Chapitre VI. La poétique d'André Chénier
Cette poétique est incertaine, ou, pour mieux dire, elle n'était pas encore absolument fixée au moment où André mourut. Nous n'avons que le résultat de ses années d'apprentissage. Le Chénier de VOaristys n'est pas du tout celui de V Amérique ou de V Hermès. — De la théorie de V imitation, qui, à première vue, se rapproche singulièrement de la doctrine exprimée par La Fontaine dans son épître à Huet.Elle est pourtant (selon M. Morillot) plus étroite, sauf quand, par une réelle contradiction avec luimême, Chénier autorise le poète à peindre avec
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les couleurs anciennes des objets nouveaux.
Ainsi la porte est rouverte à l'originalité . Mais il semble bien que ce soit par une réflexion tardive, et que, au moment où il accorde au poète cette licence, Chénier se soit dit : « Il y a en poésie autre chose que l'imitation de TibuUe ou de Théocrite. » Dès lors, l'esprit moderne va parler en lui, et il cherchera les voies nouvelles. Telle est T origine de son poème de V Invention. Il s'agit maintenant de faire autrement que les anciens, car la gloire est aux seuls inventeurs. Or, depuis les anciens, le monde a changé. A nos yeux des prodiges nouveaux se sont révélés. Faudra-t-il nous éloigner de cette veine si riche et renoncer au trésor des idées modernes? Ce serait folie. Dans cette phase nouvelle de la fameuse querelle entre les Anciens et les Modernes, Chénier prend hardiment parti pour les modernes. Et voilà comment il conçoit l'idée de ses grands poèmes encyclopédiques.
Ainsi, Chénier s'est peu à peu dégagé de l'imitation stricte des anciens, et, quand la mort est venue le frapper, il marchait vers un afiranchissement de plus en plus complet. On peut regretter, toutefois, qu'il ait conservé la superstition de la forme antique, et qu'il ait cru pouvoir chanter Newton avec les mêmes figures^ et les mêmes images qui avaient suffi à Lucrèce pour célébrer Epicure.
Au moment de conclure, M. Morillot hésite
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entre les diverses définitions qu'on a proposées du poète. Est-il un Hellène j le dernier des vrais Classiques y ou le précurseur des Romantiques? Toutes ces définitions, vraies par certains côtés, sont fausses par d'autres. Mais assurément, Chénier fut un * grand artiste, un Honsard moderne, avec plus de goût, plus de science, et l'expérience de Boileau et de Voltaire.
1894. — Précis historique et critique de LA LITTÉRATURE FRANÇAISE, par E. Lintilhac. (Librairie classique André Guédon, 2 vol. in-12.)
Deuxième partie , pp. 286-289. La poésie, au XVI II* siècle, est singulièrement languissante. André Chénier ne publia lui-même que deux pièces, qui sont Tune et l'autre « dans le goût guindé et allégorique de Le Brun-Pindare, lequel s'y reconnut » et encouragea le débutant. Dans le poème sur V Invention, Chénier rend à l'imagination, dans la poésie, le rôle que Boileau lui avait ôlé. Graduellement, il s'affranchit de la phraséologie de son temps, et comprend qu'il faut (( remettre la poésie française énervée à la forte école de l'antiquité » . Selon cette formule, il compose des chefs-d'œuvre ce où, comme l'antique, il est nouveau ». C'est (( un Ronsard qui aurait lu Malherbe et profité de sa leçon ».
1895. — Histoire de la Littérature française, par Gustave Lanson. (Hachette, in-12.)
Pp. 829-834. Chénier est « tout le contraire
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d'un romantique » . Il est le dernier des grands classiques. Athée, nourri de FEncyclopédie, épris de la prose de Buffon, il reste, dans ses Élégies, un poète du xviii® siècle, sensualiste et sensuel. Mais ses Églogues, inspirées directement des çources antiques, se distinguent de tout ce qui se fait à cette époque par une sincérité imprévue. (( Ce sont des œuvres absolument sans pareilles dans notre littérature. » Car Chénier met dans ses « vers antiques », non pas toujours des « pensers nouveaux », mais du moins ^ des sensations personnelles et de la nature observée». — Les ïambes, par la forme, sont également antiques. La satire retrouve là son caractère lyrique, qu'elle avait perdu depuis Boileau. — Chénier n'est pas l'inventeur des rythmes romantiques. Il remonte, par delà les classiques, jusqu'à Ronsard. Mais il va plus loin, en substituant, dans le vers et dans la strophe, « ï harmonie à la symétrie ». C'est déjà presque la dislocation du vers classique.
— On doit regretter de ne trouver, dans cet excellent chapitre, aucune indication sur les Œuvres en prose.
