NOUVELLE INVASION
LeTyroI était donc libre ; mais ce même mois d'avril 1809, témoin de sa délivrance, devait s'achever pour les paysans vainqueurs dans les angoisses d'une nouvelle invasion. Les défaites successives des Autrichiens à Abensberg, à Landshut, à Eckmiïhl, à Ratisbonne, forçaient
l'archiduc Charles à se retirer au fond de l'Autriche; l'archiduc Jean, ne pouvant plus dès lors se maintenir en Italie, se repliait sur la Styrie ; le feld-maréchal Jellachich était chassé
de Munich par les Français et rejeté du côté de Salzbourg (I).
La retraite de l'archiduc Jean laissait le pays ouvert au sud et menacé par l'armée du prince Eugène ; sa frontière du nord, de Reutte à Kufstein, était sans défense, et Chasteler, abandonnant le Tyrol italien sans grand désir de défendre le Tyrol allemand, ramenait précipitamment son armée de Roveredo dans rinnthal.
Malgré tant de tristes nouvelles et de si cruelles appréhensions, partout sur son passage se manifestait la même ardeur. Le peuple accourait des vallées et des montagnes pour couvrir la frontière; les étudiants de l'université
1. Napoléon ordonna aux Bavarois d'occuper Munich, d'y ramener leur roi, de refouler la division Jellachich, qui avait été détachée du corps de Hiller, de la pousser de Munich sur Salzbourg, de pénétrer ensuite dans le Tyrol pour replacer ce pays sous la domination de la maison de Bavière. Cette dernière mesure, en rappelant les Bavarois chez eux, avait l'avantage d'éclairer la marche de l'armée du côté de l'Italie et de la mettre en garde contre toute tentative de l'archiduc Jean. (M. Thiers, t. X, p. 230.)
d'Inspruck se formaient en compagnie sous les ordres du professeur de Mersi et marchaient * vers Seefeld au nombre de cent quatre-vingts; Straub, après avoir traversé les postes français au milieu de périls extrêmes, revenait de la cour de l'empereur François avec 200,000 florins, soixante-dix barils de poudre et douze de plomb. Ne craignant plus de manquer de munitions, les paysans dès lors se crurent invincibles et prêtèrent l'oreille avec plus d'enthousiasme encore à la voix des prêtres et des moines bannis qui, sortis de leurs profondes retraites, parlaient aux nouveaux Macchabées le langage des prophètes et leur promettaient la victoire.
Leur indignation n'en était que plus vive
contre Chasteler, qui, du 2 au 11 mai, campa tranquillement dans la vaste plaine qui sépare
Hall d'Inspruck, pendant que l'armée bavaroise
s'avançait dans le pays. C'était à plus de
10,000 hommes commandés par le maréchal
136 ANDRÉ HOÎTER.
Lefebvre et les généraux Wrede et Deroy, que quelques compagnies de paysans s'efforçaient de barrer le passage.
En vain les Tyroliens défendirent-ils bravement le Pas de Strub (12 mai) ; en vain, remplissant de tirailleurs les flancs boisés des montagnes, firent-ils éprouver aux Bavarois des pertes sensibles ; ceux-ci avançaient toujours.
Le 13, Wrede attaquait Chasteler qui s'était enfin porté vers Sœll, le repoussait dans la vallée de rinn et remportait sur lui, à Wœrgl, une si complète victoire, que le feld-maréchal ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Il s'enfuit jusqu'à Rattenberg, et de là au Brenner, n'échappant qu'à grand'peine à la fureur des paysans qu'exaspéraient ses lenteurs et sa défaite (1).
