I. Les Qaatre Vents de l'Esprit (Livre satirique, xxix
a. C'est une des joies de notre époque que nous ayons pu assister à l'éclosion d'une critique fondée, non sur le goût personnel, non pas même sur des principes plus ou moins stables, mais uniquement sur la classification arbitraire et provisoire qu'une récente polémique a établie entre les esprits. Le dernier mot de cette critique ne serait-il pas l'étonnante brochure de M. Stapfer, intitulée : Victor Hugo et l'Affaire Dreyfus ? U est vrai que ce discours fut prononcé à Pessac (Gironde), en juin 1900.
aO INTRODUCTION
proverbe anglais), même les mouches dans le sucrier. » (They ail do it, even the Aies in the suggar-basin.) Par suite, tout critique est exposé à se voir critiqué à son tour. Qu'il n'excommunie point, par principe, toute une catégorie d'écrivains, sous prétexte qu'ils n'ont point le crâne fait de même que lui*. Qu'il se souvienne aussi qu'on reste difficilement à l'avant-garde, et qu'il ne soit pas dédaigneux de ceux qui l'ont précédé. — On rapporte que Sarcey disait un jour à un jeune et déjà illustre écrivain qui l'avait légèrement blagué : ce Ahl votre vieil oncle! Priez Dieu qu'il vous le conserve longtemps. Car, voyez-vous, quand je ne serai plus là, c'est vous, mon cher, qui serez la baderne 1 » — L'anecdote est amusante et instructive. Elle mérite doublement d'être vraie.
I I. M. Gustave Kahn f Nouvelle Revae, janvier 1901) reproche à la a Critique normalienne » de s'occuper actuellement de Victor Hugo (qu'il eût mieux valu admirer a vers i83o »), au L'eu de passer « à de plus modernes exercices ». — Par parenthèse, je ne sais pas du tout ce que c'est que la Critique normalienne. Qui la représente ? Sarcey, ou Prévost- Paradol? H. Taine, ou M. J. LemaitreP M. Faguet, ou Mgr Perraud ? M. Goyau, ou M. Gabriel Monod ? Je ne sache pas que ces esprits soient coulés dans le même moule. Serions-nous encore au temps où le disparu L. Veuillot accusait, en bloc, tous les Normaliens de porter a de la flanelle antirhumatismale » P
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Abordons à présent l'étude d'André Ghénier considéré comme critique littéraire, et voyons quels jugements ont porté sur lui, depuis un siècle, les hommes qui l'ont aimé, discuté et connu. Un fil doit toujours nous guider dans ce labyrinthe. Si dogmatique par tradition, si classique que nous apparaisse André Chénier, . n'oublions jamais que Sainte-Beuve a considéré son œuvre comme « une des expressions précises de l'art». Qu'il soit question d'Amyot, de Boileau, de Régnier, de Racine, de Fénelon, de Vauvenargues, de Bernardin, de Courier, de Musset, partout le souvenir se retrouve du poète qui berça la mélancolie de Joseph Delorme. Or, Sainte-Beuve n'est-il pas l'authentique fondateur de la critique littéraire historique, et même impressionniste? Ne sert-il pas au moins d'intermédiaire entre la méthode classique et les procédés de la Critique contemporaine? N'a-t-Û pas, l'un des premiers, osé écrire : (( J'aime telle pensée de ce poète. . . » ou (( Tel auteur réveille en moi tels souvenirs. »? Si donc il chérit Chénier d'une tendresse mille fois avouée, c'est qu'il procède de lui, intellectuellement.
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Attendons-nous à rencontrer, dans les tentatives et les aspirations d'André Chénier, l'effort d'un esprit ouvert et libéral pour s'affranchir des liens de Tancienne Critique classique. Retenu, ligotté, emmaillotté dans ces langes incommodes, il désira conquérir pour lui-même une liberté qu'il réclamait pour autrui. Il rêva d'appliquer ce franc exercice de la pensée, pour lequel il sacrifiait sa vie, aux jugements littéraires, comme aux opinions politiques. Qui sait si la révolution n'était pas plus malaisée à soulever dans l'ordre littéraire qu'à déchaîner dans l'ordre social?