1896. — Ouvriers et procédés, par Antoine Albalat (G. Havard fils, in-12), p. 71. Dans une critique très consciencieuse des œuvres de M. J.-M. de Heredia et de Leconte de Lisle, M. Albalat note l'influence exercée sur l'auteur
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des Trophées (on pourrait dire sur toute l'école parnassienne) par André Ghénier, « le père de toute notre poésie depuis un siècle ». Non que Ton puisse rencontrer dans le Jeune malade ou dans la Jeune Captive une perfection analogue à celle qu'on admire dans les Trophées. Mais Ghénier « a ouvert la vraie source de la mythologie... Il est le premier qui ait mis son âme et son émotion personnelles dans l'expression poétique du vieux paganisme » .
Ailleurs (pp. 279 sqq.) l'auteur nous parle de la façon dont la Critique contemporaine interprète la littérature grecque : « Qu'il s'agisse de Ronsard, Racine, Ghénier, Heredia ou Leconte de Lisle, ce sont toujours des Grecs que nous rencontrons devant nous. » — « G 'est de Théocrite que sont sortis Ronsard et Ghénier. Théocrite a révélé le sens de la nature à Ronsard, et c'est en lisant Théocrite dans le texte que Ghénier a sauvé notre poésie de l'anémie sénile où elle se mourait au xviii" siècle. »
1897. — Histoire de la littérature française DEPUIS SES ORIGINES JUSQu'a LA FIN DU
xix° SIÈCLE, par A. Henry. (Belin, in-12.)
André Ghénier a réagi, le premier, contre (( la langue trop abstraite qu'avait suscitée la mode des termes généraux ». Il a préparé a le retour au mot propre et coloré », rompu avec les lois de Malherbe sur la versification, et
donné les premiers « modèles de poésie intime )) (?).
1897. — La fin du Classicisme et le retour A l'antique dans la seconde MOITIE DU XVIII' SIÈCLE et les PREMIÈRES ANNEES DU XIX',
EN France, par Louis Bertrand. (Hachette, in-i2.)
Ce livre renferme : i° au chapitre VI (pp. 222- 274), une longue appréciation du génie d'André Chénier ; 2° au chapitre IX, § 11 (pp. 38o-iio2), une étude de l'influence exercée par André Chénier sur les Romantiques.
M. Bertrand est sévère pour André Chénier.
Il est même duriuscule, comme dit M. Faguet.
Je crains que, dans ces pages très documentées, il n'ait un peu cultivé le paradoxe. Sa critique n'est point débonnaire et affecte les allures d'un réquisitoire. M. Faguet distinguait trois Chéniers. C'est le mauvais qui est ici sur la sellette. Mais M. Bertrand refuse de connaître les deux autres, qui sont les bons.
1° Chapitre VL Chénier est original, comparé à ses contemporains. Mais tout de suite, il faut en venir aux restrictions et aux regrets. D'abord, nous ne possédons pas son œuvre, pas plus que nous n'avons le livre que Pascal voulait écrire. De plus, Chénier n'a point fait école. Il demeure une exception parmi ceux de son époque.
aa
André Chénier a vécu presque constamment à l'écart. Analyse du poème de VInvention, et son originalité, si on le compare à V Art poétique de Boileau. La place faite à V enthousiasme^ à Yinspiration, est plus considérable. C'est en quoi le principe de l'esthétique de Chénier est opposé à celui des grands classiques. Pourtant, la deuxième loi posée prescrit au poète de gouverner son inspiration. Par un détour, c'est rentrer dans le classicisme. L'enthousiasme que prône Chénier n'a rien de commun avec celui que chante Lamartine. Il faut encore que la Raison règle et surveille l'enthousiasme.
Chénier, au rebours des Romantiques, n'est à aucun degré subjectif. Les sujets qui le tentent sont pris dans la vie et dans la pensée modernes. U Hermès, Y Amérique, etc., devaient être des poèmes documentés. Mais, dans tout cela, que deviendra l'imitation des Anciens, qui, jusqu'alors, avait nourri la littérature française? Chénier n'a garde d'y renoncer. Il est lui-même nourri d* hellénisme, et de cet hellénisme spécial qu'est l'alexandrinisme. Le poète devra donc conserver, dans l'expression des idées modernes, les images, les tours, les expressions, et, qui plus est, les genres adoptés par les Anciens. Nous sommes en présence d'une poétique complète, mais cette poétique r^fr^ciï encore l'idéal classique (.>^).
Reste à juger de Inapplication de la théorie.
Ici, selon M. Bertrand, Chénier n'a point donné ce qu'on était en droit d'attendre de lui. Son ambition était d'être un grand poète. Il fut seulement un dilettante. Le sens esthétique est, chez lui, plus développé que le sens poétique. Il a le goût du dessin, même de la couleur. Il aime les roses et le printemps, en véritable païen, apprécie la beauté du nu, qui n'a rien de commun avec la beauté libertine chère au XVIII® siècle. Dès lors, il compose ses poèmes comme on composerait un tableau.