1. Nous avons suivi, dans ce récit, les historiens tyroliens. Voici comment M. Thiers raconte les faits. « Chasteler, attiré du Tyrol italien dans le Tyrol allemand par le danger des Autrichiens sur le Danube, avait couru à Inspruck et dlnspruck avait couru (?) à Kufstein. Il
Cependant, en butte h chaque pas aux coups d'un ennemi presque invisible, les Bavarois se vengeaient des Tyroliens qu'ils ne pouvaient atteindre, sur tout ce qui leur était le plus cher. Plus d'une fois des infortunés sans armes furent
avait poussé quelques avant-postes sur la route de Salzbourg parLofenet Reichental. Un autre corps autrichien, celui du général Jellachich, qui au début de la campagne marchait latéralement au corps de Hiller, avait suivi, en se retirant comme en avançant, la route qui longe le pied des montagnes. Il s'était replié sur Salzbourg, de Salzbourg sur Leoben, après avoir défendu contre la division de 'Wrede les avant- postes de Luegpass et d'Optenau. Les troupes réunies de Jellachich et de Ghasteler s'élevaient de 16 à 17 mille hommes sans les Tyroliens, et bien commandées, résolues à s'enfermer dans les montagnes, elles auraient pu créer sur notre droite et nos derrières une fâcheuse diversion. Mais elles avaient reçu, pour instruction de se joindre aux masses agissantes, elles étaient divisées en plusieurs corps indépendants les uns des autres, s'entendaient mal avec les Tyroliens, et ne pouvaient pas dès lors se rendre bien redoutables.
Lefebvre, avec les divisions Wrede et Deroy, après avoir débloqué Kufstein, défendu par une garnison bavaroise, s'enfonça dans le Tyrol allemand. Ce vieil officier, peu capable de conduire une grande opération, était excellent pour livrer avec vigueur et intelligence une suite de petits combats. Il repoussa partout les avant-postes autrichiens, et enfin, le 13 mai, rencontra Chasteler dans
ANDRÉ HOFKR
impitoyablement massacrés ; à Waidring, l'église fut pillée, le tabernacle brisé, les saintes hosties profanées ; mais surtout la petite ville de Schwartz attesta par ses ruines la barbarie des envahisseurs. Vaillamment défendue, mais en vain, par les paysans, et tombée au pouvoir de Wrede, elle devint aussitôt le théâtre d'excès sans nombre, et, par ordre du vainqueur, fut livrée aux flammes. Toutes les supplications étaient demeurées inutiles. La nuit venue, on vit les soldats, la torche en main, courir par les rues, attisant l'incendie, poussant des cris sau-
la position de Worgel. Celui-ci s'était retranché sur des hauteurs, ayant derrière ses ouvrages les troupes autrichiennes, et au loin sur ses ailes les Tyroliens insurgés, qui tiraillaient avec une grande justesse et roulaient d'énormes rochers. Le vieux Lefebvre, après avoir essayé vers ses deux ailes d'un combat de tirailleurs désavantageux pour ses troupes, aborda de front l'ennemi, enleva sous un feu terrible les positions de Chasteler, dispersa la nuée des insurgés et mit les Autrichiens dans une déroute complète. Puis brûlant quelques villages tyroliens, il se porta vers Inspruck dont il se rendit maître. » (T. X, p. 205.)
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vages auxquels se mêlaient les lamentations des habitants et les joyeuses fanfares de la musique militaire. Après avoir réduit en cendres le palais du comte Tannenberg, le feu gagna l'hôpital où gisaient les soldats blessés ou malades, et courant de maison en maison, transforma bientôt ce bourg, naguère si paisible et si gai, en une vaste fournaise dont les rouges et vives lueurs se réflétaient au loin sur les bois de pins et les eauxdel'Inn. Au point du jour, quatre cents maisons, deux hôpitaux, six magasins de blé, etc., n'étaient plus que des ruines fumantes. Le couvent et l'église des Franciscains
avaient échappé comme par miracle, et l'église
paroissiale, monumental et curieux édifice du xvi e siècle, ne devait son salut qu'au dévoûment d'un brave officier bavarois. On dit qu'un soldat qui, durant cette affreuse nuit, appuyé contre un mur en ruines, contemplait ce spectacle navrant, s'écria frémissant de tous ses membres : « Grand Dieu ! tu es juste, et
de telles abominations, tu les dois punir!»
