‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 19 sur 89 · I. Elégies., i · texte numérisé non relu

I. Elégies., i

ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUE 49

La Poésie se prélasse à Tair libre des forêts et des plaines. C'est alors qu'elle parle le langage éternel de l'amour. Car Chénier n'a point encore lâché la bride à son lyrisme. La nature même de son inspiration première, contrôlée de près par l'imitation, le condamne encore à l'impersonn alité. Si l'on a pu dire à bon droit qu'il est original sui*tout quand il imite, c'est uniquement en parlant de ses poèmes antiques. Ces satisfactions intellectuelles, ces joies discrètes que l'on ressent à soulever les voiles de la Muse grecque, Chénier se proposait de nous les raconter « soit en vers, soit en prose », en un ouvrage dont les fragments, longtemps ignorés, ont été récemment mis au jour*. « Dans cette espèce de roman sur la perfection des arts )), il voulait réunir ses idées générales sur les littératures antiques et modernes. L'œuvre fut interrompue avec la vie de l'écrivain. Telle qu'elle est, elle nous fait encore d'utiles aveux. L'enthousiasme n'y exclut point la critique.

Sous un ton d'ironie mondaine y percent plus d'une fois la crainte de la routine et l'horreur du préjugé. J'y remarque ce spirituel éloge de la simplicité originale : « Les anciens étaient nus... leur âme était nue... Pour nous, c'est tout le contraire. . . Dès l'enfance, nous emmaillotions notre esprit ; nous retenons notre ima-

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