Mais il a eu une seconde prétention, qui était d'être moderne : en cela, il a mieux réussi. Il envisage la nature sous l'aspect des paysages que peignaient ses contemporains. Il comprend l'amour (ou mieux la volupté) à la façon des élégiaques du xviii" siècle. D'ailleurs, cette apparente modernité ne l'empêche pas d'être un pur alexandrin; et, si sa théorie pèche par un point capital, c'est assurément par la contradiction entre la doctrine de V invention et la doctrine de Vimitation. Dans un paragraphe où l'appréciation est, à mon sens, sévère à l'excès, M. Bertrand accuse André d'être tombé dans la même erreur que Ronsard, de ne point trop faire oublier l'abbé Barthélémy, de bâtir des vers français comme on fabrique des vers latins, bref, d'être, malgré tout, un mosaïste. Conclusion : Chénier est un dilettante à qui le don de l'invention a manqué; un humaniste opprimé
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par ses souvenirs classiques. Le poème de Vinvention n'est point le manifeste d'une école nouvelle, mais bien le testament de la poésie classique tout entière depuis Ronsard*.
2** Chapitre IX, S ii. L'influence de Chénîer sur le Romantisme a été très exagérée. La faute en est à Sainte-Beuve, qui présentait Hugc comme le continuateur d'André. Lamartine et Hugo n'aimaient pas Chénier. (C 'est absolument faux en ce qui concerne Hugo.) Vigny se défend de lui rien devoir. La versification romantique repose sur un tout autre principe que celle de Chénier. La légende royaliste qu'on a faite à l'auteur présumé des Lettres sur le Jugement de Z/)uwA'^K/ et l'enthousiasme de Sainte-Beuve pour le poète qu'il avait presque découvert, telles sont les origines de la tradition en vertu de laquelle le Romantisme se réclama, quelque temps, du poète de Y Hermès et des ïambes. En réalité, le Romantisme ne doit rien, ou presque rien, à Chénier.
1897. — De a. Chenerio poeta, quomodo graegos poetas six imitatus et recentiorum AFFECTUS EXPREssERiT, par E. ZyTomski. (Hachette, in- 8.)
Thèse latine pour le doctorat ès-lettres.
I. Ces critiques ne sont pas neuves. Nous les avons rencontrées déjà, dispersées, sur notre route. Elles ont été seulement réunies en faisceau.
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ SSq
1898. — L'Elégie en France avant le Romantisme, de Parny a Lamartine (1778- 1820), par Henri Potez. (C. Lévy, in- 18.)
(( La matière de l'élégie est d'abord assez mince. Avec Parny, Berlin, Chénier, elle est la confidence d'une passion. Puis, au lendemain de la Révolution, on y fait entrer la religion, la nature, l'histoire, les émotions de la vie publique et celles de la vie intime. » M. Potez a entrepris d^étudier l'histoire de cette transformation.
Dans le chapitre, important au moins par sa dimension (chap. V), où il traite de Chénier, l'auteur se demande quelle {uiY attitude du poète devant la vie, devant l'art, devant l'amour. (Le mot attitude n'est point heureux en ce qu'il laisse entendre quelque chose de factice.) Génie complexe, il croyait, comme les Grecs, quart poète doit se mêler à la vie de la cité. Sensuel, même à table, cherchant l'amitié plus encore que l'amour, il n'a point mis de véritable amour dans ses élégies. Tous les dons du poète se trouvent résumés dans la Jeune Captive,
1898. — Classique ou romantique ? Article non signé, mais qui porte la marque de M. F. Brunetière, dans la Revue des Deux- Mondes (i5 mars).
Deux livres récents* ont rouvert le procès
I . Ce sont les ouvrages de MM. Louis Bertrand et Henr Potez.
aa.
SgO ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
littéraire d'André Chénier. Il n'y a pas de poète sur lequel, depuis tantôt cent ans, on ait exprimé plus d'opinions contraires, et la signification de son œuvre est encore assez incertaine. Sainte-Beuve et Théodore de Banville le considéraient comme le premier des Romantiques.
Becq de Fouquières hésitait. M. Anatole France ne reconnaît en lui qu'un « contemporain de Suard et de Morellet, qui, non plus qu'eux, n'a soupçonné, ni le spiritualisme, ni la mélancoUe de René, ni l'ennui d'Oberman, ni les ardeurs romanesques de Corinne ». Ainsi pense encore M. Haraszti. Ce qui complique le problème, c'est l'état d'inachèvement dans lequel les papiers de Chénier nous ont été transmis.
L'édition de 1874, loin d'éclairer la question, l'embrouille encore.
Tandis que M. Potez reproduit, sur les élégies, l'appréciation traditionnelle, M. Bertrand se montre bien dur. Peut-être, au fond, ce dernier a-t-il raison. — Tous deux ont essayé de replacer enfin Chénier dans son milieu. Rendons Chénier au xviii* siècle, mais isolons-le dans le xviii* siècle. M. Faguet se range à cet avis.