Lefebvre survint deux jours après. Bien qu'il laissât Wrede agir librement dans un genre d'expédition dont ce dernier avait l'expérience, il ne put cette fois contenir son mécontentement et blâma hautement des indignités dont plus tard nous le vefrons donner à son tour l'exemple.
Les Bavarois, sans rencontrer désormais de sérieuse résistance, s'avancèrent vers Inspruck et l'occupèrent. Le Sud-Tyrol avait moins à souffrir. Hofer qui, avec le lieutenant-colonel autrichien comte Leiningen, protégeait Roveredo, avait été d'abord, il est vrai, rejeté au delà de Trente par les 6,000 hommes que commandait le général Ruska ; mais encouragé par un message de l'archiduc Jean, il n'en organisait pas moins activement la défense.
Après avoir enrégimenté en compagnies régulières, sous de braves officiers, les paysans welches dont il parlait facilement la langue, il
était venu jeter son cri de guerre aux hommes de sa vallée, leur persuadant sans peine que « mieux valait mourir en combattant l'ennemi, que de devenir ses victimes. »
Bientôt (20 mai) il parut aux environs de Méran à la tète de 8,000 hommes. Apprenant que Chasteler, effrayé de Tordre donné par Napoléon de le fusiller sans merci, s'obstinait à
quitter le Tyrol, le Sandwirth prend avec lui quelques paysans el se présente à Timproviste devant le feld-maréchal, alors à Mûlbach. Là, il loi rappelle sans ménagements sa promesse « de vivre, de combattre, de mourir avec les Tyroliens », et lui parle avec tant de franchise et d'énergie, qu'un homme d'honneur ne pouvait hésiter. Chasteler se rendit aux représentations du paysan, jura de rester en Tyrol et donna au brave Hofer un beau sabre d'honneur el deux magnifiques pistolets. Mais la nuit, que le maréchal passa sans dormir, lui parut une
plus sûre conseillère, et le lendemain, il aban-
142 ANDRÉ H0FER
donnait le pays et se retirait, avec une partie de son armée, d'abord à Lienz, puis à Kreutzberg. Le général Buol qui, par crainte des paysans, n'osa le rejoindre, occupa le Brenner avec 13,000 hommes.
Hofer, n'ayant plus à compter que sur luimême, prit aussitôt avec ses amis la résolution hardie de marcher droit sur Inspruck. Pour cette expédition, 6,000 hommes de milices tyroliennes, 800 Autrichiens que lui donna Buol et six canons de petit calibre, c'était tout ce dont pouvait disposer le Sandwirth.
Sans doute, le départ subit du duc de Dantzig pour Salzbourg, départ nécessité par la triste bataille d'Aspern (la même que nous appelons bataille et parfois victoire d'Essling), affaiblissait considérablement l'armée bavaroise qui, placée sous les ordres de Deroy, ne comptait plus que 8,000 hommes de pied, 8 à 900 chevaux et vingt pièces d'artillerie. Mais d'un autre côté, la valeur bien connue d'un ennemi
ET L'iNSURRRCTION DU TYROL. 143
encore supérieur en forces, la vue des patrouilles qui sillonnaient l'Innthal, l'épouvante causée par le désastre de Schwartz, l'ignorance où étaient les Tyroliens du dernier échec de Napoléon en Allemagne, enfin l'appréhension
de plus grands malheurs avaient ébranlé à la dernière heure le courage d'un grand nombre, et les timides suppliaient Hofer de renoncer à une entreprise folle et de ne pas les perdre en se perdant lui-même.
Du reste, vivres et munitions lui manquaient, au point qu'il y eut des compagnies qui durent combattre tout un jour à jeûn.
Lui, fort de sa confiance en Dieu, répliquait à tout avec une héroïque simplicité : <r Pour Dieu, pour la constitution du pays, pour nos anciens maîtres, nous devons vaincre ou mourir. » Combattre jusqu'à la mort, c'était pour lui et les siens un devoir religieux.
