Tome XIV, p. 80. Théodore de Banville procède de lui
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Tome XV. Différence entre Chénier et A. de Musset. C'est surtout une différence de caractère. (( Le citoyen, chez Musset, était absolument absent : il s'en est vanté lui-même. » Sous le rapport de l'élégie, la divergence est forte : (( André Chénier, quand il chante l'amour, est le disciple des Anciens et de son cœur ; Musset est le disciple de son cœur et de Byron. »
Portraits littéraires (passim).
A noter, ce mot, dans une étude sur Xavier de Maistre, (tome ii, p. 387). « André Chénier peignait aussi ; quoi de plus naturel qu'on tienne les deux pinceaux .î^ » — C'est le rappel du vers d'Horace : « Ut pictura, poesis. »
i85i. — Histoire de la Littérature française, par J. Demogeot (Hachette, in-12).
Les deux pages qui traitent de Chénier sont superficielles, ce Chénier n'est pas du tout de son siècle. » Grosse erreur. L'ambition du poète qui s'exerçait dans tous les genres est méconnue : (( André voulait glaner modestement au fond des sillons négligés. » Est-ce la résumer le travail de ce hardi et actif ouvrier? Comment s'étonner que Demogeot en vienne à le comparer à P.-L. Courier (après Sainte- Beuve, d'ailleurs).
i853. — Dictionnaire de la Conversation.
Etude assez développée, surtout au point de
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vue biographique, par P.-F.Tissot, de TAcadémie française. — Sur Tœuvre même du poète, peu de choses à retenir. Les Élégies pourtant sont assez bien jugées. Chénier « parle à sa maîtresse comme à une Muse dont il veut obtenir les suffrages. Et puis on sent que le pubhc intervient entre elle et son amant ». Rappelant le mot célèbre d'André se frappant le front : « J'avais quelque chose là », l'auteur ajoute : (c II aurait dû plutôt porter la main sur son cœur, véritable foyer de son génie et de son talent. » Le cœur, en effet, est bien la source intarissable de l'inspiration lyrique. Mais combien M. Tissot m'afflige en écrivant cette phrase : a Quand il est réellement inspiré... on croit entendre la voix d'une jeune vierge qui chante avec un cœur et une voix d'ange. » Chénier, une jeune vierge I On n'est pas plus galant I Mais comme le compliment (?) est loin de la vérité I
1854. — Biographie universelle ou biographie Michaud.
L'article sur A. Chénier est bien fait. Naturellement, l'auteur épouse les idées de Sainte- Beuve, et voit dans André le frère aîné des poètes nouveaux. Mais je relève cette indication, très juste : (( Il voulait faire un traité en prose ayant pour titre : Sur les causes et les effets de ta perfection et de la décadence des
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lettres. Ce titre seul montre à quel point Chénier surpassait ses contemporains. »
1854. — La Pléiade, nouvelle Encyclopédie littéraire et biographique. En sous-titre : Journal non politique, paraissant le 26 de chaque mois, rédigé par M. Simonet^ professeur de littérature à l'école Turgot. — N° i, mars i854.
Cette petite revue était destinée à faire mieux connaître <( les poètes lyriques français du XIX* siècle. On y étudiait les œuvres de Lamartine, Béranger, etc. On y annonçait des articles sur George Sand, Em. de Girardin, Eug. Sue, etc. Chaque livraison contenait un travail complet sur un littérateur contemporain. Le premier fascicule est consacré à André Chénier qui, selon les sentiments d'alors, inaugure la poésie du XIX* siècle.
L'étude est considérable, elle n'a pas moins de 32 pages in-8. Le style en est pompeux et plus que médiocre. Dès le début, il est question de « hache révolutionnaire », de « ruines sanglantes )) , etc ; et l'auteur entre dans des considérations au moins inopportunes sur la fécondité de l'esprit français : « A ces heures solennelles où le silence se fait dans le sanctuaire des Muses (I), où l'originalité fait place à l'imitation... c'est alors qu'apparaissent ces hommes marqués d'un signe particuher, qui ferment la porte d'un
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siècle pour en ouvrir une autre qui donne accès à Tavenir. » Très amusant, ce roman d'ouvreur de portières I Simonet est ici aussi simple que Thomas Diafoirus débitant son compliment.
