I. Ainsi que les deux études dont il est question ci-après
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dans le Conservateur littéraire. (Cf. Biré, Victor Hugo avant i83o.)
(( Un livre de poésie vient de paraître, et, quoique Fauteur soit mort, les critiques pieuvent. )) Les connaisseurs traitent rudement ce livre ; et la critique « s'acharne sur un cercueil )). En effet , si le poète est mort, ce n'en est pas moins une poésie nouvelle qui vient de naître. Style incorrect, parfois barbare, idées vagues et incohérentes, manie de mutiler la phrase et de la tailler à la grecque, coupes bizarres'. (( Chacun de ces défauts du poète est peut-être le germe d'un perfectionnement pour la poésie. ))
André Ghénier fut d'un caractère noble et modeste, (( ami de l'étude, enthousiaste de la nature » (?) Il fut trompé et suivit la foule (( par le chemin des abîmes » (c'est Victor Hugo royaliste qui parle). Homme sympathique, il n'eut pas le temps de devenir un poète parfait. Là, quelques citations destinées à prouver que Ghénier imite les anciens en maître, que ses images sont gracieuses et exactes. Dans l'élégie il est sans rival. Ses défauts primitifs y font place, peu à peu, à des beautés hardies. « Il est hors de doute que, si Ghénier avait vécu, il se serait
I. Eugène Hugo, dans sa notice de l'édition de i84o, reproduit les mêmes critiques, dans des termes identiques. (Cf. supra.) Il y a là autre chose qu'une coïncidence.
placé un jour au rang des premiers poètes lyriques, )) Donc, point d'opinion mixte sur son compte. (( Il faut jeter le livre, ou se résoudreà le relire souvent ; ses vers ne veulent pas être jugés, mais sentis. Ils survivront à bien d'autres qui aujourd'hui paraissent meilleurs. » Vous y reconnaîtrez ce la manière franche et large des anciens; rarement de vaines antithèses, plus souvent des pensées nouvelles, des peintures vivantes, partout l'empreinte de cette sensibiUté profonde sans laquelle il n'est point de génie, et qui est peut-être le génie même » .
— Je n'ai pas résisté au désir de citer ces phrases. Elles prouveront que Victor Hugo, à dix-sept ans, savait apprécier l'œuvre nouvellement révélée de l'auteur des ïambes, et reconnaître hautement en lui un tempérament lyrique. S'il ne lui a point demandé de leçons, c'est qu'il n'en recevait de personne. Du moins a-t-il admis qu'une telle poésie ouvrait des voies inconnues ; aveu que contestent à la légère certains des plus récents critiques de Chénier.
Mai 1820. — Sur un poète apparu en 1820.
Dans cette étude, consacrée à Lamartine, Victor Hugo rappelle le souvenir d'André Chénier. A propos des Méditations : a Je trouvai dans ces vers quelque chose d'André de Chénier. )) Chez les deux poètes, « même originalité, même fraîcheur d'idées, même luxe d'ima-
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ges neuves et vraies ; seulement, Tun est plus grave et même plus mystique dans ses peintures, l'autre a plus d'enjouement, plus de grâce, avec beaucoup moins dégoût et de correction.
Tous deux sont inspirés par l'amour. Mais dans Ghénier, ce sentiment est toujours profane; dans l'auteur que je lui compare, la passion terrestre est presque toujours épurée pïir l'amour divin... Enfin, si je comprends bien des distinctions du reste assez insignifiantes, le premier est romantique parmi les classiques, le second est classique parmi les romantiques ». — Dans ce parallèle, où il insiste plus sur les différences que sur les ressemblances, on devine pourtant que Victor Hugo, tout comme Sainte-Beuve, considérerait volontiers André Chénier comme le précurseur de l'école nouvelle.
Enfin, au cours d'une belle étude sur l'infortuné Ymbert Galloix*, parue en i833, Victor Hugo s'empare du lieu commun romantique, et clame contre la société hostile au poète : (( En général, la société a parfois d'étranges façons de traiter les poètes. Le rôle qu'elle joue
I . Jeune poète romantique, bizarre et légèrement bohème, qui fut lié avec les Cénacles et mourut de misère en 1828. Cf. dans Papiers d'autrefois, par P. et V. Glachant, la lettre (inédite) où Sainte-Beuve raconte son transfert à la maison Dubois.
dans leur vie est tantôt passif, tantôt actif, mais toujours triste. En temps de paix, elle les laisse mourir comme Malfilâtre; en temps de Révolution, elle les fait mourir comme André Chénier. »
Souvenons-nous que Stello date de Tannée précédente (1882).
1828. — Tableau de la uttérature du xvm* SIÈCLE, par Villemain (58*, 69* et 6o' leçons). A lire dans la 3' édition, revue et augmentée. (Didier, in-8, i84i, tome IV.)
