I . Une soirée perdue
a. Revue de Paris, op. cit.
ANDRÉ GHâNIER CRITIQUE 33
la défiance. La Critique remonte aux textes, mieux connus, et s'aperçoit qu'elle faisait fausse route. L'auteur des Élégies et de \ Hermès est certainement l'homme de son siècle. Il est voltairien. Il vénère Buffon. Le mouvement encyclopédique l'entraîne et le passionne. Il se fait fort de condenser en un vaste poème les connaissances de son temps. Sensualiste et librepenseur, athée même « avec délices», il voulait exposer les lois immuables de la Nature, marcher sur les traces de Lucrèce et chanter en vers éloquents l'hymne de l'Homme à la Science.
Son matérialisme est instinctif; c'est presque inconsciemment qu'il subit la loi commune d'après laquelle, au regard des poètes, toute philosophie se tourne en panthéisme. Dans les poésies légères, il dépasse de toute la hauteur de son génie la banalité froide de Le Brun, de l'abbé Delille. Mais il ne réagit nullement contre leur phraséologie. Ainsi qu'eux, il affectionne la périphrase :
Le suc que d'Amérique enfantent les roseaux Tempère au moins un peu les breuvages d'absinthe^,
Delille aussi, quelque part, appelle le sucre (( le miel américain». — Ailleurs, ce sont les Ris qui se jouent auprès de la Frivolité :