Fermons donc la porte, et laissons M. Simonet passer en revue l'ensemble de la littérature française, depuis le xvi' siècle jusqu'au (( moment délicat et suprême » où la Grèce nous envoie André Chénier. « Il s'agit de renouveler par d'heureuses tentatives tous les horizons de la pensée, de lui refaire un Ut où, de ruisseau qu'elle est maintenant, elle puisse devenir un fleuve, et emporter au courant de ses eaux toutes les vieilleries, toutes les entraves qui obstruaient son cours... C'est la rénovation à peu près complète de la poésie moderne par l'imitation antique . » (On sent là l'influence de Sainte-Beuve, qui disait, sans toutefois se soucier d'expliquer ce mélange : a II voulait introduire le génie antique, le génie grec, dans la poésie française, sur des idées et des sentiments modernes. »)
Après la comparaison obligée qui oppose les contemporains de la Révolution, épris de pastorale, et les habitants de Portici, qui dansent sur un volcan, le critique aborde l'étude des Élégies, et déclare (bien à tort!) que Chénier y a déployé, plus qu'ailleurs, « les heureuses qualités de son beau talent » . Mais a ces douces palmes de la gloire, qui sufiisent aujourd'hui à
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rimmortalilé de son nom, n'étaient pour lui que les jeux d'une muse qui s'essayait dans dans l'ombre à des chants plus mâles et plus hardis » . (Hélas I de douces palmes qui sont des jeux ! Et que d'épithètes I On songe à la définition du Romantisme par Dupuis et Cotonet.) Il avait conçu le projet d'un poème philosophique, Y Hermès, Il voulait être le Lucrèce de la France. Noble ambition I mais l'œuvre eût « périclité par sa base même ». (Joli style I) (( Les croyances philosophiques ne s'imposent pas plus que la foi religieuse. » L'Encyclopédie, d'Holbach, Cabanis, qui furent « les pères » de ce poème, lui eussent également porté malheur. Viennent quelques pages, ornées de citations en prose et en vers, sur le rôle de Chénier durant la Révolution : l'ode à Charlotte Corday, quelques iambes, etc. Le public en est encore à la période d'attendrissement, et s'intéresse plus aux malheurs d'André et à son supplice qu'au sens de son œuvre.
Arrivons à l'appréciation littéraire. Je déniche, par fortune, une image passablement heureuse. Le style de Chénier est comme « un nouveau métal de Corinthe », composé d'éléments divers, or, argent, cuivre et plomb, et formant néanmoins une œuvre d'art. Par un retour « naturel et instinctif » , il se reporte souvent aux lieux où fut son berceau. Partout, chez lui, la chaleur de l'âme échauffe la poésie. Il
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eut da reste, <' ao pliu liant àe^ré i», le pendiant à la mélancolie. (^Errear romantiqae. >
Les Élégies ne se renferment pas cr dans le cadre étroit dont les rfaéteors ont déterminé Tessor ». (L'essor d*an cadre! \) André frandiit la limite assignée, et £ût entrer dans Tél^e tous les sentiments de son âme ; « cet immense amour, cette passion oniverselle qa'il nourrit en lui, ôtent, dans une certaine mesure, les forces à l'exaltation d'un sentiment unique... pour une créature périssable. » (Cela est plus exact, et mieux écrit.) G. Planche a dit spirituellement qu'en matière de sentiment Chénier était païen. Mais eût-il été moins païen en fixant son adoration sur un seul être qu'en répandant son amour sur toute la nature?
Quant aux ïambes, ils sont d'une inspiration bien originale. La poésie française avait fourni des maîtres de la Satire. Mais Tarme dont ils se servaient n'était pas, à beaucoup près, aussi bien trempée. Et M. Simonet cite, sans le nommer, ce un jeune auteur » (A. Barbier), qui, « à son début dans la carrière des lettres, fera entendre par dessus les éclats de la voix populaire» la voix vengeresse de la Muse.
Conclusion : c'est celle de Sainte-Beuve.
