I. L'Invention
5a ANDRÉ CHÉNIBR CRITIQUE
des Muses. Son génie brille et brûle : tel le feu sacré sur l'autel :
Uart Refait que des vers : le cœur seul estpoète^
Chénier, tout rempli du souvenir de ses guides, retrouve même, en soutenant la nécessité de l'invention dans tous les arts, d'intéressantes réminiscences de Boileau. Si tu n'as pas le don de la création, dit-il quelque part au sculpteur, (( laisse-là ton ciseau, prends un autre métier, fais-toi tailleur de pierres ou maçon* ». Est-ce à dire que le poète n'ait pas besoin d'apprendre son métier? Le génie ira-t-il aflTronter à l'aventure ce que l'on appelle encore, en ce temps-là, Tascension du Parnasse? Loin de là : il n'arriverait ainsi qu'à produire des œuvres malvenues et bâtardes. Evitez cet excès. Vous tomberiez d'une chute rude. Que l'exemple de Shakespeare vous profite :
. . . Fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyant Permesse Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs^!
Assurément, « l'influence secrète » agit sur le poète dès sa naissance. Le don de création ne s'acquiert pas, puisque c'est un don. Mais il