‹ André del Sarto, drame en 2 actes et en proseChapitre 5 sur 37 · TROISIEME COUPLET · texte numérisé non relu

TROISIEME COUPLET

Quand il mourra le verre en main

Un jour, vide dans son grand âge,

Le bon gros père Célcstin,

Tintaine, tin tin,

Quand il mourra le verre en main,

Ce sera grand' dommage.

LIONEL

Le maître est-il levé?

CÉSARIO

Comme le pape à l'église, toujours le dernier qui arrive, et le premier quand il y est.

LIONEL

Que d'écoliers autrefois dans cette Académie ! Comme on se disputait pour l'un, pour l'autre! Quel événement que l'apparition d'un nouveau tableau! Sous Michel-Ange, les écoles étaient de vrais champs de bataille ; aujourd'hui on travaille pour vivre, et les arts deviennent des métiers.

CÉSARIO

C'est ainsi que tout passe sous le soleil ; moi, Michel-Ange m'ennuyait ; je suis bien aise qu'il soit mort.

LIONEL

Quel génie que le sien !

CÉSARIO

Eh bien, oui, c'est un homme de génie, qu'il nous laisse tranquilles. As-tu vu le portrait du Pontormo ?

LIONEL

Et j'y ai vu le siècle tout entier ; un homme incertain en-tre mille chemins divers, la caricature des grands maîtres , se noyant dans son propre enthousiasme, capable de se re-tenir, pour s'en tirer, au manteau gothique d'Albert Durer.

CÉSARIO

Vive le gothique! Si les arts se meurent, l'antiquité ne rajeunira rien ; il nous faut du nouveau.

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