‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 61 sur 89 · I. Grande Ei^cyclopédie Berlhelot; article Satire · texte numérisé non relu

I. Grande Ei^cyclopédie Berlhelot; article Satire

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Né pour chanter, pour rêver, pour aimer, comment est-il entré dans la lice pour attaquer et pour maudire ? C'est que la vue du mal choque et afflige les cœurs honnêtes. A trop chercher le bien, on découvre le mal ; à trop courir après le beau, on rencontre le laid. Alors, Tâme du poète, arrêtée en son essor, se retourne contre l'obstacle ou tâche de briser ses entraves. Lisez l'invocation du début : vous y verrez

L'antique poésie avec ses quatre fronts, Orphée, Homère, Eschyle et Juvénal...

Parcourez encore, dans le livre satirique, la pièce Inde irae, celles qui portent les n^" m et i v ; la XVIII*, qui commence par ce vers :

Oui, vous avez raison, je suis un imbécile. . .

et qui cache une apologie sous l'apparence d'une confession. Surtout la pièce n° v, où est définie la satire moderne. Despréaux, dit Victor Hugo, (( fit ce qu'il put ». Mais, depuis lui, la Satire a grandi :

Marquis ou médecins, une caste, un métier.

Ce n'est plus là son champ; il lui faut V homme entier.

Elle poursuit Vinfâme, et non le ridicule.

Némésis chantante, elle poursuit l'infâme, non point par malignité, mais bien par pitié, par honnêteté. La satire devient ainsi le plus

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sublime effort de la poésie, qui châtie bien parce qu'elle aime bien :

Comme elle a plus d'amour, elle a plus de colère!

Noble conception de la satire, plus large, plus humaine que celle qui en fait uniquement la censure pointilleuse, obstinée, du vice ou du ridicule. Elle méritait d'être mise en lumière. M. Ern. Dupuy n'y a point manqué dans son Victor Hugo. M. Stapfer, dans son livre sur Victor Hugo et la grande poésie satirique en France*, l'a simplement indiquée et n'y a point assez insisté. Il y avait plus à tirer du livre satirique des Quatre vents.

Cela posé, et la définition de la poésie satirique ainsi élargie, devons-nous admettre, avec M. Brunetière, qu' « il n'y a rien d'inférieur en poésie à la satire », sous prétexte que « les œuvres de haine seront toujours inférieures aux œuvres d'amour* »? Victor Hugo n'eût pas manqué de répondre que les œuvres de haine sont en même temps des œuvres d'amour, alors qu'elles sont lyriques. Dans les Châtiments, quand il harcèle l'Empereur, n'est-ce point par amour pour la France, par pitié pour les victimes et les proscrits? Ce n'est point l'œuvre de haine qui est inconciUable avec l'œuvre

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