‹ André ChénierChapitre 9 sur 15 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CHÉJSIËR , SEUL, icuulanl prit d« U r«n«Ut.

Plus rien. Âh ! noble chant où s'exalte mon âme 1 Sublimes vers, Joseph! j'y reconnais la flamme Que d'un contact impur ton cœur sut préserver. C'est un dernier efibrl peut-être à me sauver. Si des chansons pouvaient fléchir des tigres même ! Oui, lève-toi, combats, chante, peuple que j'aime! Tandis que des bourreaux souillent la liberté. Va couvrir d'^^^ldats le Rhin épouvanté.

48 ANDRÉ CHÉXIER.

Regagne à ton pays cette terre usurpée ;

Fais-les trembler, ces rois!... Ah! que n'ai-jeune épée!

Que ne puis-je frapper ceux qui nous ont trahis!

Que ne puis-je mourir aussi pour mon pays !

Et par un beau trépas, illustrant ma mémoire,

Succomber noblement dans un jour de victoire! —

Triste sort! Végéter au fond d'une prison,

Sans honneur, sans soleil, sans air, sans horizon ! —

Allons, résignons-nous !

Il s'approche de la table et s'assied.

0 mes vers ! douce étude !

Vous pouvez réjouir encor ma solitude.

Vous qui me rappelez, ô vers ! le temps heureux Où je bornais ma gloire à des chants amoureux. Du moins je veux qu'un jour on puisse reconnaître Dans le peu que je fus ce que je pouvais être. Mais la plume aujourd'hui me tombe de la main. Laissons en paix mes vers, j'y reviendrai demain.

Il se lève.

Demain 1... vivrai-je encor? serai-je encor près d'elle. Près de vous, chère enfant, si charmante et si belle, Si jeune, hélas ! — Mon sort était d'aimer toujours : Jusque dans ma prison, j'ai logé mes amours, Et je retrouve encore à mon heure dernière Cette même tendresse à mon cœur coutumièrc. Misérable insensé, dont l'amour sans espoir. N'est pas sûr, le matin, de durer jusqu'au soir 1

S'approcliaiit de la porte à droite.

Elle est dans le préau... la voilà qui s'approche. C'est elle 1

Page 1