I. Revae encyclopédique, tome IV, p. 102 (op. infr. cit
caractère de pensées mâles et profondes qui ne peuvent appartenir qu'à Thomme de génie » .
1794. — Moniteur universel. Galerie historique des contemporains. On y trouve le nom d'André Ghénier, cité en qualité de publiciste.
Les vers de M.-J. Ghénier sur son frère mort sont gravés dans toutes les mémoires et reproduits dans tous les recueils.
181 9. — Revue encyclopédique, ou analyse raisonnée des productions les plus remarquables dans la littérature, les sciences et les arts. (Ghez Beaudoin frères, rue de Vaugirard, 36*.)
Le n° d'octobre 181 9 (tome iv) renferme un important compte-rendu des œuvres d'André Ghénier (pp. 81-107). ^® morceau, dû à la plume de Népomucène Lemercier, fut lu par l'auteur « dans la séance particulière de l'Académie française du i" mardi d'octobre ».
En examinant les œuvres d'André Ghénier, je n'éprouve (dit Lemercier) que (( de l'embar-
I. Ce sont précisément les premiers éditeurs des poésies d'André Ghénier. (Ed. de Latouche).
ras de faire apprécier toute la valeur de Tesprit d'un poète au goût prosaïque du temps où nous vivons ». Il établit ensuite un parallèle entre les deux frères, Marie-Joseph et André, victimes, Tun du fanatisme royal, l'autre dufanatisme populaire. (Ce sont-là antithèses académiques.) On se demandera comment un écrivain formé à l'école des Grecs n'a pas incliné vers le républicanisme pur. Mais il n'y a rien là de contradictoire. Il était partisan des libertés républicaines, mais reconnaissait avec sagesse qu'elles étaient inapplicables au milieu d'un Etat si vaste, façonné d'ailleurs par un (( un triple asservissement militaire, civil et ecclésiastique ». (N'oublions pas que ces paroles furent prononcées en 1 819, et publiées sans éveiller les susceptibilités de la censure.) — « Cette pensée semble avoir dicté la plus originale de ses églogues; elle est intitulée la Liberté, » (Nous avons dit que ce n'est pas une églogue, mais un fragment de comédie aristophanesque.) Suit une longue analyse de ce morceau, où il est prouvé que l'homme asservi ne peut avoir « ni plaisir, ni attachements, ni reUgion, ni loi, ni pitié naturelle ». André Chénier ne redoutait pas moins l'asservissement par l'aristocratie que l'asservissement à la vile populace. Il savait que si l'aristocratie triomphait, (c elle trouverait, dans les milices de l'Église et de la noblesse, des Guises, des Tavannes» des Besmes, non moins dénaturés que
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les Marat, les Billaud et les Couthon; et qu'enfin une contre-révolution triplerait la masse des proscriptions et des meurtres ». Inflexible, il se trouva réduit à l'inaction. On le jugea « pauvre d'idées », sans voir « qu'il était riche de grands sentiments, et que ceux-là seuls donnent les hautes pensées ».
Après cet exorde, tout de polémique, Nép.
Lemercier aborde l'étude des Œuvres nouvellement publiées. On n'y rencontre « aucun poème long et soutenu », mais « quelques tableaux précieusement finis, des esquisses légères, des ébauches confuses, des traits de crayon indécis, là, des incorrections sans nombre; ici, des beautés éparses, mais éclatantes ». On hésite à toucher à ce mélange d'une main pédante. Outre que le poète n'atteignit point à sa maturité, comment juger une boutade, un caprice?
Toutefois, il y a lieu, dans cette œuvre, de beaucoup admirer, et l'examen des fautes mêmes donnera d'excellentes leçons. Ces fautes sont nombreuses, eisi évidentes que «j'abandonne le soin minutieux de les noter à tant d'épilogueurs de profession ». Peu de poètes ont, autant que lui, ce que Boileau appelle des expressions trouvées. Peu ont au même degré la « tendance à traduire les idées en figures » . (Mais c'est là proprement le lyrisme I) Cependant, sa Muse marche d'un pas « bondissant, irréguUer ». Emportée (( par une véhémence ambitieuse que
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n'éclaîre point assez la sagesse », elle veut toujours oser, cherche sans cesse le nouveau, et refuse trop souvent de suivre (( les voies ordinaires que Fart a lumineusement tracées ». (Or, pour le vieux classique, malgré lui impénitent, que sont ces voies, sinon celles que Despréaux a sablées?) De cette (( témérité systématique » (l'expression est heureuse et se tourne en éloge), il résulte une allure cahotée qu'on ne saurait trop défendre aux jeunes poètes.
