TOME I
du lit et se pencha sur le visage du jeune homme , afin qu'aucune parole ne lui échappât.
Alors Edgar redit ce qu'il avait écrit la veille dans la lettre destinée à Andalousiar vingt fois elle eut la pensée de se précipiter sur lui, de l'ensevelir sous son sein et de l'accabler d'enivrantes caresses, mais les médecins avaient prescrit un silence absolu de douze heures.
Le délire d'Edgar continuait toujours.
— C'est celte femme que j'aurais adorée ; toutes mes douleurs se seraient évanouies en voyant ses gracieux sourires.... je l'aurais tant aimée ! et il faut que je meure î Mourir avant d'avoir connu l'amour... , moi qu'un baiser de la fière duchesse eût rendu fou de bonheur.
— Eh bien , s'écria l'impétueuse fille des
Espagnes, toute hors d'elle même et ne pouvant résister davantage à cet amour dévoilé d'une manière si bizarre et si passionnée, tu seras heureux pauvre ange!
et tu ne mourras pas car je sais ton secret maintenant. Tu m'aimais! Ah! que ne peux-tu Ure dans mon âme, tu verrais que ce bonheur dont tu doutes est un rayon de lumière qui guidera désormais ta marche.
Cette crise violente qui pouvait tuer Edgar, opéra un prodige : le déUre cessa tout-àcoup , le sang se calma. La fièvre abattue et vaincue par le breuvage laissa recouvrer au malade toute son intelligence et son calme habituel. Puis un sommeil profond s'empara de lui; son visage perdit l'empreinte de douleur qui s'y était attachée, et la duchesse , rassurée et heureuse n'essaya plus guère à surmonter la fatigue
qui l'accablait; puis la tête appuyée sur le chevet d'Edgar, elle s'endormit dans la plus gracieuse attitude, semblable à ces nymphes antiques des fresques de Pompéï , ou des ravissantes amphores de Sélinus.