Le 24 mai au soir, la petite armée tyrolienne était campée à trois heures de poste d'Inspruck,
sur les hauteurs du Schœnberg. Par ordre d'André Hofer, l'un des aumôniers adressa aux paysans quelques énergiques paroles, puis d'une voix forte leur donna l'absolution générale, et pour pénitence, le combat. Tous étaient encore agenouillés, quand leur chef, debout, la main levée, promit à Dieu, s'il leur accordait la victoire,, de célébrer désormais comme fête nationale, la solennité du Sacré-Cœur de Jésus auquel il vouait de nouveau la terre du Tyrol. Mille cris belliqueux répondirent, répétés par les échos des montagnes dans le silence de la nuit. Le Tyrol, qui avait déjà trouvé son Guillaume Tell, venait d'avoir aussi son serment du Grûtli.
La faligue d'une longue marche rendait fort périlleux le combat du lendemain ; mais attendre était impossible : les Bavarois paraissaient n'avoir encore aucun soupçon de l'attaque audacieuse qui les menaçait ; le landsturm (troupes levées en masse) se montrait
impatient de tout retard, et la confiance de tous avait grandi à l'arrivée d'un renfort envoyé par Joseph Straub sous la conduite du capitaine Joseph Speckbacher.
Le nom de ce dernier était déjà fameux ; nul n'ignorait comment, tout jeune encore, ce paysan de Rinn (village situé entre Hall et Inspruck) avait tué un ours énorme et s'était emparé avec les mains d'un de ces vautours géants, fléau des jeunes agneaux, qu'on nomme lœmmergeyer ; comment devenu garde-chasse, il s'était illustré par son adresse et sa bravoure ; comment au début de l'insurrection il avait avec Straub délivré Hall et fait prisonnière la cavalerie bavaroise. Cet homme de tête et de bon conseil, terrible et généreux, inépuisable en ressources et « l'Ulysse de cette guerre >, comme parle un auteur tyrolien, tous l'admiraient, surtout quand on voyait son fils âgé de dix ans, imitant déjà la vertu paternelle, marcher à ses côtés au combat.
Et maintenant, nous plaçant au centre de l'armée tyrolienne, jetons, pour suivre ses mouvements avec quelque intérêt, un rapide coupd'œil sur le champ de bataille. Si descendant du Schœnberg et laissant à droite le village de Pastch, à gauche celui de Mutters, nous suivons le cours de la Sill, nous parvenons, comme d'étage en étage, au travers des hauteurs boisées, jusqu'au Berg-lsel qui domine au sud la ville d'Inspruck. Tout en face de nous, aux portes de la ville, s'élève l'abbaye de Wilten avec ses deux églises, et à deux kilomètres sur notre droite, le vieux château impérial d'Ambras (l).La rive droite de l'Inn où nous sommes se relie à l'autre bord par deux ponts, l'un au
1. Napoléon, maître du Tyrol, avait fait transporter à Paris un illustre trophée qui se trouvait à Ambras ; c'était avec l'armure de François I« r celles de Charles, duc de Bourbon, d'Henri de Bourbon, duc de Montpensier, d'Henri de Guise, d'Anne de Montmorency, de François et d'Henri de Montmorency, de Charles de Gontaut- Biron.,, 0 vicissitudes des choses humaines I
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centre de la ville, 1'autré en aval vis-à-vis du village de Miïlhau, derrière lequel se dressent presque à pic d'horribles montagnes aux sommets déchirés et hautes de 2,000 mètres.
Les Tyroliens s'avançaient sur trois colonnes: le centre, commandé par Hofer et le lieutenantcolonel autrichien Ertl, marchait sur le Berg- Isel; l'aile gauche, sur Mutters, et de là au bord de l'Inn ; l'aile droite, sur Pastch dans la direction du château.
