I. L'histoire du texte
II . L'étude des livres, articles ou fragments d'articles, dans lesquels les critiques ont exposé leurs opinions sur l'œuvre ou sur l'écrivain.
III • Quelques indications sur les ouvrages d'imagination ayant trait aux événements de la vie du poète, ou mettant en scène sa personnalité.
Pour la constitution du texte, l'édition critique de Becqde Fouquières est, jusqu'en 1872, une mine très riche en renseignements. Nous nous bornerons souvent à y renvoyer le lecteur.
Touchant les livres et articles de critique, les deux éditions qui font autorité, celle de Becq de
aa4 AlfDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
Fouquîères (1872) et celle de Gabriel de Chénîer(i874), sont incomplètes, en raison même de leurs dates. De plus, les éditeurs se sont bornés à citer les œuvres principales. Est-ce à dire que nous prétendions avoir établi une bibliographie définitive 7 Nullement. D'ailleurs, existe-t-il des bibliographies complètes .^^ Selon le mot spirituel de M. Anatole France, (( il y a toujours un Théodore Prodome qui nous échappe')). On trouvera du moins dans cette seconde partie un assez grand nombre d'indications, et, en général, l'analyse des idées exprimées par les auteurs. Ce n'est pas l'un des moindres attraits de cette recherche. Nul poète n'a donné lieu à plus de controverses. Parce que son œuvre est inachevée, complexe et parfois énigmatique, chaque critique y a mis volontiers ce que lui-même y voulait voir. Les uns ont fait de Ghénier un Romantique, les autres un Classique. Celui-ci assure que l'auteur de Y Invention a détruit la formule classique ; celui-là juge qu'il l'a conservée pure et sans mélange. — Chénier est un Grec, rien qu'un Grec d'Alexandrie. — Point du tout : il est uniquement un homme du xviii" siècle, un
I. Théodore Prodrome, auteur des Aventures de Rhodate et de Dosiclès. Il paraît que Ghénier lui emprunta le sujet du Jeune Malade. Becq de Fouquières ne s*en méfia pas, ce qui lui valut une rectification érudite de M. Reinhold Dezeimeris. Cf. An. France, la Vie littéraire ^ tome I, pp. 3o4-3o5.
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ aa5
Lm\ ■ ■■ ■■■■■■■■■I •*' I
encyclopédiste^ une manière de Parny et de Le Brun. — Ce fut un imitateur habile. — Non pas, mais bien un inventeur. — Il est païen jusqu'au bout des ongles. — Ne reconnaissezvous donc pas en lui la mélancolie de Werther et la sentimentalité de Rousseau? — C'est un Ronsard. — Aucunement, c'est un Malherbe.
— Un révolutionnaire fougueux. — Non, mais une (( tendre victime ». — Un cygne. — Un aigle! — Il connut et chanta l'amour sincère.
— Ou plutôt les alcôves et les petits soupers.
— Il apprit à son époque à aimer l'esprit grec.
— Parlez mieux : il ne fît en cela que suivre la mode de son temps.
Parmi ce fouiUis d'impressions contradictoires, souvent le vrai Chénier s'est effacé, pour devenir le porte-parole de tel avocat plaidant pour telle école. Peu de poètes ont eu autant d'admirateurs ; mais nul non plus ne fut aussi diversement jugé. Nous avons recueilli ces interprétations éparses, en donnant naturellement plus de place à celles qui mettent en lumière les idées critiques de notre poète. Puisse cette revue aider le lecteur à se faire une opinion personnelle !