Villemain commence par dire un mot des origines d'André Chénier et de sa triste destinée; préliminaires obligés. Dans ce rapide résumé, il ne sépare pas la biographie d'André de celle de Marie- Joseph. Il accepte sans contrôle la légende des iambes inachevés et celle de la scène à'Andromaque. Le reste de la leçon est plus spécialement consacré à l'analyse du talent d'André Chénier. Le premier caractère qui frappe, c'est « un goût singulier de l'antiquité, une manière neuve de la sentir et de la rendre » . Racine, retenu par V étiquette et par la convention du style noble, « n'aurait pas osé traduire la simplicité de Théocrite ». Voltaire jugeait les Grecs rudes et grossiers. Chénier fit pour la poésie ce que Bernardin de Saint-Pierre avait fait pour la prose : il lui rendit le coloris par la simplicité. (( Las du faux goût d'élégance qui
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affadissait la littérature », il méditait de reproduire la forme antique, en l'appliquant aux merveilles de la civilisation moderne. Enfin, ce cette Muse ambitieuse de gloire... puisait au cœur d'André Chénier une verve de malédiction et de haine qui peut remplacer les iambes perdus d'Archiloque. André est un poète habile, mais avant tout un poète ému. a Quelle voix de poète! » s'écrie Villemain, après avoir cité \* Aveugle, quelques vers des Suisses de Châteauvieux, une pièce des Ïambes, et la Jeune Captive,
A propos de l'influence de la Révolution sur la littérature, nous retrouvons, dans les leçons suivantes, André Chénier, toujours opposé à son frère. Chez l'un, la. facilité et la correction dominent. Chez l'autre, l'originalité naïve.
Mais, tout occupé de marquer la place de Marie-Joseph dans l'histoire politique et littéraire de son temps, Villemain ne songe plus aux articles en prose d'André, pourtant si remarquables, et que la lecture des journaux de l'époque révolutionnaire aurait pu lui révéler. Réimprimant son ouvrage, avec une préface datée d'août i84o, il eût dû, ce semble, en avoir connaissance, puisque la première édition séparée des Œuvres en prose date, on l'a vu, de cette même année.
Août 1829. — Mathurin Régnier et André
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Ghénier, par Sainte-Beuve*. (Portraits littéraires, tome I, pp. 159-175.)
L'auteur n'a pas désiré composer un parallèle académique. Mais certaines ressemblances l'ont engagé à opposer les deux poètes l'un à l'autre. Epicuriens et sensuels, ils le sont tous deux. Régnier ressemble à un abbé romain, Chénier à un Grec d'autrefois. La comparaison se continue, un peu forcée, à mon gré. Paganisme, sensualité égale chez les deux poètes; leur style même a* des points communs. Conclusion : (( Régnier clôt une époque, Chénier en ouvre une autre. » Or, il se trouve que chacun d'eux possède précisément une qualité qui manque à l'autre : celui-ci « la tournure d'esprit rêveuse et les extases choisies», celui-là le sentiment de la réalité. En combinant ces deux génies, n'arriverait-on pas à la conception du poète complet?
1829. — Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme, par Sainte-Beuve. Joseph Delorme (( appartenait d'esprit et de cœur à cette jeune
I . Sainte-Beuve : Causeries da landi et Portraits littéraires, etc. (Ed. Garnier frères). Cf. le volume qui renferme la table analytique. Sainte-Beuve, en de très nombreux articles, a étudié son poète favori, ou a parlé de lui incidemment. Nous rappellerons les principaux de ces articles à leurs dates respectives.
dgO ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ
école de poésie qu'André Ghénier légua au XIX" siècle du pied de l'échafaud ».
« Que f eusse alors tout fier porté comme au martyre. Après Roland, Charlotte et le poète André, Ma tête radieuse à l'échafaud sacré! »
(Dévouement, poésie de J. Delorme.)
Pensée n° III. — Chateaubriand n'a pas fait école; il n'en est pas de même d'André Chénier ni de M"** de Staël. (Lire les deux pages qui suivent, où le parallèle est finement esquissé.)
Pensée n° IV. — h' école d'André Chénier a retrempé le vers flasque du xviii' siècle, et considérablement modifié l'alexandrin classique. Nombreux exemples.
Pensée n** V. — Suite de la thèse précédente, et conclusions : i*' l'alexandrin de Ronsard, de Baïf et de Régnier est le même que celui de Chénier; 2° l'alexandrin de Chénier n'est pas celui de Racine ; 3° il n'est pas non plus celui de Delille ; 4° l'alexandrin de l'école moderne ressemble plus à celui de Chénier qu'à celui de Racine ou à celui de DeUUe.
Pensée n** VI. — Suite des observations métriques.
Pensée n° VII. — Comparaison, ou plutôt, opposition de Lamartine à André Chénier.
Pensée n° VIII. — C'est, à la suite du même sujet, la noie que Sainte-Beuve a citée ailleurs
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ 2^1
comme étant « d'un auteur inédit » . (Voir plus loin.)
Pensée n° IX. — « Un de mes amis a coutume de comparer les vers dithyrambiques d'André Chénier, où les coupes et les enjambements surabondent, à ces combats d'écorchés auxquels s'exerçait l'illustre et infortuné Géricault. Plus tard, si l'artiste avait vécu, il aurait peut-être jeté de la peau sur ces muscles. »
La note X, la note XI, la note XII, citent encore André Chénier.