Ce que M. Potez a montré, c'est qu'il y avait dans les Élégies du Dorât, du Parny, du Bertin. Il y a aussi du Le Brun-Pindare. Chénier est artiste, dilettante^ autant que poète : idées ou sentiments n'ont pour lui de valeur que revêtus d'une forme somptueuse. Aimer l'art de cette
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ Sgi
façon exclusive, c'est être sensuel autant qu'artiste. Il fut un homme de son temps, d'un temps où Tamour n'était guère que le plaisir. Ame riche, nature opulente, vibrante, amoureuse de la vie, comme A. Daudet. Il aime le luxe et la richesse avec un peu de snobisme.
Les cristaux, les fleurs, une table bien servie, l'éblouissent. La nature ne lui est trop souvent que l'initiatrice de la volupté.
Splendide et pur païen, à la manière de Diderot, il a aussi l'incrédulité calme de BufFon. Voir le dessein significatif de son Hermès.
Isolé? Chénier ne l'est pas plus dans la troupe des minores d'alors que ne le fut Corneille parmi les Mairet et les Rotrou, ou Ronsard au miUeu de la Pléiade. Il les dépasse seulement de toute la tête.
Ramener à l'antiquité ou au paganisme, tels que l'on pouvait se les représenter, l'inspiration du fond des choses comme l'imitation de la forme, voilà ce que signifie le vers souvent cité :
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
Cette renaissance du classicisme a consisté essentiellement en cela. Elle est le pendant de la réforme analogue de David en peinture. Elle se sépare de l'idéal classique du xvii" siècle pour rejoindre celui de Ronsard. Elle devait échouer, et n'eut rien de commun avec le Romantisme.
Sga ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ
1898. — Histoire de la littérature française, par Ch. Gidel. (5 vol. in-12, Lemerre.)
Au tome III (i7i5-i8i5), quelques pages sur Chénier (chap. vu, pp. 225-23o). Il retrouva Téglogue antique, renouvela l'élégie amoureuse. « Son cœur l'inclinait à chanter l'amour. Il n'était parfaitement à son aise que dans les poésies de ce genre. » Dans tout autre sujet, il n'échappait pas à la fatigue. André Chénier a été (( le précurseur de l'école moderne » . Et pourtant, il tient à la tradition. Il n'y a pas dans toutes ses œuvres un seul néologisme. On ne le comprendra bien que si, « entre le poète aimable des premières années et le poète iambique et vengeur de la fin, on intercale un citoyen énergique ».
1898. — Manuel de l'wstoire de la littérature française, par F. Brunetière. (Delàgrave, in-12 carré.)
Pp. 367-372; 376-379. André Chénier y est représenté comme ayant contribué à la déformation de ridéal classique. Sans doute, il est grec et païen, comme Ronsard; classique, sur bien des points, comme Boileau. Il est aussi un enfant du xviii* siècle, par la sensualité, par l'esprit philosophique et par le goût de la vulgarisation scientifique. Reconnaissons donc en lui, non pas un précurseur du Romantisme, mais (( un Ronsard qui aurait lu Voltaire, Mon-
ANDRÉ GHENIER CRITIQUÉ SqS
tesquieu, Buffon ». Si le Classicisme avait pu être sauvé, il l'eût été par l'auteur de V Invention. Rien n'est éternel. Chénier s'est d'ailleurs trompé en assurant qu'on peut faire <( des vers antiques » sur « des pensers nouveaux » . Erreur commune aux pseudo-classiques de l'époque révolutionnaire .
1899. ■ — Les Poètes du xix" siècle (période romantique), par Pierre Robert. (In-i8, Paul Dupont.)
Ouvrage qui débute par un chapitre assez intéressant sur André Chénier (pp. 17-53). C'est le développement des indications contenues dans V Histoire de la littérature française, des origines au milieu rfw xix* siècle j du même auteur (tome II , in-i8 ; Paul Dupont, 1895).
Tout Je monde admire André Chénier, mais on ne sait pas toujours quelle place lui assigner dans l'histoire de notre poésie. Est-il le précurseur des Romantiques, ou le dernier des Classiques.»^ * — Au premier abord, il ne semble pas appartenir au xviii* siècle. Poète dans un siècle de prose, antique et grec à l'époque de l'Encyclopédie, il emprunte pourtant presque toutes
I. On voit que, depuis plusieurs années, toute la critique relative à Chénier tourne autour de cette question, perpétuellement posée, jamais résolue, insoluble, je crois, et bien oiseuse, puisqu'elle est uniquement une question de classification.
