I. Évolution de la poésie lyrique t tome 1], p
l8o ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUE
nous opposant ». Or, se poser ^ c'est précisément exprimer son être intime, son moi, c'est-à-dire donner une voix à ses sentiments intérieurs, c'est-à-dire faire œuvre de poète lyrique. Voilà pourquoi tous les grands lyriques, d'Archiloque à Victor Hugo, ont traité magistralement la satire. Car « la satire, dans la classification des genres poétiques, n'est pas du tout... une ébauche ou une promesse de comédie future, mais elle est un démembrement ou une espèce du lyrisme». M. Brunetière a repris ailleurs* cette thèse avec une parfaite netteté. « La Satire est une forme du lyrisme, si du moins on admet avec nous que le lyrisme se définit ou se caractérise essentiellement par ce qu'il a d'intérieur au poète et, comme on dit encore, de personnel ou de subjectif. Quand c'est d'enthousiasme ou de joie que déborde le poète, il fait une ode... Quand il s'abandonne à l'expression de sa tristesse et de sa mélancolie, il fait une élégie... Et quand enfin il épanche sa colère ou sa bile, c'est alors de la satire. »
A vrai dire, cette théorie n'est pas toute nouvelle. Victor Hugo l'avait déjà formulée en des vers dignes de mémoire. Le livre satirique des Quatre vents de V esprit est fort instructif à cet égard. Le poète se disculpe en maint passage d'avoir ajouté à sa lyre a une corde d'airain ».