La note XV traite du procédé de couleur dans le style de Chénier.
Note XVI. La vraie description de la nature chez André Chénier.
Note XIX. L'élégie en France. André Chénier offre les plus parfaits modèles de V élégie d'analyse.
— Toutes les fois qu'il se consulte lui-même sur son art poétique^ Joseph Delorme songe à Chénier. Et l'on sait assez que J. Delorme n'est autre que Sainte-Beuve lui-même. Par une admiration peut-être mal informée, partiale à coup sûr, il saluait en André Chénier le précurseur et le maître du romantisme. Il est vrai qu'il ne définissait pas le romantisme de la même manière que Lamartine ou Victor Hugo. (Cf. E. Faguet, infr. cit.)
i833. — Encyclopédie des gens du monde.
agS ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
(Paris, in-4°). Article sur André Chénier, signé Ourry. Biographie assez complète.
i833. — La Vallée aux Loups, par Henri deLatouche (in-8). Mélange de vers et de prose. Cet ouvrage, sans grande valeur littéraire, fut composé par le premier éditeur d'André Chénier dans la retraite qu'il s'était choisie non loin de Sceaux. La Vallée aux Loups était déjà illustrée par le séjour de Chateaubriand. On y célébra, en 1898, le cinquantième anniversaire de la mort de René. De Latouche a recueilli dans ce livre deux articles par lui donnés à la Revue de Pam (décembre 1829 et mars i83o), où se rencontraient quelques fragments, alors inédits, d'André Chénier. On affirme qu'il en possédait d'autres, conservés dans ses papiers qui furent détruits ou pillés par les Allemands en 1871. (Cf. les Lettres critiques, de Becq de Fouquières.)
Citons, en passant, l'erreur dans laquelle Béranger s'obstina toute sa vie. Il s'était persuadé que De Latouche avait inventé tout ou partie du texte publié par lui sous le nom d'André Chénier. Parlant des ïambes, il écrit quelque part : (( Tout le monde sait aujourd'hui que ces vers sont de Latouche*. » A vrai dire. De Latouche
I. Ma biographie. Sur Topinion de Béranger et sur les altérations du texte dans Tédition Gh. Robert, voir Quérard, les Supercheries littéraires dévoilées, (Daffîs« éditeur ; 3 volumes in-4, 1869.)
W. Mlf- •^•-
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ SqS
s'était établi une réputation d'hahile pasticheur. N'avait-il pas publié une correspondance apocryphe entre Clément XIV et Carlo Bertinazzi (1827, in- 18), ainsi que le roman à* Olivier (1826, in- 12), mystification qui eut son heure de célébrité? Et puis, s'il n'a pas fait les vers, il a peut-être bien fabriqué la préface, la fameuse préface du « Premier portefeuille », sur l'authenticité de laquelle on n'est pas fixé.
— ((M. Patin, tous les jours, dans son cours de poésie latine, éclaire le rôle de Catulle ou d'Horace chez les Latins par celui de Chénier chez nous. » (Sainte-Beuve, Portraits contemporains, tome V; article : Unfactum contre André Chénier. Cf. infr.)
Les Études sur la poésie latine, pubUées par Patin en 1869, sont la rédaction de quelquesunes des leçons qu'il professa, depuis i833, à la Sorbonne.
jer février iSSg. — Importante étude de Sainte-Beuve, recueillie dans les Portraits littéraires, tome I, pp. 176-208.
Le célèbre lundiste, ayant (dit-il) pénétré dans (( l'atelier du fondeur », c'est-à-dire, ayant eu communication des manuscrits non encore pubUés, livre au pubUc, avec ses impressions, d'appréciables fragments de Chénier. Il rend hommage une seconde fois au premier éditeur, De Latouche, observant spirituellement qu'il en
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est des mss. comme du « panier de cerises de M"' de Sévigné : on prend d'abord les plus belles, puis les meilleures restantes, puis les meilleures encore, puis toutes » .
U Hermès attire d'abord l'attention. Ce poème révèle en Chénier « un homme aussi pleinement et chaudement de son siècle, à sa manière, que pouvait l'être Raynal ou Diderot». Viennent les ébauches de Y Hernies, puis d'autres, que l'on peut lire dans les éditions récentes. A la fin de l'article , Sainte-Beuve révoque en doute l'histoire dite des trois portefeuilles, et se laisse aller à rêver une édition complète de son cher poète, telle qu'il la souhaitait et qu'il eût voulu la réaliser.
i84o. — André Chénier,. par Leconte de Lisle; article publié dans la Variété (Rennes,
La collection de cette petite revue de jeunes^ qui parut à Rennes au temps où Leconte de Lisle y était étudiant, forme un volume de 396 pages. Le premier numéro est d'avril i84o, le dernier de mars i84t\ Leconte de Lisle y inséra trois Esquisses littéraires, dont une sur André Chénier et la poésie lyrique à la fin du
I. Cf. dans la Revue des Deux-Mondes du i*** décembre 1898 l'article de M. Louis Tiercelin sur La Jeunesse de Leconte de Lisle.