Ces vices du style d'André Chénier « ont leur principe dans l'imitation outrée des formules et des tours antiques ». Aussi est-il vraisemblable qu'il s'en fût corrigé de jour en jour. Le petit poème didactique intitulé Y Invention nous révèle son système. Il y prescrit aux écrivains d'imiter les anciens : « dans le fond, en appliquant, à leur exemple, l'art qu'ils excercent aux vérités neuves, aux découvertes scientifiques et morales de leur temps; dans la/orme^, en vivifiant, comme eux, par les tropes et les couleurs du style, ces nouveaux objets de leurs pensées. » Ici, Nép. Lemercier insinue que lui-même a mis en pratique ces deux leçons dans son poème de YAtlantiade, tandis que Chénier, infidèle à la première, dut à l'application de la seconde à la fois les beautés et les défauts de ses vers. Ces défauts, on les devine : (( il tourmente les périodes et multiplie les césures ; il supprime les articles et les liaisons grammaticales ; il rompt les
vers par de brusques enjambements, les obscurcit et les embarrasse de trop d'incises ; il dénature le sens des mots et jette l'incohérence entre les choses et les figures. » (Tout cela serait bon à méditer pour ceux qui déclarent que Chénier fut un classique, rien qu'un classique.) Ainsi, VAveugle divin, pour désigner Homère, est (( une expression maniérée ». (C'est-à-dire une expression lyrique! Lemercier ne saurait l'admettre, lui qui, plus tard, grinçait des dents au seul nom de Victor Hugo*.)
Parmi d'autres chicanes de style et de grammaire, quelques-unes sont justes. Parfois le critique ne peut se défendre d'admirer. Je relève cette concession tardive : (( Trop de rigueur glace les muses. » En revanche, l'affreuse périphrase, digne de Delille :
Dans les douze palais ou résident les mois
est acceptée comme n une élégante circonlocution D .
Abandon^ naturel exquis, voilà deux grandes qualités. « L'impétuosité des mouvements de son âme » se traduit également en beaux vers. Quand son style fléchit, devient froid ou gêné, c'est qu'il imite TibuUe, Properce ou Virgile.
I. On connaît son accès d'indignation, tout à fait divertissant, après les premiers succès de l'auteur des Odes et Ballades :
Avec impunité les Hugo font des vers !
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Ces (( ornements d'emprunt » se mêlent très mal à propos « à ses richesses propres ». Il a eu tort aussi de risquer, dans Télégie, (( la peinture erotique des jouissances corporelles ». La beauté du genre élégiaque a pour les lecteurs délicats un doux attrait qui ^ ne tient qu'à la représentation vive et profonde des sentiments intimes; il cesse, dès qu'elle se détourne vers les sensations ». Les illusions seules de l'amour y plaisent, non ses réalités.
Les épîtres d'André Ghénier manquent « d'égalité dans le ton »; N. Lemercier préfère celles de Marie-Joseph. (Cela devait être I) Il eût sans doute mieux réussi dans les odes héroïques. Les strophes de la Jeune captive sont « dignes de la Muse antique ». — Mais voici Le Brun, « si justement surnommé le Pindarique », en parallèle avec André Chénier, pour sa traduction épurée de l'Oaristys , et c'est Le Brun qui l'emporte, au jugement de Népomucène. Pourtant, (( ce grand poète (c'est de Le Brun qu'il s'agit) avait vu juste quand il prédisait à André la gloire et le talent.