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ses idées au xviii" siècle. Notons que la renaissance dont il a été <( le Ronsard plus mesuré » se manifeste, à la fin du xviii" siècle, par un goût très vif et général de l'antiquité. Ses idées mêmes ne sont pas originales. Poète de l'amour, il conçoit l'amour avec la sensualité de son temps. Poète philosophe, il apparaît comme un fidèle disciple de l'Encyclopédie. D'autre part, le Romantique est monarchiste, religieux, mystique, amoureux du moyen âge, des littératures septentrionales. Chénier est républicain, libre-penseur, païen et sensuel, ennemi du ce Nord nébuleux » et ignorant de tout ce qui, en France, a précédé le xvi* siècle. Si l'on s'y est trompé en 181 9, c'est que ses hardiesses plaisaient à l'école nouvelle : on trouvait en lui du lyrisme, et ses rythmes semblaient nouveaux. Enfin, il est un artiste épris de la forme, Cette forme, le xvii* et le xviii* siècles l'avaient défigurée. Si Chénier a mérité l'admiration de Sainte-Beuve, il est surtout le précurseur des Parnassiens.
Poète de réel talent, il n'est pas cependant un prodige en son temps. Au milieu de la médiocrité générale, il cherche à s'élever, et y réussit. M. Robert est sévère pour la théorie de l'imitation inventrice, qu'il traite de vain travail et de dangereux alexandrinisme. L'influence qu'André eût pu avoir en fut, du coup, annulée.
Les Élégies de Chénier ne sont donc pas es-
ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ SqS
sentiellement différentes de celles de ses contemporains. Elles font preuve seulement d'un talent poétique auquel ces derniers n'atteignirent jamais. Ses disciples furent Leconte de Lisle et M. de Heredia, c'est-à-dire des hommes qui avaient « le culte de la beauté antique, du paganisme, de l'art pur, de la poésie objective ». Suit un résumé de la vie politique d'André Chénier, victime de sa modération.
1899. — L'Humanisme de Chénier et son Poème sur l'Invention, par E. Zyromski. (Revue des lettres françaises et étrangères, juillet 1899.)
Chénier a laissé deux espèces d'ouvrages, qui émanent de qualités contradictoires. Les uns, tout artificiels, combinent des souvenirs littéraires. Ils sont charmants et subtils, mais d'une inspiration factice. Les autres, plus modernes, plus personnels, sont les produits de sa sensibilité, et sont, par suite, plus intéressants pour qui veut étudier l'âme même et l'esprit du poète. Le poème de V Invention est le point de contact de ces qualités diverses.
M. Zyromski se propose de juger, dans un prochain Uvre, l'œuvre de Chénier tout entière.
1899. — Les Poésies antiques de Chénier ET l'Épopée contemporaine, par J. Vianey. (Revue des lettres françaises et étrangères, octobre 1899).
396 AribRÉ CHÉRIES CRITIQUÉ
L'œuTre antique de Chénier est a Fone des sources principales d'où a jailli, non seulement, ce qui est bien connu, la poésie des Leconte de Lisle et des Heredia, mais toute l'épopée contemporaine )[>. Ainsi, l'épopée fragmentaire ^ teUe que la concevait Victor Hugo dans la Légende des Siècles^ serait née des essais épiques de Chénier. Et ces exercices di humanisme, dont on a un peu médit, auxquels l'auteur lui-même n'attachait peut-être pas un très grand prix, pourraient bien être la partie la plus féconde de l'œuvre d'André.
1900. — Histoire de la langue et de la litterature françaises, des origines a i9oo, publiée sous la direction de Petit de Julleville : (8 grands volumes gr. in-8, Armand Colin.) L'ouvrage a été terminé en 1 900.
Tome VI . Chap. xii (Les poètes du xviii* siècle) Su. André Chénier, par Petit de Julleville* (pp. 650-678, avec la reproduction du célèbre portrait de Suvée, et une bibliographie incomplète).
A la suite des renseignements biographiques obligés, l'auteur aborde la question Uttéraire. Il expose et discute le mode de travail de Chénier,
I. Les idées principales de cette importante étude avaient d<5jà été exposées par Petit de Julleville dans ses Leçons de littérature française (in-i8, Masson), tome IL Voir la huitième édition, revue et augmentée, 1892.
ANDRÉ GHÉNIER CRITIQUÉ 897
qui faisait toutes ses pièces à la fois, ce L'échafaud n'est pas seul coupable de l'état mutilé où l'œuvre de Ghénier est venue jusqu'à nous ».
(Idée juste, style douteux.) — Fidèle au goût classique, Chénier ne mêle pas les genres.
(Nous avons prouvé le contraire.) Les Romantiques ne l'ont pas assez remarqué, quand ils ont enrôlé Chénier mort dans leurs cénacles.
C'est donc par genres que son œuvre sera classée :
1° Bucoliques et Idylles. (( Récits pathétiques enfermés dans un cadre antique. » (La définition est ingénieuse.) Le goût de l'imitation grecque, qui fut de mode pour la plupart des hommes de son temps, est « vraiment sentiment » pour lui. Toutefois, il fut a un Grec de * décadence, né bien longtemps après Périclès » . Il mêle tous les styles et toutes les époques, et compose néanmoins, avec ces fragments, une œuvre personnelle.