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ SqS
xviii* siècle. Il faut se souvenir qu'à cette date (avril i84o) Charles Labitte professait à la Faculté des Lettres de Rennes. Son influence se fit-elle sentir sur les essais de critique littéraire du futur auteur des Poèmes barbares? Toujours est-il que Ghénier lui apparaît comme un contempteur du christianisme, et qu'il le lui reproche sévèrement (qui le croirait?) : « La sublime et douloureuse tristesse de la Grèce chrétienne échappait à ses regards... Les rêves sublimes du spiritualisme chrétien... ne lui avaient jamais été révélés. André Ghénier était païen de souvenirs, de pensées et d'inspirations. )) Il a été « le régénérateur et le roi de la forme lyrique », mais il n'égale pas Lamartine, car Lamartine est un génie doux et religieux. Néanmoins, Ghénier est vraiment le Messie poétique que tous attendaient. Le xvni* siècle n'est intéressant qu'au moment où il finit.
Ghénier y rejoint Gorneille (?) et Ronsard.
(( La facture de son vers, la coupe de sa phrase pittoresque et énergique, ont fait de ses poèmes une œuvre nouvelle et savante, d'une mélodie entièrement ignorée, d'un éclat inattendu. »
Tandis que tous les faux élégiaques du siècle « jetaient la honte et la médiocrité sur la poésie lyrique », Ghénier la ressuscita. G 'est lui qui a (( créé Lamartine, Hugo et Barbier, le sentiment de la méditation ou de l'harmonie, l'ode, l'iambe ».
agB ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
— Magnifique éloge, curieux, même alors qu'il est exagéré, et tout chaud d'un enthousiasme juvénile, non encore comprimé par Y impassibilité bouddhiste et parnassienne!
1843. — Cours de littérature dramatique, par Saint -Marc Girardin; 5 volumes in- 12 (Charpentier). Tome IV, chap. liv. De la poésie pastorale au commencement du dix-neuvième siècle.
La Révolution a aimé la Pastorale. Robespierre, Saint-Just, Carnot ont rimé des madrigaux, chanté l'amour pur et la belle nature.
Les romans de l'époque « ont l'air d'avoir été faits pour un peuple d'enfants heureux ». Cette littérature ne pouvait satisfaire longtemps le public. On chercha bientôt à peindre ïamour ingénu sous des couleurs plus naturelles. Les Idylles d'André Chénier empruntent leur poésie à l'imitation de l'antiquité. Rien, chez ce poète, ne laisse prévoir le romantisme. Rien ne rappelle Shakespeare ni le génie germanique.
Chénier avait pris, pour régénérer notre langue, la même route que Ronsard et Racine. Luimême a analysé ses procédés. Il ne dérobe à l'antiquité que des images ou des détails d'expression, et il exige que l'imitation se transforme en inspiration. Cependant, tout antique qu'il soit, il reste moderne sur plus d'un point, et sa poésie annonce celle de Lamartine. (Sans
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doute, Saint-Marc Girardin ne reconnaissait pas Lamartine pour un romantique pur; sans quoi, cette dernière affirmation serait en contradiction avec la précédente.) Poète descriptif, comme on Test au xviii* siècle, Ghénier mêle à la description la réflexion. Par là, il découvre peu à peu quelques-unes des « émotions qui vont devenir familières à la poésie du XIX® siècle ». La mélancolie est d'ailleurs, chez lui, uniquement littéraire, et les fantômes qu'il voit errer sont « les héroïnes des romans qu'il a lus ». (Très contestable.)
Le Jeune Malade semble « une véritable idylle de Théocrite retrouvée dans les cendres de Pompéia ou dans un manuscrit palimpseste ».
Mais cette idylle est vraie^ parce que le sentiment qui l'inspire est humain^ c'est-à-dire de tous les temps et de tous les pays. Suivent quelques citations. Il est à regretter que cette poésie, si neuve, et en même temps si conforme à l'esprit français, n'ait pas été connue plus tôt. Le xLx'' siècle naissant y eût puisé son inspiration, au lieu d'aller la chercher en Angleterre, en Allemagne ou dans le moyen âge.
1844. — Histoire de la littérature française, par D. Nisard. (4 volumes in-8, Firmin- Didot.) Ouvrage remanié postérieurement. On peut consulter la sixième édition, 1877.
