‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 57 sur 89 · I. Sar la Perfection des, arts · texte numérisé non relu

I. Sar la Perfection des, arts

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Au reste, en avançant dans la vie, André Ghénier devient de plus en plus Tennemi déclaré de l'affectation. Dans les Idylles et les Elégies, il est aisé de noter des traits de préciosité et d'afféterie ; on les a même relevés avec une certaine aigreur. Par la suite, le poète-critique devient plus sévère pour soi-même. (( Il faut être vrai, (écrit-il), avec force et précision ; c'est-à-dire être naïf\ » Gomme exemples, il propose (( la seconde idylle de Théocrite et la dixième de Virgile. » — Et ailleurs : (( Cette affectation à rechercher les pensées éblouissantes et subtiles, les expressions précieuses et énigmatiques, en un mot, tout ce bel esprit qui rendit Benserade célèbre et Cotin ridicule, semblait être le caractère des auteurs français, et était si bien le ton ordinaire, que des hommes nourris aux durs travaux de la mer. . . des généraux. . . des magistrats vantés, après avoir passé les Alpes et vu ce que les arts antiques et moderne ont de plus excellent... revenaient ensuite pubUer... de bizarres insipidités où la fatuité badine, la prétention à être profond, gracieux ou sublime, décèlent des yeux qui n'ont rien su voir et une âme qui n'a rien senti. On ne savait rien dire naturellement... on s'étudiait à avoir un style convulsionnaire, etc". »

Toutes ces phrases réunies composent un

I et a. Sur la Perfection des arts.

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énergique réquisitoire contre Taffectation en général, et, en particulier, contre la préciosité de notre poésie pastorale. — Ainsi, André Chénier ne rencontrait point de modèles chez les Français. Il en a cherché, provisoirement, chez les Anciens, et s'est mis à l'école de Théocrite et de Virgile. S'en fût-il tenu là? Eût-il, plus tard, réaUsé son vœu initial, qui était de faire entendre <( à la Seine enfin de vrais bergers? ^ Vous me direz que nous n'en savons rien, qu'il est aisé de faire des prédictions impossibles à vérifier, que le conditionnel est un mode com* mode, mais incertain. C'est trop juste. Et pourtant I... Nous venons de voir qu'André, résumant ses impressions critiques, s'occupait encore de la pastorale, à une époque où, vraisemblablement, il ne composait plus d'églogues antiques. Qui sait si, en abordant les ce penser s nouveaux », c'est-à-dire les sujets modernes, il n'eût point aussi modifié le cadre de son Idylle? Une note de lui me le ferait croire. C'est celleci, qui est plutôt indiquée et jetée que rédigée : « En parlant des Eglogues de Virgile imitées de Théocrite, et que les poésies bucoliques ne sont ordinairement que des scènes de comédie^ et que versibus alternis opprobria rustica fudit fut l'origine de la comédie ; et la poésie pastorale et la comédie viennent d'une même source, et, depuis, Théocrite imita Sophron. . . » La Critique de nos jours donne raison à Chénier. Plusieurs

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pièces de Théocrite, comme les Syracusaines, sont aujourd'hui classées au nombre des mimes, étant de véritables scènes dialoguées. Je serais donc tenté de penser qu'André Ghénier rêva de relever en France la poésie pastorale, en l'élargissant. Au moment où il abordait le théâtre, comment n'eut-il pas réfléchi que la Pastorale, traitée lyriquement et dramatiquement, peut fournir la matière d'excellentes comédies? Le genre serait alors remonté vers sa source et se fût débarrassé des fâcheuses compromissions où l'avait engagé la littérature précieuse des âges précédents.

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