2° Elégies et Épîtres. L'Elégie est presque exclusivement « la confidence d'un récit d'amour )). Mais cette confidence n'est pas partout sincère. La sensuaUté s'y mélange à des sentiments plus purs. Petit de JuUeville demeure convaincu qu'André est l'un des précurseurs du Romantisme prochain, au moins par cette note mélancolique que Chateaubriand, dès 1800, devinait dans les fragments qu'il avait lus.
3" Poèmes didactiques. La foi de Chénier en
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la raison est enthousiaste. C'est pourquoi il eut l'ambition « d'enfermer l'Encyclopédie dans un long poème ». Nous goûtons peu aujourd'hui (( cette poésie philosophique dont nos pères étaient charmés... la prose seule peut s'appeler didactique ». (J'ai peur que Petit de Julleville ne soit injuste envers l'admirable poème de la Justice, qui pourrait bien-être le chef-d'œuvre de M. Sully Prudhomme. Peutêtre ne songeait-il qu'au Prisme.) L'erreur de Ghénier fiit d'avoir voulu résumer la science universelle, au lieu de faire œuvre de penseur et de savant dans un domaine restreint.
Le poème de YInvention abonde en versmaximes qui se gravent dans l'esprit comme les vers de Boileau. Sa poétique est contenue en ce poème. L'imitation y est recommandée, mais non l'imitation qu'imposait Ronsard. Ghénier va plus loin, et, en imitant la forme, prétend créer la pensée. (La question de savoir si la chose est possible n'est pas même soulevée.)
4° Rôle politique d'André Chénier. Il fut le défenseur du parti constitutionnel, qu'il soutint dans tous ses écrits politiques. Sur les ïambes ^ le procès et la mort du poète, rien qui mérite d'être signalé.
La conclusion est ambiguë. On ne doit pas mettre Chénier au nombre des plus grands poètes en notre langue. La faute en serait à la complexité de son talent et de son œuvre. Il y
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eut chiez lui « trois poètes différents » au moins. D'abord, a Timitateur délicat », qui fut un styliste et un artiste, mais aussi un mosaïste plutôt qu'un créateur. Secondement, le savant, le philosophe, qui rêvait de prêter à la science la voix de la poésie. Enfin, l'homme, le citoyen, moderne, vivant, passionné. S'il eût vécu, lequel de ces trois personnages eût dominé?
M. Petit de JuUeville estime que, trente ans plus tard, Ghénier « eût conduit lui-même, non certes avec plus de bonheur, mais peut-être avec plus de mesure », la renaissance de la poésie française. (Sur ce point, toutes les hypothèses sont légitimes ; je ne pense pas que cellelà soit fondée.)
Même volume, chapitre XIII (La littérature sous la Révolution), par Arthur Ghuquet, § ii, Le Journal.
P. 176. Quelques lignes seulement rappellent VAvis au peuple français, les suppléments du Journal de Paris, où Ghénier dénonçait « le culte que Paris rend à la Peur, et les outrages impunis que subissent les lois » . h' ironie perçante, la mâle fermeté du ton, la tristesse hautaine, caractérisent cette prose d'un honnête homme.
1900. — Le Gulte d'André Ghénier, article de M. Gaston Deschamps, dans le journal le Temps (ta Vie littéraire), du 1 1 février.
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Publié à propos du livre de M. Henri de Régnier : Les Médailles d'argile. (Éd. du Mercure de France, i vol. in-12, 1900.) — M. de Régnier a inscrit en tête de son œuvre cette dédicace : <( A la mémoire d'André Chénier » , et assurément Chénier respirera avec joie « la bonne odeur d'antiquité » qui se dégage de ces vers. Il eût approuvé presque tous ces poèmes, avec quelques restrictions de détail. C'est ainsi qu'il eût contesté, sans nul doute, la valeur métrique du vers libre, partout où il se rencontre. Une chose surtout l'eût choqué.
L'homme de lettres, le poète, ne doit point, comme disait V. Hugo, « se croire au-dessus de l'intérêt général et des besoins nationaux y> . Si les nouveaux-venus éhsent Chénier pour maître, ils doivent accepter sa doctrine, et ne pas oubher qu'il fut aussi le poète des ïambes, « Il n'a pas voulu connaître la saveur du dangereux lotus qui fît perdre aux compagnons d'Ulysse le souvenir de leur patrie ». Les événements tragiques détachèrent le poète du songe riant où il s'était d'abord complu. Il voulut, en bon citoyen, prendre sa part des responsabilités publiques. Son appel a été entendu des poètes de la première moitié du xix" siècle. En ce moment même, sa voix se fait entendre, d'outretombe, dans cette espèce de testament intellectuel et moral que vient de publier M. Abel Lefranc. Chénier eut cette ambition de parler
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au nom d'une génération et « de donner un sens au balbutiement confus des multitudes ». C'est pourquoi il proposait au poète les grands sujets qui traitent de « tout ce que l'imagination humaine a de brillant, de tout ce que le travail a de durable ». Si ces conseils n'étaient pas écoutés, la poésie française se réduirait a à une série d'ornements, de fioritures et d'arabesques, fignolés avec plus ou moins d'élégance, en marge de la vie ».