2qS ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ
Pour D. Nisard, André Ghénîer a retrouvé la poésie. Il faut lire tout le chapitre iv du tome IV. C'est le bilan des pertes subies par Y esprit français, en ce qui concerne la poésie, au xviii* siècle, jusqu'au jour oii Ghénier la restitue dans son intégrité première. « Il n'y a pas de poète sans l'art d'écrire en vers. » Mais le xyiii" siècle a tué la poésie, parce qu'il l'a confondue avec la versification. Il appartint à Chénier de faire rentrer dans les vers l'imagination, la sensibilité, le naturel. C'est pourquoi, lors de la publication de son œuvre, ce véritable poète eut « un succès de mode qui n'a pas eu de retour ». — (( Tout, dans ses vers, vient de l'homme. » (Exagération évidente. Une partie seulement de ses vers viennent de r homme.) Joignant à ce grand cœur une raison supérieure, il développa et réforma l'idylle et l'élégie, dont Boileau avait donné une poétique insuffisante, l'appréciant mal, parce qu'il la jugeait d'après d'Urfé, Segrais et Racan. Dans les Idylles, Chénier ne fut point de son temps. Le disciple y a égalé ses maîtres antiques. Il apparaît (( comme le dernier-né des poètes du XVII* siècle », dont il a la noblesse sans en avoir l'étiquette,
— Et c'est tout. Rien des Épîtres, ni de V Hermès, ni de V Invention. Rien des œuvres en prose. On le voit, Nisard a admiré Chénier un peu de confiance. Je ne pense pas qu'il l'ait
beaucoup étudié, ni qu'il se soit rendu compte de la valeur de ce noble esprit. Notons que ce ne fut pas tout à fait sa faute. L'édition de De Latouche, la meilleure, presque la seule qu'il eût sous les yeux, ne soulève, pour ainsi dire, aucun des problèmes littéraires qui furent posés par la suite.
1844. — La vérité sur la famille de Chénier, par L.-G. de Chénier (in-i8).
Cette brochure annonçait l'édition des Œuvres d'André Chénier d'après les papiers du poète, édition qui ne fut terminée que trente ans plus tard, et souleva de nombreuses polémiques. (Cf. les Lettres critiques sur André Chénier, de Becq de Fouquières, supr. cit. ; cf. aussi la notice de M. Maurice Tourneux sur Gabriel de Chénier, dans la Grande Encyclopédie Berthelot, et le spirituel article de M. Anatole France dans la Vie littéraire, analysé plus loin.) M. Gabriel de Chénier, qui, pour la première fois, consentait à donner quelques détails sur son oncle, au nom de la famille, publia ces pages afin de réfuter le roman d'A. de Vigny, Stelh, alors encore dans sa nouveauté, bien qu'il eût paru en 1 882 . Le sort des bons romans était plus enviable qu'il ne l'est de nos jours. — Becq de Fouquières, à cette occasion, reprochait à G. de Chénier d'insister sur des détails et sur des personnages inutiles, de passer sous
30O ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
silence les renseignements instructifs, et de « toujours craindre d'en trop dire. »
lo mai 1844. — André Chénier et les POÈTES GRECS, par Arnould Frémy; dans la Revue indépendante.
Article réfuté par Sainte-Beuve (voir ciaprès). A. Frémy, journaliste et romancier fécond, avait été le collaborateur de Balzac pour la Physiologie du rentier (i84i). Il reprochait à Chénier de s'attacher aux couleurs plutôt qu'à l'esprit des poètes antiques, d'altérer même ces couleurs en y mêlant les faux tons de son siècle. De là, une confusion d'expressions antiques et de tournures modernes, badinages galants, etc.
Michiels (op. infr. cit.) résumait en ces termes l'esprit de cette étude : « Chénier, en traduisant et en imitant les poètes grecs, leur a communiqué l'affectation et le faut goût du xviii" siècle ; il n'a point reproduit la simplicité de la muse antique. »
L'objection était acceptable, si on l'eût appliquée à certaines parties seulement de l'œuvre de Chénier. Sainte-Beuve entre presque dans la voie des concessions. Malheureusement, le critique de la Revue indépendante avait été trop brutal ; son irrévérence nuisit à l'effet que ses analyses auraient pu produire. On trouvera dans le chapitre de Sainte-Beuve des indications suffisantes, qui permettront de juger ce que fut
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ 3oi
cette tentative d'éreintement, Tune des rares dont André Ghénier ait été victime.
Juin 1844. — Un factum contre André Ghénier, par Sainte-Beuve, avec la devise d'Horace : Offendet solido. — Etude reproduite au tome V des Portraits contemporains.
Réponse énergique à l'article de Arnould Frémy, précédemment rappelé. — C'est la première attaque qui vienne s'essayer contre (( cette pure et charmante gloire ». Sans doute, par la forme enveloppée, la pensée obscure, malgré les restrictions respectueuses en apparence et l'hostilité cachée des critiques, cet article n'est pas destiné à un grand retentissement. Il convient pourtant de le réfuter, à cause de l'appareil scientifique qu'il affecte.
