I. ÉpîtreSy y, à Le Brun
48 ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUE
monîe d'un vers ou le rythme d'une pièce le séduit-il? Vite, il en esquisse une traduction provisoire, et la garde en ses notes, pour la sertir, plus tard, à la place qui lui convient. Ce je ne sais quoi d'immatériel qui est l'esprit d'une époque traduit dans un poème, il le sent et l'exprime, en vertu d'une grâce efficace où il faut bien reconnaître un peu d'hellénisme héréditaire. Jamais la plus exacte des traductions de Théocrite ne reproduira l'afféterie voluptueuse de VOaristys au même degré que l'imitation, très libre, rimée par Chénier. Je ne crois pas qu'il ait connu la nature « uniquement par les jardins anglais ». Il l'a étudiée aussi dans les poètes. L'hôte des villes, l'habitué des salons, l'amant de Fanny, redevient, avec une admirable aisance, un berger de l'antique pastorale, plus sincère qu'il ne l'était quand il dépeignait, dans les Élégies, ses amours sensuelles. Lorsqu'il renonce à décrire les joies qu'il a éprouvées lui-même, les trahisons qui l'ont effectivement blessé, lorsqu'il met en scène les pasteurs et les nymphes, il invente (ou arrange) des détails exquis, évoque des émotions délicieuses :
U Amour aime les champs, et les champs Vont vu naître. La fille d'un pasteur une vierge champêtre.
Dans le fond d'une rose, un matin de printemps. Le trouva nouveau-né...^