I. Salon de
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de Fauteur se dissimule (c'est un coup droit à Fontenelle); que les pasteurs parlent naïvement et simplement ; qu'ils se servent d'images toujours agrestes, et ne fassent point de métaphysique. Quant au cadre, c'est-à-dire à la description même de la nature, de Jaucourt n'en souffle mot. Ce silence est observé par tous ceux qui ont parlé de l'églogue au x vin* siècle. Soyez sûrs toutefois qu'il était de ceux pour qui la nature a besoin d'être décorée, embellie, ornée de fabriques, égayée de groupes sympathiques, comme dsjis Y Embarquement pour Cythère. Le décor de la pastorale, c'est un bosquet, non un bois, un banc de gazon, non une prairie; un labyrinthe, non une colline; un peu moins qu'un parc, un peu plus qu'un site ; une rivière y devient un ruisseau aux bords sinueux, et ne se permettrait point de couler, sinon entre deux banquettes de roses.
Toutes semblables, et non moins prévues, sont les remarques de Marmontel (Article Églogue).. Il résume les doctrines de ses contemporains, en distinguant trois sortes de bergers : ceux de l'âge d'or (nature ingénue, innocence, noblesse, liberté); ceux qui existent réellement (travaux dégoûtants et pénibles, besoins grossiers, idées basses: et tristes); ceux qui n'existent pas , mais que l'imagination peut créer, innocents, oisifs et polis. Suivent de nombreuses citations, anciennes et modernes. Puis des ba-
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nalités : « l'agréable simplicité » , le c( naturel » , la (f chaleur douce et tempérée », et, pour finir, cette assertion, éminemment classique, que <( tout poème sans dessein étant un mauvais poème » , l'églogue doit traiter « une vérité digne d'intéresser le cœur et de satisfaire l'esprit ».
Tel était l'état oii André Chénier troiivait la poésie pastorale. Telles étaient les leçons qu'il recevait de ses devanciers et de ses contemporains. Que fit-il, en ce genre, et que voulait-il faire?
Notons d'abord qu'il ne fit point, là comme partout, tout ce qu'il voulait faire. Nous n'avons de poésies pastorales que de sa première manière. Or, l'on sait qu'il faut regarder tous ces premiers vers comme des exercices ; c'est ainsi qu'il les jugeait lui-même, à la fin de sa vie. Je n'ai nullement l'intention d'entrer ici dans une discussion cent fois recommencée, ni de montrer comment il imitait Théocrite et les anciens. Ce sont des choses par trop connues.
Il est cependant dans l'œuvre pastorale d'André Chénier un morceau qui mérite une attention particulière. Il est, en général, intitulé Epilogue, et figure, dans l'édition Becq de Fouquières, à la page i44 :
Ma Muse pastorale aux regards des Français Osait ne point rougir d'habiter les forêts.
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Elle voulait, explique le poète :
Faire entendre à la Seine enfin de vrais bergers.
Vers très important. Comment doit-on l'entendre? André avait- il conçu le dessein de peindre les mœurs rustiques de son temps?
Parmi les trois espèces de bergers distinguées par Marmontel (à savoir : ceux qui ont peut-être existé, ceux qui existent et ceux qui n'existent pas), Chénier aurait-il songé aux seconds? ses vrais bergers auraient-ils été des bergers du XVIII*' siècle? Ce serait souhaitable. Mais son œuvre n'en témoigne rien. Chez lui, les personnages seront encore de convention, ou plutôt, de tradition. Au xix*' siècle seulement, nous entendrons parler de vrais paysans, dans les vers de poètes paysans ou vivant avec les paysans : tels Brizeux, de Laprade, Mistral, A. Lemoyne, F. Fabié, etc. — Non I La « flûte de Pan » dans laquelle André soufflera sera composée d'éléments fort divers. Un des tuyaux est baptisé Virgile, un autre Théocrite, d'autres Bion et Moschus. Je crois bien qu'il y en aura un tout petit, à la fin de l'alignement, qui aura nom Gessner. Les paysans, à son gré, seront vrais, parce qu'ils chanteront des sujets simples :
...les ruisseaux, les moissons.
Les vierges aux doux yeux, et les grottes muettes. Et de Vâge d'amour les ardeurs inquiètes,
Ds seront vrais, parce qu'ils seront grecs, et,
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surtout, parce qu'ils s'exprimeront naturellement. Ce qui manque à toute la poésie pastorale française, c'est la simplicité, c'est le naturel. Chénier a entrepris de retrouver cette naïveté nécessaire, à la source grecque. Ce fut l'un des exercices favoris de sa première jeunesse; l'on ne peut nier qu'il n'y ait le plus souvent excellé. Les idylles, les églogues, les épigrammes antiques sont encore parmi les morceaux les plus goûtés de son recueil. Comparez-les, si vous voulez les trouver naXfs, aux pastorales de Fontenelle ou de Gessner.
Plus tard, porté vers d'autres travaux, entraîné par le courant politique, Chénier négligea la pastorale. Mais il maintint toujours la loi de ce qu'il appelait la simplicité grecque contre Taffectation des successeurs de d'Urfé. a Tous ces poèmes (élégies, ^^/ogrue^, stances), écrit-il*, où l'on ne rencontre pas une idée, sont d'une longueur infinie, car on est fort long quand on n'a rien k dire. » — Ailleurs, se souvenant du reproche adressé au Tasse par Boileau : « On rit du clinquant des Italiens... chaque nation moderne a le sien... chacune admire le sien et rit de celui de la nation voisine : toutes ont tort'. » — Encore : (( Les Italiens qui, lors de la renaissance des lettres, firent de ces favole boschereccie^ tant imitées dans les romans et
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I et 2. Sur la Perfection des arts.
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pastorales et bergeries françaises, n'auraient pas dû s'en faire honneur comme d'une innovation. A moins qu'ils n'aient regardé comme une invention merveilleuse ces intrigues confuses, ces méprises, ces reconnaissances, dont encore ils doivent l'idée aux romans grecs qui les avaient tirées des auteurs de la comédie nouvelle, et ces sentiments affectés, ce style recherché, ces dissertations subtiles, et ces amours... qui font de leurs bergers des êtres purement conventionnels, et qui ont rendu la poésie pastorale très ridicule aux yeux de ceux qui ont cru que c'était la poésie pastorale, laquelle n'a pas été mieux connue de beaucoup d'auteurs qui ont mis en tête de leurs bergeries des discours sur ce genre de poésie dont ils nont pas même soupçonné la nature; et leur théorie et leur pratique sont faites l'une pour l'autre*. »
Excellent morceau de critique, à la fois théorique et historique. L'attaque y est directe, et l'allusion suffisamment claire. Elle vise les Fontenelle, les La Motte et les Marmontel. Elle n'épargne pas non plus les poètes du x v ii " siècle , et va frapper jusqu'à Ronsard, jusqu'aux auteurs de Bergeries, si nombreux déjà du temps delà Pléiade. Ce passage paraît avoir été écrit par un homme tant soit peu dégagé de la superstition des modèles.