M. Frémy, après avoir débuté par des ouvrages appartenant à la littérature la plus moderne, rompit avec ce passé, pour se confiner dans les études austères. Son livre sur les Variations de la Langue française au xvii' siècle affirme la rigueur et la sincérité de sa conversion. Ici, Sainte-Beuve, reprochant à A. Frémy d'avoir tourné contre Ghénier ses connaissances classiques fraîchement acquises, trace en quelques mots le programme des investigations auxquelles il eût mieux fait de se livrer. Or, ce programme est justement celui que Becq de Fouquières réalisa plus tard :
303 ANDRÉ CHÉSIIER CRITIQUÉ
i( Noter les emprunts, retrouTer la trace de tons ces gracieux larcins, et nons initier à Fart charmant de celui qui se plaisait à signer :
André, le Français-Byzantin, » Ainsi se fût éclairé d'une lumière plus vive « le dernier et non pas le moins désirable des Alexandrins ». Il semble, au contraire, que M. Frémy se soit dit qu'il y avait (( quelque chose à faire contre André Chénier », sauf à découvrir quoi, plus tard. Il essaiera donc d'expliquer le succès des œuvres du poète par toutes sortes de raisons étrangères à son talent. « D'où vient cette dent première.»^ Je l'ignore. Anacréon dit qu'il y a un petit signe auquel on reconnaît les amants; il y a aussi un petit signe, un je ne sais quoi, auquel se reconnaissent d'abord ceux qui ont un parti pris de ne pas aimer. »
La question solennellement posée par M. Frémy est celle-ci : « Chénier doit-il être, dès à présent, considéré comme le souverain représentant de la littérature poétique de notre siècle? » C'est se faire la partie belle. Sainte- Beuve lui-même avoue que, malgré sa prédilection pour l'excellent poète, jamais il n'a songé à le placer au-dessus de Victor Hugo, de Lamartine... et même de Déranger! Il serait (( un des quatre ». — D'épigrammes en épigrammes, l'auteur àxxfactum arrive à son gros grief: André Chénier n'est qu'un copiste. Il abonde en emprunts forcés ; il pilh au hasard
ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ 3o3
et fait de ses larcins grecs et latins un pêle-mêle avec les fausses couleurs de son siècle. La connaissance qu'il a de l'antiquité est plus que suffisante, mais il n'a pas su, dans l'imitation, maintenir sa propre originalité. Aussi tous les critiques, depuis Chateaubriand, se sont-ils trompés en reconnaissant dans les vers d'André Chénier le parfum exquis de l'Hymette. Remarquez qu'en s'exprimant de la sorte M. Frémy proteste qu'il ne veut rien rabaisser de la gloire du poète! Après avoir blâmé YOaristys, qui s'éloigne « sous plus d'un point » (1) de la simplicité, il s'attaque kY Aveugle, Et Sainte-Beuve, se substituant à lui pour analyser ce poème, en explique la composition en deux ou trois pages charmantes. Libre à M. Frémy de préférer YAristonous de Fénelon I
La discussion se poursuit et les exemples se multiplient. Sainte-Beuve, légèrement agacé et hargneux parfois, tourne en ridicule les phrases, évidemment suisses, de son adversaire. Comme on ne voit jamais les imperfections de ce qu'on aime, il nie tout. Il refuse même d'avouer que la chute de la Jeune Captive soit un badinage galant assez déplacé :
Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d'elle. . .
Là, pourtant, il parait bien que c'est M. Frémy qui a raison.
3o4 ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ
Une autre accusation portée contre André indigne Sainte-Beuve. A. Frémy le compare à Roucher, à Delille, aux poètes descriptifs du temps, et il note des métaphores, des images assez banales, extraites de ses vers, qu'on rencontre partout chez les versificateurs contemporains. (Notons que cette chicane a été reprise et développée dans des études beaucoup plus récentes. L'argument ne prouve rien du tout, sinon qu'André Chénier s'est parfois laissé gagner au goût de son époque. Mais, en ce cas, il faudrait méconnaître l'originalité de Corneille et de Racine, qui furent précieux, celle de Victor Hugo, qui, sous l'influence des Cénacles, se manifesta souvent plus ogive et plus truculent qu'il n'eût convenu.) A ce reproche, Sainte- Beuve répond avec feu : « Vous voulez donc biffer d'un trait de plume toute une moitié de l'œuvre, toute une première moitié d'où la seconde est sortie? » Vous vouliez qu'on nous redonnât, au commencement de ce siècle ou à la fin du précédent, du Fénelon tout pur.î^ Fénelon eût paru lent et terne. André Chénier, pour la couleur, « fut une espèce de Walter Scott antique et poétique ». Et, plus loin : (( Au moment où André Chénier commença, j'aperçois dans l'air une multitude de papillons plus ou moins brillants : on eut une abeille. » Nous avons joui d'André Chénier, plutôt que. nous ne l'avons jugé. A quel rang maintenant doit-on
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ 3o5
le classer? D'autres Testîmeront mieux que nous. Par la variété de son recueil, (( il me représente bien quelque chose comme VAnthohgie ». M. Frémy afRrme que « la place d'André G hénier ne sera jamais celle des écrivains classiques dignes d'être proposés comme modèles, sans restriction, aux étrangers et aux jeunes esprits dont le goût n'est pas entièrement formé )) . Fort bien ; mais le poète écrit-il pour les étrangers et les écoliers? Non 1 car il rêve une gloire plus douce. Ses souhaits les plus chers, il les a exprimés dans ces vers où il espère qu'un jour un jeune homme (( agité d'une flamme inconnue » lira son œuvre avec transport. Être aimé des amoureux, utile aux poètes, secourable aux initiés des Muses! Je remarque avec plaisir (conclut Sainte-Beuve) que l'influence d'André s'affirme (( dans les meilleurs essais de ces dernières saisons », dans les poésies de M. de Laprade, dans celles de M. Ponsard, et dans la jolie comédie antique de M. Emile Augier (la Ciguë).
