‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 44 sur 89 · DEUXIÈME ODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ODE

Salut, divin Triomphe! Entre dans nos murailles!.,.

Puis, la mythologie obligatoire, accompagnée de périphrases : la coupe d'ambroisie, Vaimable sirène, Déhs, Bellone... (Première

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ode); les harmonieux Orphées, les enfants dCEudoxe, d'Hipparque et d'Euclide; Atlas, les Argonautes... (Deuxième Ode); et, comme digne clausule, la métamorphose des Suisses en constellation :

... Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles, . Les Suisses de Collot d'Herbois!

On en dirait autant de VOde à Charlotte Corday. — Pourtant, comme il est déjà vif et sincère, le sentiment qui inspire ces poèmes! J'y verrais volontiers l'application exacte, sans plus, des doctrines de l'Encyclopédie. La vieille forme et le vocabulaire conventionnel sont conservés. Mais une passion couve déjà sous ces cendres. Il est certain qu'ici, la colère et l'indignation sont les Muses du poète.

Ce vocabulaire même, cette formule, Chénier les respectera-t-il par la suite, ainsi qu'on l'en a accusé? Avouons du moins qu'il fit son possible pour s'en débarrasser, qu'il y réussit souvent, et qu'on serait mal venu à lui en vouloir, s'il subit quelquefois malgré lui l'influence de son siècle. Corneille n'est-il point Corneille, quoiqu'il ait parlé trop fréquemment le jargon précieux? Victor Hugo est-il moins grand pour avoir sacrifié dans sa jeunesse aux truculences romantiques, et fait boire à ses héros « l'eau des mers dans le crâne des morts » ? U Hymne à

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la France est conventionnel, soit. Poème de facture, morceau de circonstance. Je ne peux pas, pourtant, n'y point voir l'expression d'un sentiment sincère. Et cette élégie à Versailles (III, 8), qui se présente avec l'apparence d'une ode véritable I Comment ne pas y reconnaître une antithèse, bien lyrique, entre le calme de la nature et le trouble du poète en présence des excès de la Révolution? On n'a pas assez remarqué que ce poème est une ébauche de ce que seront plus tard les plaintes d'Olympio, ou celles de Musset dans le Souvenir. Certes, le ton changera, la langue aussi ; le sentiment se compliquera ; le paysage deviendra plus « romantique ». Mais ce sera toujours la même situation d'âme. Comment nier la sincérité d'André.^

Ainsi, à mesure qu'il avancera dans la vie, l'expression du sentiment lyrique tendra chez lui à se dégager des formules. Cette simplicité, cette vérité qu'il admire chez les anciens. Grecs et Latins, chez les Italiens, jusque chez les Chinois, il cherchera à la répandre en ses œuvres, faisant collection de traits gracieux et d'images aimables*. Il la prônera également dans les pages où il consigne, avec le dessein

I . Je note, entre mille, celle-ci : « O ver luisant lumineux... petite étoile terrestre... prête-moi la clarté de ta lampe, pour aller trouver ma mie qui m'attend dans le bois. » — M. François Coppée songeait-il à Chénier en écrivant la sérénade du Passant ?

d'en faîre un livre, ses impressions critiques. Il me semble qu'il visait les entortillements épiques et lyriques de son temps» quand il écrivait : (( De toutes les nations de l'Europe, les Français sont ceux qui aiment le moins la poésie et qui s'y connaissent le moins. Exposer comment et pourquoi*. » Il n'eut pas le temps de l'expliquer. Mais, bien sûr, il eût ajouté : « parcequ'ils se bercent de phrases toutes faites, et s'enferment dans des formules, au lieu de sentir par eux-mêmes et d'exprimer leurs sentiments. » N'est-ce point une excellente définition du poêle lyrique, que celle-ci : « L'auteur qui demeure éternellement... c'est quiconque, sans apprêt, dit à mesure qu'il pense, écrit comme malgré lui, et, pressé de l'abondance de ses idées, semble contraint de leur ouvrir une issue et de les répandre dans un ouvrage... Quel lecteur peut quitter un livre où il se retrouve partout, un livre qu'il lui semble avoir fait luimême, où il dit à chaque page : J'ai éprouvé cela,.. J'avais pensé cela mille fois... ou bien : Oh! que cela est vrai! J'aurais dû le trouver! Il y a des sentiments si purs, si simples, des pensées si éternelles, si humaines, si nôtres, si profondément innées dans l'âme, que les âmes de tous les lecteurs les reconnaissent à l'instant ; elles se réunissent à celle de l'auteur, elles

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