ANDRÉ CHÉNIER ET L*ÊPITRE, LE CONTE LA FABLE, LE SONNET
«... Lors, de là, je m*en vais Au mont Parnasse, écrire cette lettre... »
Marot (ÉpHre au Roy, pour le poète Papillon
L'Épître est un genre secondaire reconnu par les Classiques. Mais la forme et le fond en sont à peu près abandonnés à la fantaisie du poète. Néanmoins, pour qui veut suivre les modèles, il ne convient de traiter dans TEpître en vers que des sujets familiers ou des questions de littérature et de morale. L'Epître littéraire se rapproche beaucoup du poème didactique. L'on sait que TEpître d'Horace aux Pisons a passé jusqu'à nos jours pour un Art poétique, encore qu'elle soit loin de tenir les promesses d'un pareil sous-titre. L'Epître ne se marie pas moins à la Satire, telle que la définissaient les Latins. En somme, ce genre de poésie de style tempéré.
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUE ig<J
d'inspiration bourgeoise, s'accommodait fort avec le bon sens natif des écrivains Romains. Ce sont, disait Horace, des conversations ; on les écrit en vers, sans doute; mais il faut soigneusement distinguer ces vers presque prosaïques des vers lyriques, dont le style sera plus élevé et l'élan plus sublime. Ce sont proprement des causeries sur toutes sortes de sujets. La passion n'y serait guère de niise. Le sourire y est de bon ton. L'analyse et la définition y trouvent un cadre tout préparé. En conséquence, les poètes émus de hautes ambitions considéreront i'Épître comme un genre presque méprisable.
(Cf. Du Bellay, dans sa Deffence et Illustration...) Au contraire, les adorateurs de la Raison, les représentants de V esprit français aimeront à y exercer leur verve mesurée, parfois malicieuse. Aussi les Classiques mettront-ils ce genre en bonne place. Il arrivera même à Despréaux de s'y échaufier, lui qui ne brûlait guère. UÉpître à Racine dépasse très certainement le ton de sagesse et de bonhomie ordinaire à ces sortes de pièces. Au xviii* siècle, I'Épître deviendra, entre les mains de Voltaire, une arme aiguisée contre toutes les espèces d'abus et de ridicules. Quoi d'étonnant! A cette époque de discussion, tous les genres effleurent la satire. Dictionnaires, poèmes épiques, odes, articles, tragédies et comédies, tout attaque, sape, détruit, blesse ou se défend.
igS ANDRÉ GHÉMIER CRITIQUE
De nos jours, TEpître semble endormie, ou morte. Le télégraphe et le chemin de fer en sontils responsables, ainsi que Tinsinue Théodore de Banville, qui ignorait encore le téléphone et l'abus de la carte postale? Non : c'est plutôt un résultat de la confusion des anciens genres, après le Romantisme. Cependant, Théodore de Banville ne craint point de donner le nom d'épître aux vers de Victor Hugo intitulés « Écrit en i8â6 y> :
Marquis^ je m'en souviens, vous veniez chez ma mère.,.*
Mais pourquoi aflBrme-t-il que (( c'est le dernier vestige de l'épître »? Jugement absolu et paradoxal. M. Ch. Le Goffic, relevant le propos, demande si l'on ne peut donner le nom d'Epîtres à plusieurs autres pièces des Contemplations, à quelques pages de Lamartine, de Musset, de Sully Prudhomme et de Verlaine*.
Il suffit de s'entendre. Peut-être l'épître en vers existe-t-elle toujours. Elle n'était pas aussi étroitement délimitée que les autres genres qui ont sombré dans la tourmente de i83o.
Elle a su se glisser à travers les obstacles et revivre, une fois l'apaisement fait. Mais force lui