1845. — Le quarante-unième fauteuil de l'Académie française, par Arsène Houssaye (C. Lévy, in-12).
Tout le monde connaît la fiction qui sert de prétexte à ce livre de fantaisie qui ne saurait passer pour un ouvrage de critique. Dans l'article, très court, qu'il a consacré à André Chénier,
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A. Houssaye partage la conviction commune aux critiques de i84o; pour lui, Chénier fut l'inspirateur du Romantisme. <( Tous les poètes du xix** siècle, hormis Lamartine, . . . sont partis sur le vaisseau doré d'André Chénier, pour aller, à travers les mers d'Ionie, écouter les sirènes d'Homère et de Sappho. La jeune Captive et la jeune Tarentine ont été les maîtresses idéales de tous ceux qui ont eu l'amour de la Muse. » — On devine le reste. André Chénier est un Grec, endormi d'un sommeil de deux mille ans. Il s'est réveillé « sans avoir traversé l'Eglise mystique » . Il demeure donc païen , panthéiste, épris de l'antique Cybèle. Tourné vers le passé, il « a découvert que les morts vivaient plus que les vivants » . // s'est détaché de son pays (\) Sa Muse a toujours vingt ans. « Elle vous dira les plus suaves élégies; mais vous aurez beau l'interroger sur les déchirements de la passion, elle sourira de son divin sourire, et continuera, avec le pur amour de l'art, à chanter les belles déesses, les belles statues, les belles courtisanes, qui sont la joie des yeux, les yeux, ces panthéistes! »
A. Houssaye, parmi ces jolies phrases et ces brillantes antithèses, n'envisage que le Chénier de la première manière. Il s'attendrit romantiquement, sur la fin, en narrant l'anecdote des ïambes interrompus, avec cette exclamation :
(( Dans la vie de Chénier, il n'y a qu'une page,
c'est l'histoire de sa mort I Mais quelle page ! Il est mort, tué par la République, pour avoir trop aimé la liberté I »
i846. — Etudes littéraires, par Charles Labitte (2 vol. in-8, Joubert). Charles Labitte, mort à vingt-neuf ans, ayant déjà beaucoup écrit, laissait le plan d'un ouvrage en deux volumes sur Les poètes de la Révolution et de V Empire. Un chapitre traitait d'André Chénier.
Voici le programme de ce chapitre : André Chénier, ou retour à Vantiquité. — Influence sur l'école nouvelle par l'édition de 18 ig. — Vers inédits. — Documents nouveaux. Consulter l'étude de Sainte-Beuve sur Ch. Labitte {Revue des Deux-Mondes, V mai i846), qui sert de préface à l'édition des Études littéraires.
Mais ce que Ch. Labitte n'eut pas le temps de faire pour André, il l'avait exécuté pour Marie-Joseph. Le chapitre qu'il lui consacre compte parmi les plus achevés qu'il ait écrits. Presque à chaque page, dans toute la première partie, le nom d'André est mis en parallèle avec celui de son frère*. L'historien a surtout insisté sur leurs désaccords momentanés, mais sans outrer les faits. Sachons-lui gré de cette modération, rare à cette époque.
I. Sur Texemplaire de la Bibliothèque nationale, un lector otiosus, ou simplement sans-gêne, a marqué ces passages à coups de crayon.
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1 849. — Portraits littéraires, par Gustave Planche (2 vol. in- 12).
Sur Chénier avait paru un article de G. Planche dans la Revue des Deux-Mondes du 1 5 juin i838. C'est cette étude qu'on retrouve dans le livre que nous citons. — Le trop célèbre critique commence par refuser à André le droit à la popularité, La foule n'ira pas à lui, parce que, pour le comprendre, (( il faudrait se résigner à des études préliminaires. Mais, pour les personnes studieuses, l'inégahté même de son œuvre est un sujet d'encouragement. Entre le Serment du Jeu de Paume et les Élégies à Camille, il y a un intervalle immense, « tel qu'il a fallu, pour le franchir, un travail opiniâtre ». — (( Lors même que ses œuvres ne seraient pas la préface naturelle du mouvement littéraire accompli sous la Restauration », il serait utile de les lire, pour apprendre « comment la volonté peut. . . faire d'un esprit inexpérimenté un poète consommé ». Suit une analyse, trop longue, du Jeu de Paume, où Planche blâme l'abus de la périphrase, en ajoutant (l'imprudent I) qu'elle se rencontre bien rarement dans les autres pièces d'André Chénier. (( Il semble que la paume n'ait pas droit de bourgeoisie dans la versification française. » (Eh! c'était assez l'opinion des Classiques I) — De là, le critique saute à l'étude de l'hymne sur les Suisses de
