‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 52 sur 89 · I. EoGBR, L'Hellénisme en France, tome II · texte numérisé non relu

I. EoGBR, L'Hellénisme en France, tome II

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a des scènes admirables. J'avoue que, dans tons ses drames, je n'en connais qu'un seul qui mérite, à mon gré, ce nom, du moins d'un bout à l'autre... Dans Jules César... ce que Shakespeare a copié de Plutarque est fort bon; mais je ne saurais admirer ce qu'il y a ajouté. Les Anglais diront que c'est naturel : ce n'est point là le naturel des Œdipe et des Philoctète. » — La grande bataillea commencé. C'est le moment où Ducis prétend traduire Shakespeare en l'énervant. Plus tard, A. de Vigny, à l'aube du Romantisme, fera jouer Othello « avec le mouchoir » ; hardiesse notable ; et Y. Hugo, après l'avoir quelque peu imité en ses drames, l'adorera danis un livre de ton apocalyptique.

Fautr-il croire qu'André se laissa convaincre par son frère? Ou bien une évolution se fit-elle dans son jugement, comme elle s'était faite dans l'esprit de Voltaire, mais pour d'autres motifs? Toujours est-il que, par la suite, il se montre sévère pour l'auteur de Jules César :

(( C'est une chose étrange dans toutes les httératures que cette foule d'auteurs... sans génie qui s'attachent à un seul auteur, le choient, le fêtent, le prônent, le font le centre de toutes leurs études, de tous leurs discours, rapportent tout à lui, ne voient que lui, s'extasient au hasard sur ses beautés, vantent surtout ses défauts, l'admirent le plus lorsqu'il faudrait le plus l'excuser, et, convulsionnaires de sang-

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froid, enchérissent l'un sur l'autre à inventer les métaphores les plus amphigouriques, les hyperboles les plus outrées, pour le porter aux nues, et les formules les plus hautaines, les plus prophétiques, pour insulter et anathématiser quiconque ne penserait pas comme eux. » — Certes, la période est de longue haleine, et toute gonflée du souffle de l'indignation ; et une note porte ces mots : « Immédiatement après avoir parlé de Shakespeare*. » L'expression (( convulsionnaires de sang-froid » est heureuse. On la rencontre en germe déjà dans un fragment publié par Becq de Fouquières (Œuvres en prose) ; (( ... ces convulsions barbares de Shakespeare, ces expressions monstrueuses et tirées on ne sait d'où, ces idées énormes et gigantesques qui, dans les poètes du Nord, fatiguent et rembrunissent l'âme sans la toucher. »

D'autre part, on connaît les vers, plutôt malveillants,, qu'il a dirigés contre les littératures septentrionales :

Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuages,

Chénier renonce donc définitivement à prôner Shakespeare comme un modèle. Il se rappellera néanmoins quelques-unes des leçons qu'il a prises de lui. S'il avait mené à bonne fin tel de ses projets de drames, j'imagine que l'influence

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