La Gloire a sur ion front secoué son flambeau; Les abeilles du Pinde ont nourri ton enfance. »
André Chénier connut « la ligne de démarcation qui sépare le ton de la prose, du chant et de la poésie ». Déjà, sa prose était faite, alors que sa poésie ne l'était pas encore. Car la prose
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est comme « la pierre que Ton taille sans peine, mais qui s'use et se détruit par la suite des années »; tandis que la poésie est semblable « au beau marbre, si dur à travailler, mais qui, bien poli, résiste mieux à l'injure des siècles ».
La proscription, la captivité, n'étoufifèrent point dans Tâme du poète « le double instinct de la vertu et du génie ». Nouvel Archiloque, il est poète encore, au moment où il va mourir. — En conclusion, un hommage à l'éditeur De Latouche, et une assez longue citation de la notice.
— En somme, article mal écrit, mais très sérieusement et consciencieusement composé ; curieux à consulter, toutes réserves faites, en tant que document sur l'état des esprits en 1 8 1 9 . Il y faut chercher la solution de cette question : quelle impression l'œuvre d'André Ghénier, si personnelle, dut-elle produire, à son apparition, non pas sur un jeune et bouillant précurseur du Romantisme, mais sur un académicien déjà rassis et demeuré Classique, en dépit de quelques velléités révolutionnaires? Ehl bien, ce classique avait parfaitement reconnu chez André an maître da lyrisme; et ce n'était point trop mal jugé!
1819. — Lycée Français, oaMélanges de littérature et de critique; tome II, 1819. (Paris, Bechetaîné, quai des Augustins, 67.)
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Recueil où écrivirent Casimir et Germain Delavigne, E. Scribe, Patin, J.-V. Le Clerc, Avenel, Ch. de Rémusat, etc. Il portait cette épigraphe, qui est conforme au goût du temps :
Dulces ante omnia Musœ. Le directeur de cette publication, Ch. Loyson, auteur de poésies et de pamphlets remarquables, mourut en i8ao.
Sainte-Beuve a parlé de lui au tome II des Portraits contemporains.
Quatre articles sont consacrés par Ch. Loyson aux œuvres de Chénier :
Premier article. Au cours d'un exorde un peu long, le critique fait ce rêve d'édifier un tombeau, en un parc, aux poètes morts jeunes, TibuUe, Lucain, La Boétie, Malfilâtre, Gilbert, Chatterton..., et André Chénier. Se bornant aux ouvrages de ce dernier, il constate que la prose de ses écrits politiques est excellente, par la correction du style, Téclat des images, l'originalité du mouvement. Au reste, il accueille les traditions alors admises : Chénier composant la défense de Louis XVI, l'iambe interrompu par l'appel des condamnés, etc.
Du bosquet orné de tombes, passons à la bibliothèque composée d'œuvres choisies. Le recueil des vers de Chénier n'y devra guère comprendre que la moitié des pièces publiées par l'éditeur.
Deuxième article. Chénier, en efiTel, eut tort d'aspirer au pindarisme. Le Jeu de Paume ^ par
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exemple, n'est pas digne de lui. On n'eût pas dû conserver non plus les fragments et les pièces inachevées. Dans les vers qui subsisteraient, bien des choses seraient à reprendre ; par exemple, le déplacement des césures. (Loyson n'est pas ici d'accord avec la thèse que plus tard soutiendra Sainte-Beuve.) Je saute par-dessus cette longue digression de métrique qui termine le second article.
Troisième article. Le talent poétique d'André Chénier se manifeste original et heureux seulement dans les élégies et dans les idylles. Depuis Marot et Ronsard jusqu'à Parny et Bertin, les poètes élégiaques ne nous ont pas manqué ; mais peu resteront dans la mémoire des gens de goût : (( Il serait difficile de dire avec précision quel est le caractère propre de l'élégie, et de la définir par les sujets qu'elle doit traiter. » Ce qui la distingue, c'est qu'elle peint les sentiments personnels de l'auteur, en particulier ses amours. Le style en doit être tempéré.
Chénier l'a bien compris. Deux fragments cités servent de preuves.