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Châteauvieux. Il regrette que TArchiloque moderne n'ait pas plus fréquemment employé l'iambe. « Il y a loin du style de cet iambe à la prose indécise et embarrassée de Y Avis aux Français. » (Voilà de la sévérité mal placée- Planche aurait-il eu là quelque éclipse de son sens critique accoutumé?) A propos des derniers poèmes, il semble adopter la fameuse légende. Parmi les odes^ il apprécie hautement celle à Charlotte Corday, la Jeune Captive et Y « Ode à Fanny malade ». Mais il se plaint toujours de l'obscurité des allusions antiques, même de Y emphase, que Chénier n'a pas su éviter, spécialement dans l'Ode à Charlotte Gorday. — Quant aux épîtres, Chénier aurait bien fait d'en composer un plus grand nombre. Planche goûte fort l'éloge de l'amitié dans l'épître à Le Brun et à de Brazais, admire que Chénier ait de la répugnance pour la satire, qui tue ou, du moins, entrave la production littéraire ; il chante aussi, avec le poète, le bonheur de l'étude et le bonheur de l'amour. Cette dernière idée, pourtant si vulgaire, est merveilleusement rajeunie dans les Elégies et dans les Idylles, a Dérangez les mots, et chacun de ces sentiments deviendra trivial, Usez les vers d'André Chénier, et vous avez devant vous un tableau complet. »
(Ce n'est pas très clair, mais cela veut dire sans doute que, chez André Chénier, la forme fait valoir le fond. La même remarque a été faite à
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propos de La Bruyère, et de bien d'autres.) — La versification de Chénier est supérieure même à celle de « Tauteur à'Athalie ». — Sur le poème de V Invention, je crois que Planche a légèrement erré. A coup sûr, il n'a pas compris que ce manifeste complétait en le modifiant sérieusement, Y Art poétique de Boileau. Il n'y voit guère que l'occasion de jeter, en passant, un coup de patte à l'enseignement officiel, à propos du conseil donné par Chénier aux poètes; faire ce que les Anciens auraient fait à notre place, et non refaire ce qu'ils ont fait. (( Certes, un pareil conseil n'a rien de commun avec l'enseignement universitaire, car il ouvre une large voie à toutes les tentatives de l'intelligence, et les déclare d'avance légitimes, pourvu qu'elles demeurent fidèles aux lois éternelles de la beauté. » (Très bien; c'est chercher dans le passé des arguments en faveur du Romantisme, comme Nisard cherchait à étayer le Classicisme par des moyens analogues. C'est égal : je voudrais bien savoir comment Planche eût défini « les lois éternelles de la beauté. ») Quant aux idylles et aux élégies, elles nous étonnent par leur simplicité, leur forme mélodieuse et « la sincérité du paganisme » qui les inspire. (( Jamais André ne raille les croyances qu'il ne partage pas. » (Au moins doit-on reconnaître qu'il n'a dans son « athéisme » aucune combativité, aucun désir de propagande,
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ce qui n'est guère d'un Encyclopédiste.) D'où vient cette modération? De ce que « sa prédilection pour l'art antique transformait, à son insu, les impressions qu'il avait éprouvées ».
— Cet article a une réelle valeur critique, surtout. pour l'époque (i838). Le jugement qui en ressort est en opposition avec celui de Sainte-Beuve, et G. Planche a eu le mérite de situer, l'un des premiers, l'œuvre d'André dans le XVIII* siècle.
19 mai i85i. — André Chenier homme politique, par Sainte-Beuve (reproduit au tome IV des Causeries du lundi, pp. i44-i64). L. Moland a fait de ces pages l'introduction de son édition d'André Chénier (Cf. supra).
a Supposez, non plus du tout un Montaigne, mais un Etienne delà Boétie, vivant en 89 et en 93, ou encore, un Vauvenargues à cette double date, et vous aurez André Chénier. » Il ne fut pas homme politique par vocation; il représente plutôt, dans la mêlée politique, le chef du chœur des anciennes tragédies. Il juge l'action sur sa portée visible, sans en saisir les secrets, et s'efforce de la contenir dans les voies de la morale et de la raison. A certains moments, il est entraîné, comme malgré lui, et invective les principaux personnages, au risque d'encourir leur colère.
Cette définition ingénieuse conduit à une
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étude du rôle de Chénier comme publiciste, où je relève ce jugement porté sur la prose de notre auteur : a II ne donne au style aucune couleur particulière. La métaphore s'y montre rarement. La langue est noble, pure, ferme, pas très éclatante... Ce qui me frappe, c'est la raison et l'énergie... On y sentirait, par endroits, le souffle éloquent et véhément de l'orateur, plus encore que la veine du poète. André Chénier, fidèle en ceci au goût antique, ne mêle point les genres. » (Nous avons essayé de montrer qu'il ne faudrait pas prendre cette dernière phrase au pied de la lettre.)
En résumé, la politique d'André Chénier est toute de droiture et de cœur. C'est une (( protestation individuelle, logique de forme, lyrique de source et de jet ».
Sainte-Beuve joignait à son article la publication intégrale (pour la première fois) des pièces relatives au procès de Chénier.
Causeries du lundi (passim).
Tome III (17 mars i85i). A propos de la mort de H. de Latouche. Sainte-Beuve lui rend hommage de la façon inteUigente dont il sut comprendre la publication des œuvres d'André.
Tome XII, p. 69. Les poètes de 1827 se réclament de Chénier pour la poétique.