Par malheur, avant que les assaillants eussent tous occupé leurs positions, quelques chasseurs de Speckbacher attaquèrent, bien avant l'heure convenue, les avant-postes bavarois, entraînant leurs compagnons avec eux L'ennemi fut culbuté sans peine, mais aussitôt la générale retentit par toute la ville, et Deroy ne tarda pas à sortir avec toutes ses forces également divisées en trois corps, braquant ses
canons contre les points déjà envahis, surtout contre le Berg-Isel. La lutte fut acharnée et
dura tout le jour, mais sans résultat décisif. Soutenue par l'artillerie qui mettait en feu tous les environs de Wilten, l'infanterie bavaroise fit des prodiges ; toutefois les paysans ne perdirent pas un pied de terrain, bien qu'une pluie continuelle mouillât leur poudre et leurs carabines.
Deroy fort inquiet rentra dans la ville, dépécha un courrier à Lefebvre pour réclamer du renfort, dirigea les caissons sur Hall et laissa
toute la nuit ses troupes sous les armes, chevaux harnachés et canons chargés. Ce général, qui s'était partout signalé par son humanité et son caractère chevaleresque, fit porter aux paysans des paroles de paix ; cet acte de modération passa dans le camp tyrolien pour un aveu de faiblesse et n'obtint aucun résultat.
Deroy ignorait qu'André Hofer ne pouvait pour le moment songer à une nouvelle attaque : il n'avait plus ni vivres ni munitions. Pour s'en procurer, plusieurs des siens partirent dans
diverses directions, et quelques-uns coururent même jusqu'à Méran. A ces braves se trouvaient bien mêlés quelques poltrons qui, pour excuser leur couardise, répandirent partout l'alarme, assurant que si on livrait un nouveau combat, pas un homme cette fois n'en reviendrait. Ces propos excitèrent une si grande frayeur parmi les femmes de Méran, qu'elles se réunirent en troupe pour aller toutes à Inspruck et ramener leurs fils et leurs maris. On eut beaucoup de peine à les calmer.
Malgré ces craintes qui n'étaient point absolument vaines, l'armée tyrolienne s'accrut de nombreux contingents, et le 29, à quatre heures du matin, fidèles au même pten qu'ils avaient suivi déjà, les Tyroliens attaquèrent la ville.
A la tète des compagnies de Méran et de Mais, qui formaient l'aile gauche, apparaissait, nouveau Pierre l'Hermite, l'intrépide capucin Joachim Haspinger, dit Barbe-Rouge, sans autres armes que son grand crucifix.
ANDRÉ HOFEH
De son côté, le général Deroy, à pied, aux premiers rangs, animait ses gens à l'attaque du Berg-Isel défendu par 8,000 paysans.
Une vive fusillade, une immense clameur l'accueillirent. Les Tyroliens dont le courage se tournait en fureur, tantôt cachés dans les fourrés, faisaient pleuvoir sur l'ennemi une grêle de balles ; tantôt, s'élançant impétueusement de leurs retraites, saisissaient les soldats corps à corps et les précipitaient du haut de leur forteresse. Un moment toutefois Ambras 1 et le Berg-Isel furent emportés par les Bavarois ; mais Hofer accourt, enflamme d'ardeur les paysans ébranlés, fait replier ses deux ailes sur le centre pour envelopper l'ennemi, tandis que le brave Ertl l'attaque vivement en flanc avec deux compagnies de milices. Cette habile manœuvre et surtout l'enthousiasme excité par le sandwirth qui, le sabre à la main, prie . à haute voix le ciel, décident la victoire; les . soldats culbutés fuient en désordre dans la plaine.
À la même heure, de grands cris retentissent sur les hauteurs qui dominent la Sill : c'était le major Teimer qui accourait avec tous les gens d'Oberinnthal.
Il élait quatre heures du soir ; il y eut un
instant de trêve et Ton entra en pourparlers, Hofer songeant à ménager ses munitions, Deroy voulant dissimuler et préparer sa retraite. Bientôt le feu recommença et dura jusqu'à la nuit. Les paysans, épuisés de fatigue, s'établirent sur les hauteurs dont ils restaient les maîtres, ne laissant libre qu'un seul point, le pont de Mûlhau.