1900. — Histoire de la littérature française, par Emile Faguet. (2 vol. in-8, Pion.)
Tome II, pp. 283-286. M. Faguet y résume quelques points de son article, naturellement beaucoup plus complet, sur André Ghénier, dans les Études sur le xviii* siècle (cf. supra). Je note cette observation .: « Il était de ces poètes qui ont un fond très riche, et dont toutes les circonstances enrichissent et renouvellent le fonds. Et c'est probablement la définition du grand poète^ et, à coup sûr, du grand poète moderne. »
1900. — Le Théâtre d'André Chénier, par Paul Glachant; article de la Revue d'Art dramatique^ mai 1900.
Cet article, refondu, figure dans le présent ouvrage (i'* partie, ch. V).
1900. — Pour le concours d'éloquence.
4oa ANDRÉ CHÉNIER CRITIQUÉ
rAcadémie française avait proposé comme sujet : André Chénier. Plusieurs manuscrits furent récompensés . Le mémoire couronné , de M°* Jean Bertheroy, portant cette épigraphe : « Dans Tâme d'un poète un Dieu même respire », a été publié chez A. Colin. (In-i6, avril 1901.)
Il est divisé en quatre parties :
I. Chénier dans son temps. Un assemblage mystérieux de faits, d'influences, d'époque, de famille, concourt à former un poète. Chénier fut un de ces « vases d'élection remplis de l'essence subtile de la poésie ». Son origine promettait déjà un poète. Les paysages qui encadrèrent son enfance jusqu'à l'âge de onze ans contribuèrent à développer en lui le sens poétique. L'instruction très soignée qu'il reçut au collège de Navarre le rendit amoureux de la Beauté des Muses. Ces Muses aux élégances un peu surannées, il les rencontra dans le salon de sa mère, et son jeune génie demeura marqué à leur empreinte. Fils de son siècle, André le fut incontestablement, au même titre qu'il était fils de la Grèce. Une renaissance antique se manifestait partout à cette époque. Le voyage que fit Chénier en Italie dut le confirmer dans son amour de l'archaïsme. Après avoir essayé en vain la carrière des armes et celle de la diplomatie, il fut jeté dans la littérature de combat par les événements qui se précipitaient. On sait qu'il mourut victime de cette belle ardeur.
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IL Chénier dans le passé. On a souvent comparé Chénier à Ronsard. Cependantj, si les deux poètes présentent d'étonnantes similitudes, c'est surtout parce qu'ils ont puisé aux mêmes sources. Leur personnalité subsiste néanmoins à travers ces imitations. Là, par une série d'exemples heureusement choisis , l'auteur montre la très évidente diversité des deux procédés d'imitation. C'est donc dans l'antiquité grecque, surtout dans l'alexandrinisme, qu'il convient de chercher les modèles de Chénier, Ce n'est point lui qui eût pu mettre au frontispice de son œuvre l'épigraphe choisie fièrement par Montesquieu : « Prolem sine matre creatam ».
in . Esthétique de Chénier. Elle est originale, en dépit du double courant d'influences auquel il se soumit. Ce qui frappe d'abord en lui, c'est ce que Guizot appelle (( l'intensité de la vie poétique ». Sans transition, il se trouva, au sortir du collège, en pleine possession de son talent. Telle élégie datée de 1782 présente déjà le raccourci de sa manière. En général, les sentiments personnels tiennent peu de place dans son inspiration, et il ne les exprime pas sans y mêler d'artificielles fleurs de rhétorique. Il fut plus sensuel, en efiet, que sentimental. Pressé de jouir de la vie, il ne s'élève pas, dans ses élégies amoureuses, beaucoup plus haut que Bertin ou Le Brun. L'art le préoccupe plus que l'amour.
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Lui-même s'exerçait à peindre, et Fon s'en aperçoit dans ses fragments antiques. Enfin, la nature fut le troisième élément de son génie. Partout, chez lui, éclate cette religion, on peut dire ce panthéisme ; mais nulle part autant que dans les Idylles et dans les Eglogues. Toutes les forces mystérieuses de la nature s'animent alors en ses vers.
Malgré tant de dons précieux, Chénier fut rarement un inspiré. Dilettante raflBné, il n'eut point le souffle qui fait les grands lyriques. Il procède par touches successives, aime mieux ciseler que fondre, apparaît plus comme un éclectique que comme un impulsif, a II fut antique sans être solennel. » La Jeune Tarentine, son chef-d'œuvre, est une merveilleuse synthèse de sa manière. Et la mythologie ne fut point pour lui lettre morte.
