Hermès, prologue du chant m
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son déclin. Tenons même pour certain que Chénier a fortifié, dans le milieu où il vécut, son amour inné de l'antiquité. Tous ne faisaient pas du grec une étude particulière ; mais la société polie prétendait avoir des notions de tout. De fait, il faut signaler, dans cette deuxième moitié du siècle, une intéressante renaissance de l'idée païenne. On ne rit plus guère des femmes savantes, qui embrassaient les gens « pour l'amour du grec ». Beaucoup de personnes intelligentes s'eiSbrcent de mieux connaître la vie antique, longtemps négligée ou déguisée. Les excursions lointaines se multiplient. La découverte des restes de Pompéi et d'Herculanum avait éclairé les dessous d'une civilisation mal interprétée jusqu'alors. Le temps est passé où l'on dédaignait les poteries grossières et les ustensiles de ménage exhumés dans les fouilles. L'humble lampe d'argile nous instruit au même titre que le « sceptre à clous d'argent » . La tunique de l'esclave fait oublier parfois le manteau du Roi des rois. On comprend enfin que les Anciens étaient des hommes comme nous, et non pas des demi-dieux.
A mesure que l'archéologie vient au secours de l'histoire, on tient à mieux lire les auteurs secondaires d'une littérature jusque-là limitée. Des érudits publient les Anthologies et les poetae minores, qui sont à Homère et à Sophocle précisément ce que la Boulangerie de Pompéi est
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au Parthénon d'Athènes. La curiosité s'en mêlant, les écrivains entreprennent de rendre toute cette science de fraîche date attrayante pour le grand pubUc. Les Antiquités de Gaylus étaient trop savantes. Le Voyage du jeune Anacharsis mettra la vie grecque à la portée de tous et (( l'antiquité en petits carrés de papier ». Chénier applaudit à ces tentatives. Pour s'instruire vite et bien, il interroge les voyageurs rencontrés dans les salons où il fréquente ; il consulte les publications françaises et étrangères ; il encourage les artistes, en particuUer le peintre David, fondateur de l'école dite antique. (Plus tard, pendant la Terreur, il s'accusa de l'avoir chanté I ) Par là, sans cesser d'être en communion d'idées avec ses jeunes contemporains, il pénètre chaque jour davantage dans l'intimité rétrospective des Athéniens et des Alexandrins. Le contraste est frappant entre ces ancêtres et les Français du règne de Louis XV. Mais la clarté, la mesure, le bon sens, sont les quaUtés dominantes de l'âme grecque. Il faut qu'elles redeviennent françaises. Se plier à cette discipline, c'est mieux comprendre l'homme et la vie; c'est fuir la convention et le fatras. Les Grecs, dit le vieil auteur, (( marchent dans la lumière ». Les rayons de cette lumière dorent les sommets de l'Acropole et dessinent sur le sol; en une ligne d'ombre violette, la lance de l'Athéné protectrice. Réchauffées à ce foyer
généreux, la littérature et la société se réveilleront progressivement. Les modes mêmes vont se transformer. L'esprit grec aura loisir de s'épanouir, grâce à la Révolution» en une imitation quelquefois maladroite, mais souvent utile et heureuse.
V. — Doué d'un instinct précieux, André devait devancer la marche des événements.
Quand hien même il se fût senti méconnu, il eût tenté de recruter des adeptes. Sans doute, ce (( retour à l'antique » n'est pas exclusivement son œuvre. Il pénétrera du moins dans l'âme grecque plus profondément que les autres. Il la disséquera, et, par une faculté d'assimilation à la fois puissante et subtile, il adaptera ses découvertes aux besoins d'une poésie nouvelle, mêlant ainsi «des chants français dans les chœurs de la Grèce ». *
Il ne peut être question de relever ici les procédés de travail du poète, sinon d'une manière très générale. Les imitations de détail ont été soigneusement classées par les éditeurs. Leur nombre considérable révèle une méthode exacte et scientifique. Chénier a étudié systématiquement ses chers modèles. De propos délibéré, il les a soumis à un contrôle scrupuleux. A l'un, il prendra une image ; à l'autre, une expression qu'il modifiera, afin de la rendre sienne. L'har-