Cette dernière chance de salut n'échappa point à Deroy. Tandis que le camp tyrolien s'illuminait de mille feux, le général, dans les ténèbres et le plus profond silence, abandonnait la ville, et pour mieux tromper l'ennemi, ne retirait ses avant-postes qu'après avoir vu défiler sur le pont de Mûlhau infanterie, cavalerie, artillerie etcharriots de blessés. A minuit,
il n'y avait plus dans les rues désertes que quelques soldats se hâtanl de rejoindre l'armée en retraite.
Quel ne fut pas l'étonnement d'André et des siens, quand au point du jour ils ne retrouvèrent plus devant eux leurs adversaires de la
veille ! Mais la joie l'emporta de beaucoup sur le désappointement, et bientôt 15,000 paysans encombraient les rues et les places.
Les habitants n'étaient pas sans crainte en entendant les cris et les chants de ces terribles montagnards ; tout à coup à ce tumulte étourdissant succède un profond silence : les cloches des églises tintaient pour V Angélus, et les vainqueurs priaient, agenouillés dans les rues et appuyés sur leurs carabines.
Hofer, qui avait tué ou blessé à l'ennemi 1,500 hommes, lui avait fait 200 prisonniers, s'était emparé de cinq canons et de quinze fourgons, entra dans lnspruck sans la moindre ostentation à la lêle de ses compagnies
ET i/iNSURftECTION DU TYROL. 153
de Passeyer, tandis que Teiraer avec ses volontaires poursuivait l'armée en retraite. Celle-ci, resserrée sur la rive gauche de l'Inn, devait être anéantie par les populations en armes, si elle ne parvenait à franchir le défilé de l'Anger- Berg. Heureusement pour elle, le commandant tyrolien chargé d'occuper l'étroit passage n'exécuta point l'ordre et laissa Deroy fuir jusqu'à Kufstein avec les débris de ses troupes (31 mai).
Napoléon, qui avait envoyé à Milan le général Caffarelll, ministre de la guerre du royaume d'Italie, lui ordonna de réunir tout ce qu'il y avait de détachements disponibles pour bloquer le Tyrol italien, en occupant les défilés des montagnes. Il prescrivit au prince Eugène de laisser la division Ruska à Klagenfurth, pour opérer le même blocus du côté de la Carinthie. Le général Deroy dut en faire autant du côté de la
Bavière, en occupant Rosenheim et Kufstein,
de manière à renfermer cette espèce d'incendie dans des limites qu'il ne pût franchir, sauf à sévir plus activement contre les Tyroliens, lorsqu'on en aurait fini avec la grande armée autrichienne.
Le Tyrol une seconde fois délivré rendit à Dieu de nouvelles actions de grâces. C'était le 1 er juin, et par une coïncidence que la piété du peuple ne manqua pas d'admirer, ce jour-là même tombait la fête du Très-Saint Sacrement. Les processions sillonnèrent donc les vallées et les flancs des montagnes ; mais, hélas ! en bien des paroisses les arcs de triomphe se dressaient sur les ruines, l'office divin se célébrait dans l'église dévastée, et la troupe fidèle qui chantait le Te Deum avec- le prêtre revenu de l'exil, allait ensuite réciter le De Proftmdis au cimetière couvert de nouvelles tombes. Cependant nul ne se plaignait, tous étaient fiers de leur fidélité récompensée par la victoire, — ceux-là
surtout qui s'étaient battus avec Hofer sur les hauteurs du Berg-isel (1).
1. Là s'élève aujourd'hui une pyramide avec cette inscription :
Donec erunt montes et saxa et pectora nostra, Austriacae Domui mœnia semper erunt.
Fasse le ciel que les princes de Habsbourg soient toujours fidèles à Dieu et à l'Église, comme leur peuple du Tyrol leur a été fidèle, et ne méritent jamais l'anathème que ces fiers paysans ne manquent pas de jeter à qui touche à leuf foi et à leurs droits !