IV. — Chénier dans l'avenir. Si le poète eût vécu, dans quel sens se fût-il réalisé? Vers la fin de sa vie, il subit une série d'influences qui le jettent dans la mêlée, armé de l'iambe d'Archiloque. La tourmente passée, eût-il repris son rêve antique .^^ La passion des idées eûUelle succédé chez lui à l'amour de la forme pure? Eût-il réussi à ressusciter les grands poèmes didactiques et philosophiques, comme il en avait formé le dessein ? Problème difficile à résoudre. L'épopée de la science moderne I l'Encyclopédie versifiée ! Les fragments qui nous en restent ne nous
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rassurent pas sur la valeur qu'aurait prise Tensemble. Il se fût sans doute rapidement lassé.
Mais la réalisation de la pensée de Chénier, nous la trouvons dans la postérité. Non pas, à vrai dire, chez les Romantiques, malgré l'illusion chère à Sainte-Beuve. Il n'y a pas de caractères plus nettement opposés que celui de Chénier et celui des Romantiques. Mais André revit en bourgeons vigoureux dans notre école du Parnasse.
— L'auteur termine en déclarant, comme jadis Barbey d'Aurevilly, que, pour bien connaître Chénier, il faut s'efforcer d'oubher ce que de savants critiques ont écrit sur ses œuvres. C'est sans doute une concession faite à l'esprit de l'Académie, qui aime à ne couronner, pour le prix d'éloquence, que des manuscrits dégagés d'érudition.
1901. — Au cours de V enquête littéraire ouverte par M. Paul Pottier sur cette question : (( Quel est en poésie le grand homme du xix** siècle? » {Gaulois, du agavril 1901), je relève trois témoignages intéressants :
M. François Coppée estime que « nous n'avions pas eu de poètes lyriques depuis la Renaissance. Le dix-neuvième siècle, sans oublier le délicieux André Chénier, un précurseur, nous en a donné d'incomparables » . Quant aux modifications apportées à la forme du vers français,
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« c'est certainement Chénier d'abord, puis Victor Hugo, qui l'ont rendu plus libre et plus souple. »
M. J.-M. de Heredia est d^avis qu'André Chénier a eu une influence prépondérante sur toute l'évolution poétique du xix* siècle. <( André Chénier est le premier qui ait fait des vers modernes, et son influence sur ce point s'est exercée sur Alfred de Vigny et sur Victor Hugo, qui ont profité de sa maîtrise; d'ailleurs, je ne connais pas dans la langue française de plus beau morceau que les trois cents vers des Bucoliques d'André Chénier.
Enfin, M. Jean Moréas, bien que Grec, semble préférer Lamartine et Hugo à André Chénier. Pourtant, dit-il, « certain jour, je m'amusais à vérifier les dates des éditions d'André Chénier, et je me disais que l'auteur des Méditations l'avait connu trop tard, celui des Orientales pas assez tôt' ».
I. En ce qui concerne Victor Hugo, c'est une erreur matérielle. Voir l'article du Conservateur littéraire , cité plus haut. Victor Hugo n'avait que dix-sept ans quand il lut Chénier. A cet âge, son éducation poétique n'était certes pas terminée ; et il ne songeait pas aux Orientales.
Bien entendu, je laisse à V enquêteur toute la responsabilité de ses interviews. — A signaler encore : deux articles de M. Arnould, dans le Correspondant (oci. et déc. 1901), appréciant les derniers travaux parus sur A. Chénier.
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N. B. — On a remarqué que nous nous sommes bornés aux œuvres de la Critique française, à deux ou trois exceptions près. Parmi les critiques étrangers, renvoyons le lecteur aux quelques ouvrages suivants :
Brandes. Die romantische Schule in Frank-reich (1882). Tome V de l'importante série d'études intitulées : Les grands courants dans la littérature du xix" siècle.
BerndtheL André Chénier als Dichter und Politiker.
Born. André Chénier^ ein Dichterleben aus der Zeit derfrançœsischen Révolution.
André Chénier eut une importante action sur la littérature russe au xix' siècle. Le fait est constaté par M. Anspach, professeur de littérature en Russie, dans une conférence qu'il fit sur le rôle des trois Vessélovsky (érudits russes). (Cf. le Bulletin de l'Alliance française du 1 5 janvier 1901.)
Pouchkine imite Chénier dans plusieurs poésies, notamment dans Dorida.
Lermontoff le connaît bien, et l'apprécie.
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Kogloff traduit, le premier, la Jeune Captive, et imite plusieurs autres pièces, dont la Jeune Tarentine.
La comtesse Rostopschine, en i842, dédie au poète une pièce de vers enthousiaste « oii elle raconte comment, dès son enfance, elle a été touchée par ses vers et par sa fin préma* turée ».
Maikof et Apouktine traduisent André Ghénier en russe.
George Vessélovsky relève les qualités d'André : (( Il a beaucoup contribué à perfectionner la langue du vers, lui a donné plus de vie, de légèreté, de pittoresque. » Et ailleurs:
« // a rétabli le lyrisme pur dans la poésie française, »
J'aime fort cette dernière définition, toute simple, et il me plaît assez qu'elle ait été donnée par un Russe. Qui sait si ce ne serait pas le mot de la fin, après tant de polémiques et de discussions?