Quatrième article. Parlons à présent des idylles. Moins correctes que les élégies, elles sont aussi plus originales. « Le poète paraît s'être proposé principalement de nous ramener au siècle d'Homère. »(?) Il y a deux manières d'imiter les anciens. Ou bien l'on peut se borner à prendre le fond de leurs sentiments et de leurs
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idées, pour les revêtir ensuite de couleurs modernes. Racine agit de la sorte, quand il met sur pieds le personnage d'Achille. Ou bien on peut procéder de façon opposée ; ainsi fait André Chénier. Il nous transporte chezles Anciens, dans leur pays et à leur époque. Entreprise difficile , où ont échoué tous ceux qui ont essayé de traduire en vers les poètes antiques. Néanmoins, elle ne fut pas impraticable pour Chénier, parce qu'il sut (( créer autour de nous un autre monde au milieu du monde réel qui nous environne, une nature imaginaire que nous aimons à prendre pour véritable ». Ce prestige si fugitif j il faut encore être habile à le conserver, (( avec une langue dont le génie semble fait exprès pour le détruire à chaque instant » . Tel fut le secret de Fénelon, de Bernardin de Saint- Pierre, et d'André Chénier, souvent.
— Ces articles étaient loin d'épuiser le sujet, et n'allaient guère au fond de la question. Pour excuser ce qu'ils ont de superficiel, tenons compte de leur date.
1 8 1 9 . — Journal des savants, n° de novembre; article sur les œuvres complètes d'André Chénier ^ par Raynouard.
L'éditeur H. de Latouche y est qualifié comme un homme « doué de l'esprit et du goût convenables pour faire avec succès un choix sévère des pièces », mais qui (c s'est imposé le
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devoir religieux de tout publier » . (Rien n'est plus faux, on le sait; cependant, presque tous les critiques de 1819 reprochent au recueil d'être trop complet.) Après quelques mots de biographie, Raynouard s'eflforce de faire justice de la légende relative à la brouille d'André avec son frère Marie-Joseph (qu'il appelle Joseph- Marie). Il constate alors qu'André « a visé à l'originalité » i"* dans le choix des sujets ; 2° dans le style; 3° dans la versification.
Le premier point est démontré par d'importantes citations de Y Invention. On y étudie ce besoin d'animer les compositions poétiques (( par des formes nouvelles ou heureusement rajeunies )) . Dans l'idylle, Chénier a déployé (( une véritable originalité » . (On voit le sens que Raynouard prête ici au mot.)
Pour ce qui est du style, Chénier n'a pas réussi, en général, dans ses tentatives. Ici, quelques chicanes sur des métaphores incohérentes, sur l'habitude de décliner les participes présents ; (Raynouard veut dire, sans doute, les accorder au pluriel, ou les mettre au féminin : les Grâces dansantes, etc.); sur certains régimes inusités donnés aux adjectifs. Ce sont querelles de grammairiens. Qu'en penseraient aujourd'hui les officiels contempteurs de la syntaxe et de l'orthographe?
Les efforts risqués par Chénier pour varier la versification sont remarquables. Mais il a
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exagéré. Fréquemment, la césure du vers est brisée « d'une manière qui choque Toreille et le goût )) . Peut-être convient-il « de corriger l'uniformité, la monotonie de nos grands vers »
(oh I les hardiesses de 1 8 1 9 1) ; mais il est nécessaire que ces coupes demeurent à l'état d'exception. Chénier en fait une habitude presque constante, dont il a tiré parfois de très saisissants effets.
Le Jeune Malade satisfait pleinement le critique, qui en cite des passages, et ajoute : « De pareils vers n'ont pas besoin d'être loués ; malheur aux personnes auxquelles il faudrait en expliquer les beautés I »
— En somme, article intéressant par sa date et par les demi-témérités qu'il renferme. C'est, pour ainsi parler, moins une étude critique qu'un honnête compte-rendu d'un livre nouveau.
181 9. — Sur André de Chénier, par Victor Hugo.
Cet article est réimprimé * au tome I de Littérature ET PHiLosopmE mêlées (Joumol d'un ieune jacobite), édition ne varietur, Hetzel- Quantin, 1882. On sait que les fragments réunis en ce livre par Victor Hugo ont paru dans divers recueils romantiques, et principalement