec ceux de l'âme. Et voilà
pourquoi l'ailé Cupidonest peint en aveugle.
SHAKSPBAEE.Lesojig'e d'une nuit d'été.
L'égoïsme ou l'oubli empêchèrent Andalousia d'avertir Baraville de ce qui s était passé ; nous croyons , si nous avons bien com-
pris le caractère de cette femme , que c'était l'égoïsme tant elle était désireuse de posséder Edgar secrètement pendant quelques heures, espérant à force de soins et de dévoùment lui faire oublier son injustice passée et le soumettre à un joug que tant de beaux cavaliers enviaient.
La trinité doctorale avait décidé à huis-clos que le jeune malade se sauverait à grand' peine de cette crise affreuse; et au fond de leur âme pas un d'eux n'avait la plus mince lueur d'espoir. Néanmoins , ils se trouvèrent d'accord pour faire une potion , ce qui est une chose rare pour des docteurs. Or, ce breuvage, semblable aux filtres merveilleux des conteurs arabes , ne devait opérer qu'après douze heures , et pendant ces longues heures d'agonie il fallait veiller sans cesse le pauvre mourant.
Ce fut Andalousia qui voulut veiller.
Les docteurs après avoir reconnu la gravité du mal, Yoyant r anxiété inouïe de la duchesse ne voulurent point l'effrayer davantage et ils gardèrent un silence absolu. Elle employa tout pour les séduire; elle voulait leur arracher une parole d'espoir, mais la crainte de compromettre leur science les rendit inexorables; et ils l'exhortèrent à attendre patiemment l'effet de leur breuvage.
La pendule avait déjà sonné plusieurs fois et, lorsque le léger marteau , en tombant sur le cône d'acier, faisait vibrer un son clair et prolongé , la duchesse remarquait une grande agitation sur le visage d'Edgar. Et ses muscles se gonflaient, ses mains prenaient avec force les glands d'or du riche édredon qui le couvrait , et quoiqu'il eût les yeux fermés on pouvait néanmoins remarquer sur ses traits une frayeur excessive.
Dévouée comme un ange l'est à l'àme qu'il
aime . la duchesse arrêta la pendule ; on eût dit qu'elle craignait même de respirer tant elle souffrait de voir souffrir ce pauvre jeune homme! Ah! que peut-on comparer à l'amour dune noble femme? quel autre sentiment a en lui-même assez de force pour inspirer une prévenance aussi illimitée ?
Bien des heures s'étaient écoulées depuis le départ des médecins; nul bruit de voitures, ou lointain ou rapproché, n'arrivait jusqu'au lieu où l'àme de l'un veillait pour le corps de l'autre; seulement, à de fréquens intervalles, le vent du nord , s'engouffrant dans les vastes pièces et les immenses corridors de l'hôtel, faisait entendre desgémissemens et des plaintes aiguës et soulevait parfois les courtines de soie qui ornaient les portes.
Dans un pareil silence, ces bruits mystérieux étaient de nature à effrayer une femme qui veillait un mourant.
Et la duchesse ressentait réellement un violent effroi; et elle pleura.
Alors, Edgar vint ajouter encore à ses terreurs; d'un bond, il sortit à moitié du lit et fixa sur elle ses yeux noirs tout hagards — des yeux qui ne voyaient pas.
— J'ai bien froid s'écria-t-il....je tremble... et j'ai faiml Mais demain je ne
redouterai plus ni la faim ni le froid ! ... Je ne puis plus pleurer.... j'ai faim!!
Et se prenant à rire avec une convulsion effroyable , il retomba moins agité.
Après quelques minutes d'une complète immobilité , un léger ràlement s'exhala de sa poitrine, et sa respiration annonça une grande souffrance.
C'était le délire qui revenait, mais un délire paroximique, épouvantable!
— Ah! dit-il en cherchant à repousser quelque fantôme qui lui apparaissait, je sau-
rai bien n'affranchir de ce joug q ui me pèse si fort. Demain je n'endurerai plus les tortures du froid... Mais retirez-vous Mademoiselle; non, non c'est inutile! vous m'effrayez... Il fait froid ici.... por pitié laissez-moi; il ne faut pasque je \t)us aime; laissez-moi... j'entends votre mère.... écoutez! ah! tu me fais mourir! par pitié laissez-moi, il ne faut pas que je vous aime; laissez-moi.... j entends votre mère.... écoutez! ah! tu me fais mourir avec les baisers de flamme. . . .
Il s'arrêta— 'La duchesse l'œil étincelant s'était approchée du lit , écoutant avec an goisse les paroles incohérentes d'Edgar ; une autre qu'elle était aimée , et déjà la jalousie, ce supphce de toutes les heures , s'emparail de son esprit et le torturait.
=— Que j'ai donc de fautes à me reprocher reprit-il ; que ma concsience est bourrelée de remords au moment où je vais mourir !..
avoir tant souffert et être en proie au doute d'une vie plus mauvaise.... c'est affreux!... allez Hébé, gardez votre cœur pour un autre; ma vie est triste et répand l'infortune autour d'elle. Le cœur est comme une robe de bal, éblouissante de blancheur, de fraîcheur et d'emblèmes artiticiels ; quand cette robe a servi une fois, elle est fanée— ainsi du cœur, après le premier amour il se flétrit... et, comme je vais mourir , gardez votre cœur.
— Mais il faut que je me recueille , car la dernière heure d'un homme doit être solennelle.... Je vais écrire à Rainier , lui le plus noble des amis.... Je ne veux plus pensera cette jeune fille, je ne l'aurais pas aimée.... c'eût été un crime, — Mais je dois écrire à la duchesse.... elle est si admirablement belle cette femme !
L'Espagnole s'approcha encore plus près