I. Aime-t-il Pétrarque, lui qui méprise le Sonnet P
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goût : Chénier l'attaque et la méprise. Il prétend être simple et grec. Mais, en voulant être simple, André imitait la poésie alexandrine et romaine, « énervée, doucereuse, efféminée ».
Il est donc nécessaire qu'il manque à son tour de naturel. Exemples tirés des Idylles et des Élégies. Le critique insiste sur Tinfluence de Gessner, (c le représentant quintessencié de la mignardise contemporaine ». Cette influence, il l'exagère notablement, pour les besoins de sa cause. Prépondérance de la mythologie sans gravitéj affaiblissement et affadissement de la poésie homérique et biblique, de Shakespeare même, tout cela serait du gessnérisme. Egger l'avait entrevu déjà. Il serait injuste de ne pas ajouter que Chénier a su mettre, même dans les fadaises, une élégance, une fraîcheur, qui déguisent la sensiblerie niaise en sensibilité vraie. (d). Le sentiment de la nature. Ce sentiment est essentiellement moderne. Chénier, qui cherche ï agreste ou le rustique^ ne conçoit pas la couleur locale autrement que son temps.
Les décors de ses "poésies, il les cherche dans les parcs. Exemples. Les paysages qu'il décrit sont pleins de fabriques; ce sont encore des fSiysdLges gessnériens. Et, ce qui est plus grave, même quand il veut dépeindre un site qu'il a réellement contemplé, il le fait au moyen d'imitations et d'images empruntées à droite et à gauche. On peut donc conclure que le senti-
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ment de la vraie nature, et celui de la mélancolie romantique, qui en découle, font défaut à Chénier, comme à tous ses contemporains.
II. UArt, Chénier est, avant tout, un artiste. Ses premiers critiques le proclamèrent le poète de l'art pour Vart. Plus tard, Sainte-Beuve protesta contre cette dénomination. Planche fut bien près de la reprendre pour son compte.
Scherer affirme le contraire. Grammatici certant. Pourtant, de Taveude Chénier lui-même, la poésie doit être « une espèce de confession générale » :
L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète.
Mais Texamen de ses œuvres ne laisse aucun doute ; il fut le poète de l'art pur, et ses déclarations à ce sujet manquent de sincérité. Peutêtre s'abusait-il lui-même.
Le livre se poursuit par une série d'études sur Vabsence d! originalité et l'excès d'imitation dans les vers du poète, et par une analyse, toujours sévère, de sa langue, de sa versification et de ses procédés de style. Nous y relèverons une intéressante tentative de conciliation entre la théorie de Y imitation et celle de l'invention. (C'est toujours le point délicat du système.) Chénier, selon M. Haraszti, considérerait l'invention comme « cette idéalisation éclectique dans l'imitation de la nature, qui a servi en tout temps de principe aux grands poètes, aux
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grands artistes ». Un peu jargon; mais voici qui est plus clair : « Dans les arts, est inventeur celui qui montre et fait adopter à la nature ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire, qui retrouve un seul visage en vingt belles éparSj, des traits de vingt beautés forme la beauté même. » Au reste, Chénier devient plus original dans ses dernières poésies^ là où il cesse d'être un poète de Vart pur. (Cette évolution a déjà été marquée autre part.)
Conclusion. Il ne faut pas chercher dans Chénier un genre poétique qui ne soit propre qu'à lui. On n'en trouverait point, sauf peut-être ses essais de comédie aristophanesque. Il a cultivé tous les genres communs à son époque, et y a montré le même esprit que ses contemporains, tout en affectant d'être plus antique. Partisan d'une poésie moderne, sensuel, sentimental et mignardj, étranger au sentiment de la nature, il demeure, malgré ses protestations, (( un poète de l'art pour l'art, qui suit les traditions de la poésie de son pays, et doit aussi beaucoup à l'art de la poésie antique ». Chénier n'est donc pas un précurseur, mais le dernier représentant d'une poésie qui va s'éteindre pour ne plus renaître. Aussi peu grec que Goethe ou Schiller, il est un poète véritablement élevé et lyrique*.
I. D'accord; mais, s'il est lyrique, c'est qu'il diffère, sur un point capital, de son temps, qui ne l'était guère. C'est ce que nous avons essayé de démontrer.
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1894. — L'Evolution de la poésie lyrique EN France au xix" siècle, par F. Brunetière.
(Hachette, 2 vol. in- 12.)
Tome I'% 2® leçon. Bernardin de Saint-Pierre^ Chateaubriand et André Chénier; pp. gS-ioS.
L'influence d'André Chénier sur le lyrisme au xix^ siècle est indéniable ; mais les opinions sont divisées sur son compte. Selon les uns, André serait le premier de nos romantiques, et aurait inspiré les innovations de cette école. Un simple rapprochement de dates réduit à néant cette assertion. Les Odes et Ballades ^ les Méditations ont été composées en dehors de toute influence de Chénier. Au moins, les passions, les états d'esprit famiHers à Hugo et à Lamartine se rencontrent-ils déjà dans Chénier? Lisez ses Elégies, et dites si l'accent du Lac y paraît? Lisez les Idylles, Y Aveugle, etc., et dites si la mythologie, qui y abonde, est romantique.
Quant à la mélancolie, dont il présente assurément quelques traces, elle n'est point romantique chez lui. (( La volupté, qui fut longtemps sa Muse, a, elle aussi, sa mélancolie. »
Une autre opinion ne veut rien voir en Chénier qu'un pur classique, et même le dernier des classiques, un Ronsard moderne, ressuscité, pour (( fermer l'ère que l'autre avait ouverte ». C'est aller trop loin. Demi-Grec, il est vrai, Chénier fut aussi un homme de la fin du
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XVIII" siècle, admirateur de BuflTon et contemporain de Parny . Seulement, il se sépare de son époque par ses rares qualités d'artiste. Et voilà le moyen de tout concilier. Sans influence sur les débuts du Romantisme, il ne deviendra un modèle que plus tard, grâce à Sainte-Beuve, qui se préoccupe de fabriquer au romantisme d'inutiles ancêtres.
1894. — André Ghénier, par Paul Morillot.
(Classiques populaires, Lecène et Oudin, in-8.)
Il y a deux Chéniers : celui de la légende et celui de la critique. Le dernier, qui est le vrai, commence seulement à être connu. — Après les chapitres biographiques, M. Morillot aborde Tétude de l'œuvre d'André Ghénier. C'est la partie capitale du Uvre.