N'hésitons pas à placer André Chénier à la tête des lyriques modernes : a II est impossible de ne pas reconnaître que, lui absent, la nouvelle école poétique n'en serait pas moins un beau
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fleuve, mais un fleuve dont on ignorerait la source. )) On lui doit avant tout « la ruine à peu près complète de toutes les vieilles superstitions, de la folle adoration de traditions et de formes qui menaient droit au rachitisme littéraire )). — Ici, le style s'échauffe, comme il convient à la péroraison, et cet article de ton extraordinaire se termine par une période que je m'en voudrais de ne pas reproduire in-extenso : (( André est un soldat de fortune qui parvient aux premiers rangs de l'armée par les sentiers les plus âpres et les plus périlleux; sa trop courte vie ne nous a guère permis de le voir qu'avec l'habit troué des batailles : la Révolution l'a conduit aux Gémonies, au moment oii il allait . revêtir les brillants insignes du commandement. ))
— Si, après cela, vous ne vous rendez pas un compte exact de ce que fut le poète, vous avez certes l'esprit mal fait!
i856. — Histoire littéraire de la Révolution. I**. Constituante, Législative (i vol. in-is, i856); — 2°. Convention (i vol. in-12, 1860); par Eugène Maron.
Utile à consulter pour l'histoire de la société oîi vécurent André Chénier et sa famille.
1859. — Histoire de la littérature française PENDANT LA RÉVOLUTION, par E. Gcruzez
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(gr. in-8). Charpentier, în-12, nombreuses éditions successives.
Livre II, chap. i. Écrivains morts sur Véchafaud ou emprisonnés, André Chénier,
Ayant rappelé la critique injuste du poème des Mois, de Roucher, qui remplit plus de cent pages du Cours de littérature de La Harpe, Geruzez observe que André Chénier avait pris, lui aussi, les mêmes libertés d'enjambement et de césure. Il échappa à V a Aristarque » du Lycée, qui ne connut point ses vers. Poète et publiciste révolutionnaire, André Chénier occupe une belle place dans Thistoire. Engagé dans la diplomatie au moment oii s'ouvrirent les Etats généraux, il rompit ses entraves et entra dans le parti des modérés « qui prétendaient avoir raison des abus de la monarchie et maintenir le trône ». Il crut d'abord à l'avènement de la liberté, telle qu'il la souhaitait. Il composa alors ce dithyrambe sur le Serment du Jeu de paume.
raison! divine puissance /. . .
France! sois heureuse entre toutes les mères!...
Œuvre (( souvent rocailleuse, parfois étincelante», cette ode, où le poète pense rivaliser avec le ton de Pindare, nous intéresse avant tout par l'expression des sentiments du citoyen. (( André Chénier aurait porté la guerre chez les Rois coaUsés, et il aurait au besoin aidé son plus jeune frère, Marie-Joseph, à composer le Chant
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du départ. » Mais il ne voulait pas aller plus loin, et il paya de sa vie cette modération. Ses écrits en prose nous révèlent ses sentiments intimes. Il n'ignorait point que la violence des factieux lui serait fatale ; il savait que Y a innocence léthargique » avait seule chance d'échapper. Lui, s'animajusqu'à la témérité. IlmultipUa les brochures agressives et les articles véhéments, gourmandant les empiétements des Jacobins et l'inertie du pouvoir. Voyez sa véhémente diatribe contre GoUot d'Herbois et les Suisses de Châteauvieux. Ensuite de quelques citations des ïambes, où il accepte les traditions reçues, Géruzez déplore la mort prématurée du poète.
1856-1867. — Cours de littérature, par Lamartine.
Lamartine ne semble pas avoir connu à fond ni goûté Chénier. Il lui rend justice, comme à un prédécesseur digne d'estime. Mais son tempérament mystique était tout à fait opposé au paganisme d'André. M. L. Bertrand (op. infr.
cit.) a mis cela très nettement en lumière (pp. 383-388).
Sur Lamartine et Chénier, noter le passage que Sainte-Beuve trouve, dit-il, «. dans un ouvrage inédit ))*, et qui débute ainsi : (( Lamar-