‹ André Hofer et l'insurrection du Tyrol en 1809Chapitre 13 sur 26 · COMMENCEMENT DES HOSTILITES · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DES HOSTILITES

En effet, grâce à l'intelligente activité de l'archiduc Charles, l'Autriche était prête à la lutte. Les préparatifs de guerre, les allées et venues de la diplomatie ayant rempli le mois de février et une partie du mois de mars, on voulait être sur le théâtre des opérations au commencement d'avril, c'est-à-dire aux premiers jours où la guerre est possible en Autriche, car c'est à peine s'il devait y avoir alors de l'herbe sur le sol.

On se fixa donc à Vienne sur le plan de cam*

pagne à adopter. D'abord, il fut établi qu'on ne ferait agir vers l'Italie et vers la Gallicie que les moindres forces de l'empire. On résolut d'envoyer sous l'archiduc Jean une cinquantaine de mille hommes (8 e et 9 e corps) pour seconder l'insurrection du Tyrol, et occuper par leur présence les forces des Français en Italie.

Ce prince avait voulu d'abord entrer directement dans le Tyrol par le Pustherthal, en passant des sources de la Drave aux sources de l'Adige, descendre par Brixen et Trente sur Vérone, et faire tomber ainsi toutes les défenses avancées des Français en se portant d'un trait sur la ligne de l'Adige par la route des montagnes que lui ouvrait l'insurrection des Tyroliens. Mais ce plan, contesté par l'archiduc Charles et son état-major, fit place à un plan moyen qui consistait à envahir le Tyrol par un corps détaché, et la haute Italie par le gros de l'armée. C'est d'après ces vues que furent distribuées les forces destinées à opérer en Italie.

Le huitième corps se réunit à Villach en Carinthie, sous les ordres du général Chasteler, auquel il était d'abord destiné; le neuvième à Laybaeh en Carniole, sous le comte Ignace Giulay, ban de Croatie. Le général Chasteler, connaissant bien le Tyrol, fut détaché du huitième corps avec une douzaine de mille hommes, et chargé d'opérer par le Puslherthal, en s'avançant par les montagnes de l'Est à l'Ouest, pendant que le gros de l'armée suivrait dans la plaine la même direction.

Napoléon, ayant distribué son armée d'Allemagne en cinq corps, dont deux de réserve, avait le projet de marcher droit de Ratisbonne sur Vienne, par la grande route du Danube.

C'était donc à Ratisbonne qu'il avait l'intention de concentrer ses forces, en négligeant le Tyrol et laissant les Autrichiens s'y engager tant qu'il leur plairait, certain de les envelopper et de les prendre entre son armée et celle d'Italie, s'ils ne se hâtaient de rétrograder. Toutefois, il

ANDRÉ HOFEK

avait ordonné d'exécuter des travaux à Augsbourg, de creuser et de remplir les fossés, de palissader l'enceinte, de construire des têtes de pont sur le Lech, de manière à couvrir son flanc droit par un poste fortifié, tandis qu'il marcherail la gauche en avant. C'était la seule précaution projetée du côté du Tyrol (I ).

Dans les premiers jours du mois d'avril 1 809, les proclamations du gouvernement bavarois apprenaient officiellement aux Tyroliens que la guerre était déclarée à l'Autriche par la France et ses alliés. Le seul évéque qui demeurât encore dans le pays, M. de Lodron, prévoyant l'impression que celte nouvelle allait produire sur les esprits, se hâta d'exhorter le peuple à la tranquillité ; ce qui prouve qu'il était bien loin d'avoir la moindre part au projet d'insurrection dont on voulut plus tard rendre son clergé responsable.

1. M. Thiers, Histoire du Consulat et de VEmpire % t. X, 83 seq.

Mais ces pacifiques conseils ne pouvaient avoir aucun résultat. Déjà trois proclamations, lune de l'archiduc Jean, les deux autres du baron d'Hormayr, appelaient les Tyroliens aux armes. Après avoir accusé Napoléon d'avoir violé le traité de Presbourg, et la Bavière de n'avoir pas respecté la constitution tyrolienne, l'archiduc s'adressait à la fois aux nobles, aux prélats, aux bourgeois et au peuple : « Tyroliens, disait-il, je vous connais, et je suis assuré que vous serez dignes de vos pères, dignes de leur inébranlable fidélité, dignes de notre attente. » A la voix du prince s'unit celle d'Hofer qui de son côté annonçait que l'heure de la lutte avait sonné.

Son ordre du jour était daté de l'auberge de Sand en Passeyer, 9 avril 1 809.

Ce même jour le feld-maréchal-lieutenant marquis fle Chasteler, à la tête de six ou sept mille hommes de ligne, de trois escadrons et de dix-sept bouches à feu, passait la frontière

àLinfz, à la joie universelle du peuple et surtout desjeunes gens qui embrassaient les soldats autrichiens dans les rues, tandis que les petits enfants accouraient leur offrir du pain et du vin. Ce fut le signal de l'insurrection ; les vallées de Puster, de Ziller et de Vintschgau se soulevèrent à la fois, et les Tyroliens, tombant de tous côtés sur les Bavarois dispersés dans le pays, les vainquirent partout sans le secours de Chasteler, dont le sort en Tyrol fut d'arriver toujours trop tard ou de repartir trop tôt-

Le Tyrol devenait donc tout à coup un vaste champ de bataille où les hommes du pays devaient naturellement avoir l'avantage.

Qu'on veuille se figurer, en effet, cette immense chaîne de montagnes -qui, partant du SaintGothard, sépare la Suisse de la Lombardie et se divise, en traversant le Tyrol, en trois ramifications parallèles dont l'une, au nord, sert de frontière au pays du côté de la Bavière,

l'autre, au sud, la ferme du côté de l'Italie, tandis que le rameau central, le plus considérable de tous, élevant entre le Tyrol allemand et le Tyrol italien l'imposante barrière du Brenner, va se réunir aux Alpes noriquessur le territoire de Salzbourg et de la Carinthie.

À ce formidable trident qui partage le Tyrol en nombreuses vallées dont les principales sont l'Innthal, l'Etschthal (vallée de l'Adige), et le Pusterthal, se rattachent plusieurs autres montagnes de grandeur et de formes différentes, tantôt chauves et dépouillées, tantôt couvertes de glaciers et de neiges, sillonnées par les torrents, déchirées par les précipices, dont les flancs se hérissent de rochers énormes ou de bois impénétrables, au pied desquelles dorment des lacs profonds ou roulent plusieurs rivières, telles que l'Inn et la Sill, l'Adige et TEisack, découpant encore en mille parcelles ce sol déjà si étrangement accidenté.

Autant il était facile aux montagnards d'atta-

quer ou de se défendre dans ces défilés, ces ravins, ces vallées, ces forêts, qu'ils parcouraient dès Penfance ; autant une armée régulière embarrassée de bagages, de chevaux, de caissons et d'artillerie, trouvait de difficulté à s'ouvrir un passage pour envahir ou battre en retraite.

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