I. Réflexions sur quelques poètes
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n'ont été animés (( d'un véritable enthousiasme ». Là-dessus, il renvoie ses contemporains aux modèles antiques, tout comme eût pu le faire André Chénier. Il énumère les nobles passions, les sentiments « graves et sublimes » qui inspiraient les poètes grecs : « la valeur, l'amour de la patrie, les charmes de la liberté, les présages de la victoire, ou l'honneur de mourir les armes à la main... la majesté des lois... la mémoire d'un homme vaillant et juste... les bienfaits des Dieux. » Si Marmontel avait ajouté à sa liste l'expression des sentiments personnels, tels que l'amour, ou le sentiment de la nature, il serait bien près d'avoir indiqué toutes les sources où s'abreuvera, au XIX® siècle, la poésie lyrique régénérée. Mais il ne faut pas trop demander.
De Jaucourt (qui, d'ailleurs, ne fait guère que piller l'abbé Batteux,) propose de la poésie lyrique une excellente définition : C'est, dit-il, (( un poème de sentiment ». Enfin, Sulzer, dans son article sur FOde (au Supplément), affirme que, dans une ode, le lecteur s'intéresse uniquement à « l'image de l'état intérieur où l'âme d'un poète, doué d'un génie distingué, a été mise, pour un court espace de temps, par quelque circonstance particulière ». Nous touchons à la vérité. L'Encyclopédie développe ces utiles leçons par une étude de l'enthousiasme lyrique, où elle combat la thèse classique. Boi-
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leau et ses disciples ont cru qu'on arrivait à l'enthousiasme par l'esprit. C'est du cœur, au contraire, et de l'imagination, que naît le sublime lyrique, dont le propre est (( de nous élever au-dessus de ce que nous étions ». Quant au désordre lyrique, Marmontel constate que le précepte de Despréaux est devenu l'occasion d'une foule d'extravagances, parce qu'on l'a mal entendu. — Enfin, il n'est pas jusqu'à ' la versification de l'ode qui ne soit singulièrement élargie. Sulzer accorde même au poète le droit de composer une ode dont les strophes ne seraient pas égales et présenteraient diverses dispositions rythmiques, ce qui eût été, pour les Classiques, l'abomination de la désolation.
On doit avouer qu'au sortir des leçons classiques, et après son étude personnelle sur Malherbe, Chénier trouvait dans l'Encyclopédie un encouragement à ses velléités d'indépendance. Par un seul point, l'Encyclopédie reste fidèle à la tradition. Elle n'a point compris que la poésie lyrique, « poésie de sentiment », n'avait que faire de demeurer confinée dans la formule de l'ode ; que ces chaînes étroites l'avaient jusqu'alors gênée dans son essor; que le lyrisme a sa place partout où un sentiment profond s'exprime en poésie ; qu'il est appelé à envahir tous les autres genres, pour les vivifier et les réchaufiTer. Chénier fera ce pas, sans tapage.
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sans se donner les allures d'un réformateur, profitant ainsi des préceptes de ses maîtres, mais les appliquant avec plus de hardiesse, parce qu'il avait ce qui leur manquait à eux, le génie lyrique. En sorte que la deuxième phase de son œuvre doit être considérée, en cela encore, comme une transition entre la firoideur classique et l'admirable expansion du lyrisme romantique.
Quelques lectures suffiront à le montrer.
Parcourez les odes de la première manière : par exemple, celle sur le Jeu de Paume, ou celle sur les Suisses de Châteauvieux. Il n'est pas difficile d'y relever tous les procédés appliqués par Malherbe et recueillis par Boileau. C'est sur quoi certains critiques se sont appuyés, non sans mauvaise foi, pour déclarer que Chénier valait, comme poète lyrique, juste autant que J.-B. Rousseau ou Le Brun-Pindare. Rien ne manque à la formule. L'invocation du début :