‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 29 sur 89 · I. Poésies antiques, prologue · texte numérisé non relu

I. Poésies antiques, prologue

a , On pourrait croire que, loin de ses livres et sous le coup des inquiétudes de l'heure sombre, Chénier ait oublié d'imiter. Pourtant les ïambes sont encore pleins de souvenirs antiques. Gela a-t-il nui à leur originalité ?

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Telle nous apparaît la doctrine, un peu boiteuse, de Vimitation inventrice. Quel sort devait ou pouvait lui être réservé ?

D'abord, en posant ces principes, André Ghénier se sépare nettement des Classiques purs, qu'il avait paru suivre à l'origine. Racine et Boileau n'ont pas imité les Anciens avec cet esprit de système qui caractérise les Elégies antiques, les Idylles, aussi bien que les Poèmes. J'admets qu'on trouve chez eux d'innombrables souvenirs de l'antiquité. Mais, pour reprendre une image de notre poète, ces vestiges font songer aux arches des anciens aqueducs que l'on rencontre dans la campagne romaine ou aux environs des villes mortes. On ne sait où ils aboutissaient, ni d'où leur venait l'eau qui les rendait secourables. Tout en conservant une vénération instinctive pour les Classiques français, Ghénier remonte plus haut qu'eux.

Sans en convenir peut-être, il emprunte sa règle à la Pléiade, et la concilie avec des tendances plus modernes. Ainsi quelques peintres de nos jours glorifient l'école préraphaélite, et cherchent la nouveauté, par un dilettantisme eu-

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rieax d'archaïsme, en faisant revivre un art qui, antérieur aux Maîtres classiques, trébuchait et balbutiait encore. C'est à Ronsard, à Du Bellay, qu'il s'adresse, sans intermédiaires. Rien ne ressemble plus à la chaleur inconsidérée qui anime la Défense et Illustration de la Langue française que l'ardeur avec laquelle Chénier encourage les artistes futurs. Même religion du passé; même confiance aveugle dans les vertus secrètes de l'imitation :

Qui que ta sois enfin, ô toi, jeune poète.

Travaille, ose achever cette illustre conquête... Travaille : un grand exemple est un puissant témoin*.

(C Phidias n'a point ôté d'Homère, avec mUle autres, le Jupiter Olympien. Cherche : il y est encore * I » Il songe aux énergiques réformateurs du XVI • siècle, lorsqu'il écrit : « Les anciens n'avaient qu'à élever, d Nos grands hommes « devaient commencer par détruire' ». Les mêmes expressions, les mêmes métaphores, un mouvement identique, marquent au même coin, à deux cents ans, et plus, d'intervalle, la prose des deux poètes épris des mêmes beautés. Chénier est un Ronsard plus expérimenté, plus diplomate, plus grec; un Ronsard rendu plus avisé par deux siècles d'art et de science.

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