‹ André ChénierChapitre 3 sur 18 · SON ENFANCE ET SON ADOLESCENCE · texte numérisé non relu

SON ENFANCE ET SON ADOLESCENCE

André a souvent rappelé son origine el son lieu de naissance avec une visible complaisance :

Salut Thraco, ma mère et la mère d'Orphée, Galata, que mes yeux désiraieat dès longtemps; Car c'est là qu'une Grecque, eu son jeune printemps, Belle, au lit d'un époux nourrisson de la France, Me fit naître Français dans les murs de Byzauce.

Et encore :

Puisse, aux vallons d 'Haenius, où les rocs et les bois Admirèrent d'Orphée et suivirent la voix, L'Heure ne m avoir pas en vain donné naissance! Les Muses avec moi vont connaître Bysance, Et, si le ciel se prèle à mes effort heureux, De la Grèce oubliée entant plus généreux. Sur les rives jadis si noblement fécondes. Du Permesse égaré je ranime les ondes.

Le ménage des Ghénier était heureux autant qu'il était fécond, et la situation de M. Louis Ghénier semble avoir été prospère à cette époque. Cependant M. Louis Ghénier désirait se rapprocher de la France et, du reste, semble avoir toujours été friand de positions officielles. M. de Vergennes, successeur de M. le comte des Alleurs, et animé des mêmes sentiments à l'endroit de M. Louis Ghénier, s'employa à satisfaire ses désirs. On a de lui une lettre de recommandation, très chaude, à M. le ministre des Affaires étrangères en faveur de M. Louis Chénier. Ges efforts aboutirent. M. Louis Chénier fut

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nommé consul général au Maine, en résidence à Salé, en 1767. Constantin avait dix ans, Sauveur huit, André cinq, Marie-Joseph trois.

Il est probable que le désir de faire donner une instruction solide à ces cillants avait eu sa part dans les déterminations de M. et de Mme Ghénier. En effet, à partir de la nomination de M. Louis Chômer, les époux se séparèrent. M. Louis Ghénier resta dix-sept ans à Salé, sans revoir Mme Ghénier qu'en de courts congés. Il fut très bon diplomate. Ses rapports sont remarquables comme abondance d'information et lucidité d'exposition. Il a fait un livre estimable, intitulé Rccherclies sur les Maures, que Mme Ghénier olfrit à Voltaire aux derniers mois de celui-ci, et que Voltaire, sans lavoir lu peut-être, loua en une lettre charmante !.

Mme Ghénier, elle, vécut à Paris, évidemment surtout pour se consacrer à l'éducation de ses enfants, évidemment aussi, vite très parisienne, pour ne pas vivre à Salé. Elle habita le Marais, quartier encore brillant à celte époque, successivement rue Culture Sainte-Catherine, rue Culture Saint-Gervais, rue du Sentier, rue de Cléry. Elle avait un salon très fréquenté. On y voyait Palissol, Suard, Lebrun (Lebrun-Pindare), Brunck (le savant éditeur de ï Anthologie grecque), Altieri , Vigée ,

1. Voir les Lettres grecques de Madame Chénier, par Robert de Bonnières.

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M Vigée- Lebrun, sa sœur, le peintre David, Flo-

rian , l'abbé Barthélémy, le peintre Cazes, qui peignit pour la galerie de Mme Chénier des tableaux représentant les vingt-quatre chants do l'Iliade.

C'est dans ce monde de poètes, de littérateurs, d'archéologues el d'artistes qu'André cl Marie- Joseph furent élevés. Mine Chénier avait une collection estimée d'estampes el de médailles. Elle-même écrivait. On a délie, publiées d'abord dans le Mercure de France, puis annexées au Voyage en Grèce de Guys, deux « lettres ». lune sur les Enterrements grecs, l'autre sur les Danses en Grèce, qui sont bien spirituelles el finement écrites. On les trouvera dans le volume de M. de Bonnières que j'ai cité plus haut. Sont-elles d'elle? On en a douté à cause de lettres manuscrites , qui sont d elle certainement, et dont l'orthographe est lâcheuse. Mais quand il s'agit de femmes du xvne ou du xvme siècle l'orthographe ne prouve rien.

M. Louis Chénier prit sa retraite en 1782 et rejoignit sa femme et ses enfants. Quand la Révolution éclata, la politique, comme il arrive quelquefois, désunit un peu la famille. Mme Chénier était, comme disait son mari, « démagogue », par conviction sans doute, probablement aussi par amour pour Marie-Joseph, qu'elle préférait à André. Marie- Joseph était très révolutionnaire. M. Louis Chénier était ce qu'on appelle de nos jours conservateur-

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libéral; André aussi; et de Sauveur, M. Chénier

écrivait : « Ou ne sait ce qu'il pense, ni s il pense ».

Quand André Chénier lut eu danger, M. Chénier

multiplia les démarches actives et même imprudentes, ainsi que Marie-Joseph, du reste, pour le sauver, comme on le; verra plus amplement à la fin de ce volume. On sait qu'il échoua. M. Chénier fut frappé à mort par le meurtre de sou Jils. Il lui survécut peu. Il mourut le 25 mai 1795, âgé de soixantetreize ans.

Mme Chénier vécut encore quatorze ans, associée le plus souvent à la vie de son lils, Marie-Joseph, à la lois indulgente à ses désordres et s'efforçant de l'en ramener, tout compte lait ayant sur lui une bonne, quoique faible, influence. Elle mourut le G novembre 1808, à l'âge de soixante-dix-huit ans, 12, rue Richelieu. Elle fut enterrée à Antony où elle avait une petite maison des champs. — Marie-Joseph devait mourir en 1811.

André Chénier fut donc un petit Parisien dès un âge assez tendre, et élevé dans un monde très littéraire, très artistique et très savant. Ses pères spirituels sont très évidemment Lebrun-Pindare, David et Brunck. Les premiers objets exposés à ses regards d'adolescent sont des médailles antiques, des estampes et des scènes de l'Iliade. Les premières conversations sérieuses qu'il entendit furent mêlées de vers, de récits de voyages, de Winckelmanu,

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