I. Épitres, iv
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUE 69
Properce. Il apprécie Aristophane, et met en réserve des plans de comédies lyriques : hardiesse peu banale, à cette époque. Il relit et commente Malherbe, « ce tyran des mots et des syllabes » ; car il aime en lui l'ardeur du grammairien, la conviction attentive du correcteur de textes. Que le poète futur soit souvent mécontent de lui-même : ce sera le commencement de la sagesse. Dès Tâge de dix-huit ans, Chénier contracte l'habitude de prendre des notes. Il élucide le sens d'un passage, le quitte, court à un autre, puis revient au premier, fabriquant le miel de son style, comme l'abeille, à laquelle il se compare volontiers :
Je remplis lentement ma ruche industrieuse^
De là, la composition simultanée de ses poèmes, que, pour ce motif, il laissa presque tous inachevés. Sur des fiches, ou en marge de ses livres, il marque des vers. Un sujet d'élégie ou d'idylle se présente-t-il? Il cherche à l'encadrer dans une forme réellement antique. L'idée première lui est-elle suggérée par Virgile? Il y mêlera des fragments d'Ovide ou d'Horace. Dans V Aveugle, il unit à des 'ters inspirés d'Homère des souvenirs d'Apollonius et des images recueillies un peu partout. C'est une Anthologie dont il compose les morceaux lui-même. Une